Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Lorsqu’un mendiant l’interpellait sur la route alors qu’il était à cheval, la moindre somme qu’il ordonnait qu’on lui remette était de deux cents dirhams. Un jour, un homme s’exclama en poésie :

« Ô homonyme du chaste Yahyâ, tu as reçu,
Par la grâce de notre Seigneur, deux jardins.
Quiconque passe près de vous sur la route
Reçoit de votre générosité deux cents.
Deux cents dirhams sont peu pour quelqu’un comme moi ;
C’est la part que vous donnez au cavalier pressé. »

Yahyâ lui répondit : « Tu dis vrai. » Il ordonna qu’on le fasse devancer jusqu’à sa demeure. De retour, il se renseigna à son sujet et apprit que l’homme venait de se marier et s’apprêtait à rejoindre sa famille. Il lui octroya alors quatre mille dirhams pour la dot, quatre mille pour la maison, quatre mille pour les meubles, quatre mille pour la cérémonie nuptiale et quatre mille supplémentaires pour pourvoir à ses besoins.

Un autre jour, un homme vint le solliciter. Yahyâ lui dit : « Malheureux ! Tu me surprends à un moment où je ne possède plus d’argent. Cependant, un ami m’a écrit pour me demander de lui offrir ce que je souhaiterais. J’ai appris que tu voulais vendre une de tes esclaves, et que tu en avais déjà reçu une offre de trois mille dinars. Je vais moi-même l’exiger, mais ne la vends pas à mon ami à moins de trente mille dinars. » L’homme raconta : « Ils vinrent me trouver et, après négociation, nous conclûmes à vingt mille dinars. En entendant cette somme, je n’ai pu me résoudre à refuser ; j’ai donc accepté de la vendre. L’acheteur a pris la jeune esclave, j’ai pris les vingt mille dinars, puis il l’a offerte en cadeau à Yahyâ.

Lorsque je rencontrai Yahyâ, il me demanda : “À combien l’as-tu vendue ?” Je répondis : “Vingt mille dinars.” Il dit : “Tu es bien vil. Reprends ton esclave. Quelqu’un de Fâris m’a aussi écrit en me demandant de lui offrir quelque chose ; je te la réclamerai, mais ne la vends pas à moins de cinquante mille dinars.” Ils revinrent alors négocier avec moi et nous parvînmes à un prix de trente mille dinars. Je la leur ai donc vendue. Mais quand je revins vers Yahyâ, il me réprimanda de nouveau et me la rendit. Je déclarai alors : “Je t’appelle à témoin qu’elle est désormais affranchie et que je l’ai épousée. Cette servante m’a déjà rapporté cinquante mille dinars : je ne m’en séparerai plus à partir d’aujourd’hui.” »

Al-Khatîb rapporte par ailleurs qu’Ar-Rachîd exigea de Mansûr ibn Ziyâd dix mille milliers (dix millions) de dirhams, alors que Mansûr n’en possédait qu’un seul million. Il fut saisi d’angoisse, d’autant plus qu’on l’avait menacé de mort et de destruction de ses biens s’il ne payait pas ce jour-là. Il se rendit donc auprès de Yahyâ ibn Khâlid, lui exposa son cas et reçut de lui cinq millions. Yahyâ obtint ensuite de son fils Al-Fadl deux millions supplémentaires. Il dit à ce dernier : « Mon fils, j’ai appris que tu souhaitais acheter un domaine, mais voici un bien dont le “rendement” est la gratitude et qui perdure à jamais. » Il obtint également de son autre fils, Ja‘far, un million, ainsi que d’une de ses esclaves un collier acheté cent mille dinars et encore vingt mille dinars. Il dit à l’officiel chargé de l’affaire : « Nous avons comptabilisé à ton actif deux millions. »

Lorsque les fonds furent présentés à Ar-Rachîd, celui-ci restitua le collier, qu’il avait auparavant offert à la servante de Yahyâ, et ne revint pas sur ce don après le lui avoir accordé. Or, tandis que Yahyâ et ses fils se trouvaient emprisonnés et enchaînés, l’un d’eux s’exclama : « Ô père, après avoir exercé le pouvoir et vécu dans la prospérité, voilà que nous tombons dans un tel état ! » Yahyâ répondit : « Ô mon fils, c’est l’invocation d’un opprimé, envolée la nuit tandis que nous dormions, alors que Dieu, Lui, ne s’en est pas détourné. » Puis il récita :

« Que de gens ont vécu longtemps dans la félicité,
Tandis que le temps coulait pour eux, abondant et généreux… »

