Il s’empara de nombreux biens, dévasta et incendia. Nicéphore lui demanda alors une trêve assortie d’un tribut qu’il verserait chaque année. Ar-Rachîd accepta cette proposition. Mais lorsqu’il revint de sa campagne et arriva à ar-Raqqah, l’infidèle rompit le traité et trahit le pacte. Or, le froid s’était considérablement intensifié, si bien que personne ne put se rendre auprès d’ar-Rachîd pour l’en informer, craignant pour sa vie à cause du climat rigoureux, et cela jusqu’à la fin de l’hiver.
Durant cette même année, le pèlerinage fut dirigé par ‘Abd Allâh ibn ‘Abbâs ibn Muhammad ibn ‘Alî.
Mention de ceux qui décédèrent cette année-là parmi les personnalités marquantes :
Ja‘far ibn Yahyâ ibn Khâlid ibn Barmak (1), Abû l-Fadl al-Barmakî, vizir fils de vizir. Ar-Rachîd le nomma gouverneur de la Syrie (ash-Shâm) et d’autres contrées. Ibn ‘Asâkir (2) rapporte qu’ar-Rachîd l’envoya à Damas lorsque survint la « fitna de la vingtième année » (3) dans la région de Hawrân, opposant Qays et Yaman. Ce fut la première fois qu’éclata le feu de la dissension entre Qays et Yaman dans les terres d’Islam, un conflit qui demeurait éteint depuis la période antéislamique. Ils l’ont rallumé à cette époque. Quand Ja‘far arriva avec son armée, l’agitation cessa et la joie se répandit ; de beaux poèmes furent alors composés à ce sujet, comme le rapporte Ibn ‘Asâkir dans la biographie (4) de Ja‘far. En voici un extrait :
« Un feu de discorde s’est allumé en Syrie…
Mais voici le moment où la Syrie voit son feu s’éteindre.
Quand la vague des Barmékides s’élève sur elle,
Ses flammes s’évanouissent et ses brandons s’éteignent.
Le Commandeur des croyants l’a lancée contre elle en la personne de Ja‘far :
C’est en lui que se sont unies puis réparées ses divisions.
Il l’a frappée d’un homme de bon augure, noble,
Qui a satisfait à la fois Qahtân et Nizâr. »