Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Quant à sa générosité et sa magnanimité, à ses largesses et à ses dons, elles sont plus célèbres qu’il n’est besoin de le mentionner. Il était également au nombre de ceux que l’on disait doués d’éloquence et de maîtrise du langage.

Ibn ʿAsākir (1) rapporte, d’après Muhadhdhab le chambellan d’al-ʿAbbās ibn Muḥammad, propriétaire du quartier d’al-ʿAbbās et d’al-ʿAbbāsa, que Muhadhdhab se trouva un jour dans une grande détresse et croulait sous les dettes. Ses créanciers le pressaient vivement, et il possédait un coffret (safaṭ) contenant des bijoux qu’il avait achetés pour un million de dirhams. Il s’en alla donc trouver Jaʿfar, lui présenta le coffret et l’informa de son prix, tout en lui expliquant à quel point ses créanciers se montraient insistants et qu’il ne lui restait plus que ce coffret.

Jaʿfar lui répondit : « Je te l’achète pour un million. » Il lui remit aussitôt la somme correspondante et reçut le coffret, d’ailleurs cela se passa de nuit. Il donna ensuite ordre que l’argent fût porté au domicile de Muhadhdhab, et le fit rester avec lui pour veiller en sa compagnie cette nuit-là. Quand Muhadhdhab rentra chez lui, il constata que le coffret avait déjà précédé son arrivée et se trouvait de nouveau dans sa demeure.

Il raconte : « Le matin venu, je me rendis auprès de Jaʿfar pour le remercier, et je le trouvai avec son frère al-Faḍl à la porte d’al-Rashīd, cherchant à obtenir sa permission d’entrer. Jaʿfar me dit : “J’ai mentionné ton cas à al-Faḍl, et il t’a accordé un million, et je m’imagine qu’il t’est déjà parvenu chez toi. J’en parlerai aussi à l’Émir des Croyants.” Quand il fut admis, il lui exposa ma situation et l’accablement de mes dettes, si bien qu’al-Rashīd ordonna pour moi la somme de trois cent mille dinars. »

Une autre nuit, Jaʿfar se trouvait en train de veiller chez l’un de ses compagnons, lorsqu’une khunfasaʾ (un scarabée ou un insecte) apparut et grimpa sur les vêtements de celui-ci. Jaʿfar l’en ôta et dit : « Les gens affirment que quiconque est approché par un scarabée présage un gain futur. » Il ordonna alors de lui donner mille dinars. L’insecte retourna une seconde fois vers le même homme, et Jaʿfar ordonna de lui verser encore mille dinars.

Lors d’un pèlerinage en compagnie d’al-Rashīd, alors qu’ils se trouvaient à Médine, Jaʿfar dit à l’un de ses proches : « Cherche-moi une esclave que je pourrais acheter, qui se distingue par sa beauté, son talent de chanteuse et son esprit. » L’homme chercha et découvrit une jeune femme qui répondait à cette description, mais son propriétaire réclamait une somme considérable, à condition que Jaʿfar la voie au préalable. Jaʿfar se rendit donc chez le propriétaire de la jeune fille ; en la voyant, il s’en éprend aussitôt, et, après qu’elle lui eut chanté quelque chose, il l’aima encore plus. Il se mit alors à négocier avec le maître de la jeune fille au sujet de son prix.

Jaʿfar lui déclara : « J’ai apporté de l’argent ; si la somme te satisfait, tant mieux, sinon je l’augmenterai. » Le maître de la jeune fille lui dit : « J’avais autrefois un grand bien, et tu vivais chez moi dans une parfaite félicité. Puis ma situation s’est resserrée, et j’ai voulu te vendre à ce personnage éminent pour que tu puisses être chez lui comme tu étais chez moi. »

La jeune fille s’adressa alors à son maître : « Par Dieu, ô mon seigneur, si j’avais sur toi l’emprise que tu as sur moi, je ne te vendrais pour rien au monde. Qu’en est-il, en outre, du serment que tu m’avais fait de ne point me vendre ni de dépenser ce que rapporterait mon prix ? » Le propriétaire s’adressa alors à Jaʿfar et à ses compagnons : « Je vous prends tous à témoin qu’elle est affranchie pour l’amour de Dieu, et que je l’ai épousée. »

Après ces paroles, Jaʿfar se leva ainsi que ses compagnons, et ils ordonnèrent au porteur d’apporter l’argent. Jaʿfar dit alors : « Par Dieu, il ne me suivra pas. » Puis il ajouta à l’intention de l’homme : « Je t’en fais présent, emploie-le pour tes proches. » Et il s’en alla, le laissant avec sa nouvelle épouse.

