Al-Rachid accomplit donc cet acte, et certains le louèrent tandis que d’autres le blâmèrent. Quant à al-Qâsim, cette affaire ne se réalisa pas pour lui, car le destin et les Décrets divins l’arrachèrent avant qu’il ne pût atteindre ses espérances et ses objectifs. Lorsque al-Rachid eut terminé son pèlerinage, il convoqua les émirs et les vizirs qui l’accompagnaient, ainsi que le prince héritier Muḥammad al-Amīn et ‘Abd Allāh al-Ma’mûn. Il consigna le contenu de cette décision dans un document, où émirs et vizirs apposèrent leurs signatures pour en attester. Al-Rachid voulut ensuite l’accrocher à la Ka‘ba, mais celui-ci tomba.
On dit alors : « Voilà une affaire qui ne tardera pas à se défaire. » Et c’est effectivement ce qui se produisit, comme il sera relaté. Ibrâhîm al-Mawṣilî déclara à propos de ce serment d’allégeance prêté dans la Ka‘ba :
« Le meilleur des actes est celui qui connaît une bonne issue,
et l’affaire la plus digne d’être conduite à son terme
est celle dont le Miséricordieux a décrété l’ordonnance
dans la Ville sacrée. »
Abû Ja‘far Ibn Jarîr s’est longuement étendu sur ce sujet, suivi en cela par Ibn al-Jawzî dans son “Al-Muntaẓim” (1).
Cette même année, parmi les notables, décédèrent : Aṣbagh ibn ‘Abd al-‘Azîz ibn Marwân ibn al-Ḥakam Abû Zayyân (2), mort en Ramaḍân de cette année-là, Ḥassân ibn Ibrâhîm, cadi de Karmân, décédé à l’âge de cent ans, ainsi que le poète Salm al-Khâsir (3). Il s’agit de Salm ibn ‘Amr ibn Ḥammâd ibn ‘Aṭâ’. On le surnomma « al-Khâsir » (le perdant) parce qu’il vendit un exemplaire du Coran pour acheter un recueil poétique d’Imru’ al-Qays (4), ou parce qu’il dépensa deux cent mille (pièces) dans l’apprentissage des belles-lettres. C’était un poète éloquent, doté d’une grande aisance pour composer, même en se limitant à une seule rime.
C’est ainsi qu’il chanta la louange de Mûsâ al-Hâdî : « Mûsâ, la pluie bienfaitrice, une averse jaillissante, puis déversée. Combien en furent édifiés, puis il se calma. Combien il put et pardonna. Il est la justice de toute action, la trace durable, le meilleur des hommes, la branche de Muḍar, un astre plein pour celui qui observe, le refuge pour ceux qui sont présents, l’orgueil de ceux qui viendront. »
Al-Khaṭîb rapporte qu’il se livrait à une conduite réprouvée, faite de licence et de débauche, qu’il était disciple de Bashshâr ibn Burd, et que sa poésie surpassait celle de Bashshâr. Parmi les vers où il vainquit Bashshâr, on cite :