Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il est rapporté qu’ar-Rachid disait : « Qu’Allah maudisse celui qui m’a incité à agir contre les Barmécides ! Depuis qu’ils ont disparu, je n’ai plus trouvé ni plaisir, ni repos, ni espoir. Par Allah, j’aurais souhaité céder la moitié de ma vie et de mon règne pour les laisser en paix. »

Ibn Khallikân raconte que Ja‘far acheta une esclave d’un homme au prix de quarante mille dinars. L’esclave se tourna alors vers son vendeur en lui disant : « Souviens-toi du pacte que nous avons conclu. Ne profite pas du montant de ma vente. » Son maître se mit à pleurer et déclara : « Soyez témoins qu’elle est désormais libre et que je l’ai épousée. » Ja‘far ajouta : « Soyez témoins que le prix lui revient également. »

Il écrivit à l’un de ses gouverneurs : « Après quoi, tes accusateurs se sont multipliés et tes louangeurs ont diminué ; ou bien tu rends la justice, ou bien tu t’écartes de ta fonction. »

Un des plus beaux exemples de la délicatesse dont il fit preuve pour soulager l’angoisse d’ar-Rachid se produisit lorsqu’un astrologue juif se présenta devant le calife pour lui annoncer qu’il mourrait cette année. Cette prédiction emplit ar-Rachid d’une immense inquiétude. Ja‘far se rendit aussitôt auprès de lui et l’interrogea sur la raison de son trouble. Informé des propos de l’astrologue, Ja‘far fit venir celui-ci et lui demanda : « Combien te reste-t-il à vivre ? » L’homme désigna alors une longue période. Ja‘far rétorqua : « Ô Commandeur des croyants, mets-le à mort afin de vérifier le mensonge de ses dires sur sa propre longévité. » Ar-Rachid ordonna donc l’exécution de l’astrologue, et cela dissipa ses angoisses.

Après l’élimination des Barmécides, ar-Rachid fit tuer Ibrâhîm ibn ‘Uthmân ibn Nahîk. Cet homme était très attristé par la perte des Barmécides, particulièrement de Ja‘far, et ne cessait de pleurer leur sort. Il dépassa ensuite le stade des lamentations pour en venir à défendre leur cause et chercher à les venger. Lorsqu’il buvait chez lui, il s’exclamait à l’adresse de sa servante : « Apporte-moi mon sabre ! », puis il le dégainait en disant : « Par Allah, je tuerai celui qui les a fait périr ! » Comme il répétait souvent ces paroles, son fils ‘Uthmân craignit que le calife ne l’apprît et ne les fît tous périr. Voyant que son père ne renoncerait pas à ce discours, il alla trouver al-Fadl ibn ar-Rabî‘ pour l’en informer. Al-Fadl rapporta l’affaire au calife, qui fit convoquer Ibrâhîm, l’interrogea, et ce dernier lui avoua la vérité.

Le calife demanda : « Qui peut témoigner contre toi ? » Ibrâhîm répondit : « Un tel, le serviteur. » On fit alors venir ce serviteur qui témoigna. Ar-Rachid déclara : « Il n’est pas licite de mettre à mort un émir de haut rang sur la seule parole d’un serviteur et d’un eunuque ; peut-être se sont-ils entendus pour mentir. » Le calife convoqua donc Ibrâhîm à une séance de boisson, puis, s’entretenant seul avec lui, lui dit : « Malheur à toi, Ibrâhîm ! J’ai un secret qui me ronge jour et nuit, et j’aimerais te le confier. » Ibrâhîm répondit : « De quoi s’agit-il ? » Le calife reprit : « Je regrette d’avoir tué les Barmécides. Par Allah, j’aurais préféré abandonner la moitié de mon règne et de ma vie plutôt que de leur infliger ce sort. Depuis qu’ils ne sont plus là, je ne trouve ni jouissance ni repos. »

Ibrâhîm lui dit : « Qu’Allah fasse miséricorde à Abou al-Fadl (c’est-à-dire Ja‘far). » Puis il se mit à pleurer, ajoutant : « Par Dieu, ô mon maître, tu as commis une grave erreur en le tuant. » Le calife s’écria : « Lève-toi, qu’Allah te maudisse ! » Il le fit ensuite jeter en prison et l’exécuta trois jours plus tard, mais la famille et les enfants d’Ibrâhîm furent épargnés.

Au cours de cette même année, ar-Rachid se mit en colère contre ‘Abd al-Malik ibn Sâlih, car il avait appris que celui-ci ambitionnait la fonction califale. La colère du calife décupla contre les Barmécides détenus, et il fit jeter ‘Abd al-Malik en prison, où il demeura jusqu’à la mort d’ar-Rachid. Son successeur, al-Amîn, le fit libérer et le nomma gouverneur de la Syrie. Cette année-là, un conflit tribal éclata en Syrie entre les Mudariyya et les Nizâriyya. Ar-Rachid envoya alors Muhammad ibn Mansûr ibn Ziyâd pour rétablir la paix entre eux.

