Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Le temps garda longtemps le silence à leur sujet… puis, lorsqu’il s’exprima, il les fit pleurer des larmes de sang. (1)

Yahyâ ibn Khâlid avait coutume de verser chaque mois mille dirhams à Sufyân ibn ʿUyayna. Sufyân priait alors pour lui dans sa prosternation en disant : « Ô Dieu, il m’a dispensé de ce qui me préoccupait et m’a dégagé pour Ton adoration. Épargne-lui donc l’affaire de sa vie future. » Lorsque Yahyâ mourut, l’un de ses compagnons le vit dans un rêve et lui demanda : « Qu’est-ce que Dieu a fait de toi ? » Il répondit : « Il m’a pardonné grâce à l’invocation de Sufyân. »

La mort de Yahyâ ibn Khâlid (que Dieu lui fasse miséricorde) survint en prison à ar-Râfiqa, le troisième jour de Muharram de cette année-là ; il avait alors soixante-dix ans. Son fils al-Fadl dirigea la prière funéraire sur lui, et il fut enterré sur la rive de l’Euphrate. On trouva dans sa poche un billet écrit de sa main : « L’adversaire et le défendeur ont déjà présenté leurs preuves. Le Juge est l’Arbitre équitable qui ne commet aucune injustice et n’a nul besoin de témoins. » On porta ce billet à ar-Rachîd ; lorsqu’il en prit connaissance, il pleura tout ce jour-là. Les jours suivants, on lisait encore la tristesse sur son visage.

Un poète composa à propos de Yahyâ ibn Khâlid :
« J’ai demandé à la Générosité : “Es-tu libre ?”
Elle répondit : “Non… je suis l’esclave de Yahyâ ibn Khâlid.”
Je repris : “T’a-t-il achetée ?”
Elle dit : “Non, c’est un héritage : mon asservissement se transmet d’un père à l’autre.” »

[Puis arriva l’année 191 de l’Hégire.]

Cette année-là, un homme nommé Tharwân ibn Sayf se souleva dans la campagne irakienne, se déplaçant de ville en ville. Ar-Rachîd dépêcha contre lui Tâwq ibn Mâlik, qui le mit en déroute, blessa Tharwân et tua la plupart de ses compagnons, avant d’écrire la nouvelle de sa victoire à ar-Rachîd.

La même année, un certain Abû an-Nidâ’ se révolta en Syrie. Ar-Rachîd envoya Yahyâ ibn Muʿâdh pour le combattre et lui confia le gouvernement de la Syrie. Cette année-là, il neigea à Bagdad. Cette même année, Yazîd ibn Mukhallad al-Hubayrî conduisit une expédition en terre byzantine à la tête de dix mille hommes. Les Byzantins l’acculèrent dans un passage étroit et le tuèrent, ainsi que cinquante de ses compagnons, à deux étapes de Tarse. Les autres s’enfuirent.

Ar-Rachîd investit Harthama ibn Aʿyan de la campagne d’été (aṣ-ṣâ’ifa) et lui adjoignit trente mille hommes, parmi lesquels Masrûr le serviteur, avec la responsabilité des finances. Ar-Rachîd se rendit lui-même à al-Ḥadath (2) pour rester proche de la zone. Il ordonna la démolition des églises et des monastères, et imposa aux dhimmis de se distinguer par leurs vêtements et leur apparence à Bagdad et dans d’autres contrées.

