Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

«Dis à celui dont l’œil n’a point aperçu de semblable à celui qui l’a vu : on dirait que celui qui l’a vu, c’est comme s’il avait déjà vu quelqu’un avant lui. La science ordonne à ceux qui la possèdent de ne pas la refuser à qui la mérite, afin qu’éventuellement elle soit dispensée à ses ayants droit, dans l’espoir qu’il la leur transmette.» (1)

Il fut dit : « Aussitôt, on l’envoya comme un présent et non comme un simple prêt. »

Ibrâhîm al-Harbî déclara : « On demanda à Ahmad ibn Hanbal : “Ces questions subtiles, d’où te viennent-elles ?” Il répondit : “Des livres de Muhammad ibn al-Hasan.” » Nous avons déjà mentionné qu’il mourut, lui et Al-Kisâ’î, le même jour de cette année-là. Le calife Ar-Rachîd dit alors : « Aujourd’hui, j’ai enterré la langue et le fiqh ensemble. » Il (Muhammad ibn al-Hasan) avait cinquante-huit ans.

[Puis arriva l’an quatre-vingt-dix et cent de l’Hégire]

Cette année-là, Râfi‘ ibn Layth ibn Nasr ibn Sayyâr, gouverneur de Samarcande, rompit son obéissance et se proclama lui-même (chef). Les habitants de sa ville et un grand nombre de gens de cette région le suivirent, et sa puissance s’amplifia. Le gouverneur du Khurâsân, ‘Alî ibn ‘Îsâ, marcha contre lui, mais Râfi‘ le vainquit, et la situation s’aggrava.

La même année, Ar-Rachîd partit en campagne contre les terres des Byzantins, dix jours avant la fin de Rajab. Il portait alors sur la tête une calotte (qalansuwa). Abû al-Mu‘allâ al-Kilâbî dit à son propos :
« Celui qui souhaite te rencontrer ou te rechercher
Le trouvera soit dans les Deux Sanctuaires, soit aux confins des frontières.
Car en territoire ennemi, tu endosses l’habit de l’austérité,
Tandis que sur la terre du luxe,
tu chevauches en grande apparence.
Aucun de ceux qui se tiennent à l’arrière-garde n’a ceint les frontières si ce n’est toi. »

Il avança jusqu’à atteindre al-Tuwânah, où il établit son camp. Alors, Niqfûr lui envoya sa soumission, s’acquitta du kharâj et de la jizya, y compris pour lui-même, son fils et les gens de son royaume, pour un montant annuel de quinze mille dinars. Il sollicita également d’Ar-Rachîd qu’il lui rende une jeune captive, fille du roi de Hiraqla, qu’il avait fiancée à son fils. Ar-Rachîd la renvoya donc avec

(1) La lecture (Q) dans le premier distique : « Mes yeux n’ont rien vu de tel », attestée par (B, H) et des vers similaires dans le Dīwān d’al-Shāfiʿī, p. 121, avec une extension d’un distique avant-dernier qui est : Car ce que la folie engendre... dépasse toute perfection. (2) Ceci est la lecture (Q), tandis que dans (B, H) on trouve : « al-Thunayya ». (3) Ce vers n’est pas présent dans (B, H). (4) « Ṭuwāna » - avec un ḍamma sur la première lettre, et un nūn après le alif - : une ville aux frontières de al-Maṣṣīṣa. Cf. Muʿjam al-Buldān (4/45).
قُلْ للذي لم تَرَ عَيْـ … ــنَا منْ رآهُ مثلَهُ حتى كأنَّ منْ رآ … هُ قد رأى منْ قبلَهُ العلمُ يَنْهَى أهلَهُ … أنْ يَمْنَعُوهُ أهْلَهُ لعلَّهُ يَبْذُلُهُ … لأهلِهِ لَعَلَّهُ (١) قال: فوجَّهَ به إليهِ في الحالِ هديَّةً لا عارِيَّة. وقال إبراهيمُ الحربي: قيل لأحمد بن حنبل: هذه المسائل الدِّقَاق، منْ أين هي لك؟ قال: من كُتب محمدِ بنِ الحسن (رحمه الله) . وقد تقدَّمَ أنه ماتَ هو والكِسَائي في يومٍ واحدٍ من هذه السنة. فقال الرشيد: دفنتُ اليومَ اللغةَ والفِقْه جميعًا. وكان عمرهُ ثمانيةً وخمسين سنة. [ثم دخلت سنة تسعين ومئة من الهجرة] فيها خلَعَ رافعُ بنُ لَيْث بنِ نصر بن سَيَّار نائبُ سَمَرْقَنْدَ الطاعة، ودَعَا إلى نفسه، وتابعَهُ أهلُ بلدِهِ وطائفةٌ كثيرة من تلك الناحية؛ واستفحل أمرُه، فسار إليه نائبُ خُرَاسانَ عليُّ بن عيسى، فهزمَهُ رافع، وتفاقَمَ الإمرُ به. وفيها سار الرشيدُ لِغَزْوِ بلادِ الرُّوم لعشرٍ بَقينَ من رجب، وقد لبس على رأسِهِ قَلَنْسُوةً، فقال فيه أبو المعلّى الكلابي: فمَنْ يطلُبْ لقاءَكَ أو يُرِدْهُ … فبالحرَمَيْنِ أو أقصَى الثُّغورِ ففي أرضِ العدوِّ على طِمِرٍّ … وفي أرض التَّرَفُّهِ (٢) فَوْقَ كُورِ وما حازَ الثغورَ سواكَ خَلْقٌ … من المتخلِّفينَ على الأمورِ (٣) فسارَ حتى وصل إلى الطُّوَانَة (٤) ، فعسكر بها وبعث إليه نَقْفُور إليه بالطاعة، وحَمَلَ الخراجَ والجِزْيَة، حتى عن رأسِ وَلَدِه ورأسِه، وأهلِ مملكتِه، في كلِّ سنةٍ خمسةَ عشرَ ألفَ دينار. وبعثَ يَطْلبُ من الرشيدِ جارية قد أسروها، وكانتِ ابنةَ ملكِ هِرَقْلَة، وكان قد خطبَهَا على ولَدِه. فبعث بها الرشيدُ مع
(١) رواية (ق) في البيت الأول: "لم تر عيناي مثله"، والمثبت من (ب، ح) وبنحوه الأبيات في ديوان الشافعي ص (١٢١)، وفيه زيادة بيت قبل الأخير وهو: لأنَّ ما يُجنُّهُ … فاقَ الكمالَ كُلَّهُ (٢) هذه رواية (ق)، وفي (ب، ح): "الثنية". (٣) ليس هذا البيت في (ب، ح). (٤) "طُوَانة" -بضَمِّ أوله، وبعد الألف نون-: بلدٌ بِثُغور المَصِّيصَة. معجم البلدان (٤/ ٤٥).

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