ورُوي أنَّ الرشيد كان يقول: لعَنَ اللَّه مَنْ أغراني بالبرامكة، فما وجدتُ بعدَهم لذَّةً ولا راحةً ولا رجاءً، وَدِدْتُ واللَّهِ أني شطَرْتُ نصفَ عُمري، ومُلكي، وأنِّي تركتُهم على حالِهم. وحكى ابنُ خَلِّكان، أنَّ جعفرًا اشترى جاريةً من رجلٍ بأربعين ألفَ دينار، فالتفَتتْ إلى بائعها وقالتْ: اذكُرِ العهدَ الذي بيني وبينَك. لا تأكُلْ من ثَمَني شيئًا. فبَكَى سيِّدُها وقال: اشهدوا أنها حُرَّة وأنِّي قد تزوَّجْتُها. فقال جعفر: اشهدوا أنَّ الثمنَ له أيضًا. وكتب إلى نائبٍ له: أمَّا بعد، فقد كَثُرَ شاكوك، وقلَّ شاكروك، فإمَّا أنْ تَعدِل، وإمَّا تَعْتَزِل. ومن أحسَنِ ما وقَعَ منه من التلطُّف في إزالةِ هَمِّ الرشيد، وقد دخل عليه مُنَجِّمٌ يهوديّ، فأخبَرَهُ أنه سيموتُ في هذه السنة، فحمَلَ الرشيدُ هَمًّا عظيمًا، فدخل عليه جعفر فسأله؛ ما الخبر؟ فأخبرَهُ بقولِ اليهودي، فاستدعَى جعفرٌ اليهوديَّ فقال له: كم بقيَ لكَ من العُمر؟ فذكر مدَّةً طويلة، فقال: يا أميرَ المؤمنين اقتُلْهُ حتى تعلمَ كَذِبَهُ فيما أخبَرَ عن عُمره. فأمر الرشيدُ باليهوديِّ فقُتل، وسُرِّيَ عن الرشيدِ الذي كان فيه. وبعد مقَتلِ البرامكة قتل الرشيدُ إبراهيمَ بن عثمان بن نَهِيك، وذلك أنَّهُ حَزِنَ على البرامكة، ولا سيما جعفر، كان يُكثر البكاءَ عليهم، ثم خرج من حَيِّزِ البكاء إلى حَيِّزِ الانتصار لهم، والأخذِ بثأرهم. وكان إذا شرب في مَنْزله يقولُ لِجاريته: ائتني بسيفي. فيَسُلُّهُ ثم يقول: واللَّهِ لأقتلَنَّ قاتِلَه، فأكثَرَ أن يقولَ ذلك، فخَشِيَ ابنُه عثمانُ أنْ يطَّلِعَ الخليفةُ على ذلك فيُهلِكَهم عن آخرِهم، ورأى أنَّ أباهُ لا يَنْزِعُ عن هذا، فذهب إلى الفَضْلِ بن الربيع فاعلمَه، فأخبرَ الفضلُ الخليفة، فاستدعى به، فاستخبرَهُ فأخبرَه، فقال: مَنْ يشهَدُ معَكَ عليه؟ فقال: فلانٌ الخادم. فجاء به فشَهِد، فقال الرشيد: لا يَحِلُّ قتلُ أميرٍ كبير، بِمُجَرَّدِ قولِ غلامٍ وخَصِيّ، لعلَّهما قد تواطأا على ذلك، فأحضَرَهُ الرشيدُ معه على الشراب، ثم خلا به فقال: ويحكَ يا إبراهيم، إنَّ عندي سِرًّا أُحِبُّ أنْ أُطلِعَكَ عليهِ أقلَقَني في الليلِ والنهار. قال: وما هو؟ قال: إنِّي نَدِمْتُ على قتلِ البرامكة، ووَدِدْتُ أني خرجتُ من نصفِ مُلْكي ونصفِ عُمري ولم أكنْ فعلتُ بِهم ما فعلت، فإني لم أجدْ بعدَهم لذَّةً ولا راحة. فقال: رحمةُ اللَّه على أبي الفضل -يعني جعفرًا- وبكى وقال: واللَّه يا سيدي لقد أخطأتَ في قتلِه. فقال له: قُمْ لعنَكَ اللَّه. ثم حبسه ثم قتَلَهُ بعد ثلاثةِ أيام. وسَلِمَ أهلُهُ وولَدُه. وفي هذه السنةِ غَضِبَ الرشيدُ على عبدِ الملك بن صالح بسببِ أنَّهُ بلَغَهُ أنه يُريدُ الخلافة. واشتدَّ غضَبُه بسَبَبِه على البرامكةِ الذين هم في الحُبوس، ثم سجَنَه، فلم يزل في السجنِ حتى مات الرشيد، فأخرَجَهُ الأمين، وعقَدَ له على نيابةِ الشام. وفيها ثارَتْ العصَبِيةُ بالشام بين المُضَرِيَّةِ والنِّزاريَّة، فبعث إليهمُ الرشيدُ محمدَ بن منصور بن زياد، فأصلح بينهم.

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