(1) Tārīkh Baghdād (14/131). (2) Al-Ḥadath (avec les voyelles et la terminaison en tāʾ mûḍaʿafah) : une forteresse fortifiée située entre Malatya, Sümeysat et Marʿash, dans les frontières. Elle est également appelée al-Ḥamrāʾ, car son sol est entièrement rouge, et sa forteresse se trouve sur une montagne appelée al-Aḥaydab. Dans le livre d'Aḥmad ibn Yaḥyā ibn Jābir : la forteresse d'al-Ḥadath faisait partie des lieux conquis à l'époque du calife ʿUmar (que Dieu soit satisfait de lui), prise par Ḥabīb ibn Maslamah al-Fihrī sous le commandement dʿIyād ibn Ghanm. Ensuite, Muʿāwiya continuait de la garnisonner. Les Banū Umayya appelaient la route d'al-Ḥadath « voie de la paix pour Ṭayra », car les musulmans y subirent une défaite. C'est cet événement (al-ḥadath) qui, selon certains, est à l'origine du nom d'al-Ḥadath. D'autres disent qu'ils rencontrèrent les musulmans sur la route d'al-Ḥadath...
سكَتَ الدهرُ زمانًا عنهمُ … ثم أبكاهُمْ دمًا حين نَطَقْ (١) وقد كان يحيى بن خالد هذا يُجري على سفيانَ بن عُيينة كل شهرِ ألفَ درهم، وكان سفيانُ يدعو له في سجودِهِ يقول: اللهمَّ إنه قد كفاني المؤنة، وفرَّغني للعبادة، فاكفِهِ أمرَ آخرتِه. فلما مات يحيى رآه بعضُ أصحابِه في المنام فقال له: ما فعل اللَّه بك؟ قال: غفَرَ لي بدُعاءِ سفيان. وقد كانتْ وفاةُ يحيى بنِ خالد (رحمه الله) في الحبس في الرَّافِقَة، لثلاثٍ خلَوْنَ من المحرَّم من هذه السنة، عن سبعين سنة، وصلَّى عليه ابنُه الفَضْل، ودُفن على شطَّ الفُرَات؛ وقد وُجد في جَيبه رُقْعةٌ مكتوبٌ فيها بخَطِّه: قد تقدَّمَ الخَصْم والمدَّعَى عليه بالأثر، والحاكمُ الحكَمُ العَدْلُ الذي لا يَجُور، ولا يحتاجُ إلى بَيِّنة. فحُملتْ إلى الرشيد، فلما قرَأها بكَى يومَه ذلك، وبقي أيامًا يتبيَّنُ الأسى في وَجْهِه. وقد قال بعضُ الشعراء في يحيى بن خالد: سألتُ النَّدى: هل أنتَ حُرٌّ؟ فقال: لا … ولكنَني عبدٌ ليَحيى بنِ خالدِ فقلتُ: شِراءً؟ قال: لا بلْ وِرَاثةً … توارَثَ رِقِّي والدٌ بعدَ والِدِ [ثم دخلت سنة إحدى وتسعين ومئة] فيها خرج رجلٌ بسوادِ العراق يُقال له ثَرْوان بن سيف، وجعل يتنقَّلُ فيها من بلدٍ إلى بلد، فوجَّه إليه الرشيدُ طَوْق بن مالك فهزمَه، وجرح ثروانَ وقتلَ عامَّة أصحابِه، وكتب بالفتحِ إلى الرشيد. وفيها خرج بالشام أبو النِّداء، فوجَّه إليه الرشيدُ يحيى بنَ معاذ، واستنابه على الشام. وفيها وقع الثلجُ ببغداد. وفيها غزا بلادَ الروم يزيدُ بن مخلد الهُبَيْري في عشرةِ آلاف، فأخذتْ عليه الرومُ المضيق، فقتلوه في خمسين من أصحابه، على مرحلتين من طَرَسُوس، وانهزم الباقون. وولَّى الرشيدُ غزوَ الصائفة لِهَرْثَمةَ بنِ أعْين، وضمَّ إليه ثلاثين ألفًا فيهم مسرورٌ الخادم، وإليه النفقات. وخرج الرشيد إلى الحَدَث (٢) ليكونَ قريبًا منهم. وأمر الرشيدُ بِهَدْمِ الكنائسِ والدُّيُور، وألزَمَ أهلَ الذِّمَّة بتمييزِ لباسِهم وهيئاتِهم في بغدادَ وغيرِها من البلاد.
(١) تاريخ بغداد (١٤/ ١٣١). (٢) الحَدث -بالتحريك وآخره ثاء مثلثة-: قلعةٌ حصينة بين مَلَطْيَة وسُمَيْساط ومَرْعش، من الثُّغور، ويقال لها الحمراء، لأنَّ تُرْبَتها جميعًا حمراء، وقلعتُها على جبل يُقال له الأحَيدب. وفي كتاب أحمد بن يحيى بن جابر: كان حصن الحدث مما فتح في أيام عمر ﵁ ، فتحه حَبيب بن مَسْلَمة الفِهْري من قبل عِياض بن غَنْم، وكان معاوية يتعاهدُه بعد ذلك؛ وكانت بنو أمية يُسمُّون دَرْبَ الحدث دَرْبَ السلامة للطِّيَرَة، لأنَّ المسلمين أُصيبوا به، وكان ذلك الحدث الذي سُمِّيَ به الحَدَث فيما يقول بعضُهم. وقال آخرون لقي المسلمين على دَرْبِ الحدَثِ =

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