(1) Ainsi dans les Ousoul, et la version la plus probable est « au minimum ». (2) Voir le récit plus détaillé qu’ici dans Tārīkh Baghdād, vol. 14, p. 131.
وكان إذا سأله سائلٌ في الطريق وهو راكب أقلُّ (١) ما يأمُرُ له بمئتي درهم. فقال رجلٌ يومًا: يا سَميَّ الحَصُورِ يحيى أُتيحَتْ … لكَ من فضلِ رَبِّنا جَنَّتانِ كل منْ مَرَّ في الطريقِ عليكُمْ … فلَهُ منْ نَوَالِكُمْ مِئتانِ مِئتا دِرْهمٍ لِمِثْلي قليلٌ … هي منكمْ للفارسِ العَجْلانِ فقال: صدَقْت. وأمرَ أنْ يُسبَق به إلى الدار، فلما رجَعَ سأل عنه، فإذا هو قد تزوَّج، وهو يريدُ أن يدخلَ على أهلِه، فأعطاهُ صداقها أربعةَ آلاف، وعن دار أربعةَ آلاف، وعن الأمتعةِ أربعةَ آلاف، وعن الدخول أربعة آلاف، وأربعة آلاف يستظهر بها. وجاءَهُ رجلٌ يومًا فسأله شيئًا، فقال: وَيْحَك لقد جئتَني في وقتٍ لا أملِكُ فيه مالًا؛ ولكنْ بعث إليَّ صاحبٌ لي يطلُبُ مني أنْ يُهدي إليَّ ما أحب، وقد بلغني أنكَ تُريد أن تبيعَ جارية لك، وأنَّك فد أُعطيتَ فيها ثلاثةَ آلاف دينار، وإني ساطلُبها، فلا تَبِعْها منه بأقلَّ من ثلاثينَ ألفَ دينار. فجاؤوني فبلغوا معي بالمساومةِ إلى عشرين ألفَ دينار، فلما سمعتُها ضَعُفَ قلبي عن رَدِّها، وأجَبْتُ إلى بيعها، فأخَذَها، وأخذتُ العشرين ألفَ دينار، فأهداها إلى يحيى. فلما اجتمعتُ بيحيى قال: بكم بعتَها؟ قلتُ: بعشرين ألفَ دينار. قال: إنك لَخَسيس، خُذْ جاريتَك إليك. وقد بعث إليَّ صاحبُ فارس، يطلبُ مني أنْ أستهديَهُ شيئًا، وإني ساطلُبها منه، فلا تَبِعْها بأقلَّ من خمسينَ ألفَ دينار. فجاؤوني فوصلوا في ثمنِها إلى ثلاثين ألفَ دينار، فبعتُها منهم. فلمّا جئتُه لامني أيضًا وردَّها عليّ، فقلتُ: أُشهدُك أنَّها حُرَّة، وأني قد تزوَّجْتُها؛ وقلت: جاريةٌ قد أفادَتْني خمسين ألف دينار، لا أفرِّطُ فيها بعدَ اليوم (٢) . وذكر الخطيب، أنَّ الرشيد طلَبَ من منصورِ بنِ زياد عشرة آلاف ألف درهم، ولم يكنْ عندَهُ منها سوى ألفِ ألفِ درهم، فضاق ذَرْعًا، وقد توعَّده بالقتلِ وخرابِ الديار إنْ لم يحمِلْها في يومِه ذلك؛ فدخل على يحيى بنِ خالد، وذكرَ أمرَه، فاطلقَ له خمسةَ آلافِ ألف، واستطلق له من ابنِهِ الفضل ألفَيْ ألف، وقال لابنه: يا بُني، بلغَني أنك تُريدُ أن تشتريَ بها ضَيْعةً، وهذه ضيعةٌ تَغُلُّ الشكرَ وتبقى مدَى الدَّهر. وأخذ له من ابنِهِ جعفر ألفَ ألف، ومن جاريته دنانير عِقْدًا مُشتراه مئةُ ألف دينار، وعشرون ألف دينار، وقال للمترسّم عليه: قد حسبناهُ عليك بألفَيْ ألف. فلما عُرضتِ الأموالُ على الرشيد رَدَّ العِقْد، وكان قد وهبَهُ لجاريةِ يحيى، فلم يعدْ فيه بعدَ إذْ وَهَبه لها. وقال له بعضُ بنيه وهم في السجن والقيود: يا أبتِ، بعدَ الأمرِ والنَّهْي والنِّعْمة صِرْنا إلى هذا الحال؟ ! فقال: يا بُني، دعوةُ مظلومٍ سرَتْ بلَيلٍ ونحن عنها غافلون، ولم يغفلِ اللَّه عنها. ثم أنشأ يقول: رُبَّ قومٍ قد غدَوْا في نعمةٍ … زمنًا والدَّهْرُ ريَّانٌ غَدَقْ
(١) كذا في الأصول، والوجه (فأقلّ). (٢) انظر الحكاية بأوضح مما هنا في تاريخ بغداد (١٤/ ١٣١).

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