On disait de Jaʿfar qu’il était considéré comme moins généreux que son frère al-Faḍl, bien que ce dernier fût plus fortuné. Ibn ʿAsākir raconte aussi qu’il

(1) Voir le résumé d'Ibn Manẓūr sur l'histoire d'Ibn ʿAssākir (vol. 6, p. 100).
أمَّا جودُهُ وسخاؤه، وبَذلُهُ وعطاؤه، فأشهرُ منْ أنْ يُذكَر. وكان أيضًا من ذوي الفصاحة، والمذكورينَ [باللَّسَنِ] والبلاغة. وروى ابنُ عساكر (١) عن مُهَذَّب حاجب العباس بن محمد، صاحبِ قَطيعةِ العبَّاس والعباسة، أنه أصابَتْهُ فاقةٌ وضائقة، وكان عليه ديون، فألحَّ عليه المطالبون وعندَهُ سَفَطٌ فيه جواهر، شراؤه عليه ألفُ ألف درهم، فأتى به جعفرًا، فعرَضَهُ عليه، وأخبره بما هو عليه من الثمن، وأخبره بإلحاحِ المطالبينَ بديونِهم، وأنه لم يبقَ له سوى هذا السَّفَط. فقال: قد اشتريتُهُ منك بالفِ ألف. ثم أقبَضَهُ المالَ وقبَضَ السَّفَط منه، وكان ذلك ليلًا، ثم أمر من ذهب بالمالِ إلى مَنزله، وأجلسَهُ معه في السَّمَرِ تلك الليلة؛ فلما رجَعَ إلى مَنْزله، إذا السفَطُ قد سبقَهُ إلى مَنْزله أيضًا. قال: فلمَّا أصبحتُ غدَوْتُ إلى جعفر لأتشكَّر له، فوجدتُه مع أخيه الفضل على بابِ الرشيدِ يستأذنُ عليه، فقال له جعفر: إني قد ذكرتُ أمرَكَ للفضل، وقد أمرَ لك بألفِ ألف، وما أظنُّها إلَّا قد سبقَتْكَ إلى مَنْزلك، وسأفاوضُ فيك أميرَ المؤمنين. فلما دخل ذكر له أمرَهُ وما لَحِقَهُ من الديون، فأمرَ له بثلاثِمئةِ ألفِ دينار. وكان جعفرٌ ليلةً في سَمَرِه عند بعضِ أصحابِه، فجاءتِ الخُنْفُساءُ فركبتْ ثيابَ الرجل، فألقاها عنه جعفرٌ وقال: إن النَّاسَ يقولون: من قصدَتْهُ الخُنفساء يُبَشَّرُ بمالٍ يُصيبُه. فأمر له جعفرٌ بألفِ دينار. ثم عادتِ الخُنفساء فرجَعَتْ إلى الرجل، فأمر له بألفِ دينارٍ أخرى. وحجَّ مرَّةً مع الرشيد، فلما كانوا بالمدينة، قال لرجلٍ من أصحابِه: انظُرْ جاريةً أشتريها، تكونُ فائقةً في الجمالِ والغِنَاءَ والدُّعابَة. ففتَّش الرجلُ، فوَجَدَ جاريةً على النَّعْت؛ فطلب سيدُها فيها مالًا كثيرًا، على أنْ يراها جعفرٌ فذهب جعفر إلى مَنْزِل سيدِها، فلما رآها أُعجب بها، فلما غنَّتْه، أعجبَتْهُ أكثر، فساوَمَهُ صاحبُها فيها، فقال له جعفر: قد أحضَرْنا مالًا، فإنْ أعجَبكَ وإلَّا زِدْناك. فقال لها سيدُها: إنِّي كنتُ في نعمة، وكنتِ عندي في غايةِ السُّرور، وإنه قد انقبَضَ عليَّ حالي، وإني قد أحببتُ أنْ أبيعَكِ لهذا المَلِك، لكي تكوني عندَهُ كما كنتِ عندي. فقالتْ له الجارية: واللَّه يا سيدي لو ملكتُ منكَ كما ملكتَ مني لم أبِعْكَ بالدنيا وما فيها؛ وأين ما كنتَ عاهَدْتَني أنْ لا تبيعَني، ولا تأكُلَ من ثمني؟ فقال سيدها لِجعفرٍ وأصحابِه: أُشهدُكُمْ أنَّها حُرَّةٌ لوجهِ اللَّه، وأنِّي قد تزوَّجْتُها. فلما قال ذلك: نَهضَ جعفرٌ وقام أصحابُه، وأمروا الحمَّالَ أنْ يحملَ المال، فقال جعفر: واللَّهِ لا يتَّبِعُني. وقال للرجل: قد مَلَّكْتُكَ هذا المال، فأنفِقْهُ على أهلِك. وذهبَ وترَكَه. هذا وقد كان يُبَخَّلُ بالنسبةِ إلى أخيه الفضل، إلَّا أن الفضلَ كان أكثرَ منه مالًا. ورَوَى ابنُ عساكر من
(١) انظر مختصر ابن منظور لتاريخ ابن عساكر (٦/ ١٠٠).

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