Harûn ar-Rachîd (الرشيد) confia le gouvernorat de Médine, et l’homme en question l’accepta sous des conditions de justice qu’il imposa. Ar-Rachîd y consentit, puis lui adjoignit la lieutenance du Yémen, si bien qu’il figura parmi les gouverneurs les plus justes. Il avait environ soixante-dix ans lorsqu’il assuma cette fonction.
‘Abd Allâh ibn ‘Abd al-‘Azîz al-‘Umarî (1) rencontra Abû Tuwâla et transmit (des récits) de son père ainsi que d’Ibrâhîm ibn Sa‘d. Il était un adorateur dévoué et un ascète. Un jour, il adressa un sermon à ar-Rachîd et s’y montra long et éloquent. Il lui dit, alors qu’il se tenait sur as-Safâ : « Vois-tu la foule autour de celle-ci – c’est-à-dire la Ka‘ba ? » Il répondit : « Ils sont nombreux. » Puis il enchaîna : « Chacun d’eux sera interrogé, au Jour de la Résurrection, au sujet de sa propre personne, tandis que toi, tu seras interrogé au sujet de tous. » Ar-Rachîd se mit alors à pleurer abondamment, et on lui apportait à plusieurs reprises un mouchoir pour essuyer ses larmes.
Puis il ajouta : « Ô Hârûn, un homme qui gaspille ses biens personnels peut être placé sous tutelle ; qu’en est-il donc de celui qui gaspille les biens de tous les musulmans ? » Sur ces mots, il le laissa et s’en alla, tandis qu’ar-Rachîd continuait de pleurer. Il y eut encore d’autres épisodes louables de sa part. Il mourut à l’âge de soixante-six ans.
Quant à Muhammad ibn Yûsuf ibn Ma‘dân (2), Abû ‘Abd Allâh al-Asbahânî, il côtoya certains des tâbi‘în, puis se consacra à l’adoration et à l’ascèse. ‘Abd Allâh ibn al-Mubârak l’appelait « le marié des ascètes ». Yahyâ ibn Sa‘îd al-Qattân déclara : « Je n’ai jamais vu quelqu’un de meilleur que lui, on aurait dit qu’il voyait (l’Au-delà) de ses propres yeux. » Ibn Mahdî affirma : « Je n’ai jamais rencontré son pareil. » Il n’achetait pas son pain chez le même boulanger ni ses légumes chez le même marchand. Il n’achetait qu’auprès de personnes qui ne le connaissaient pas, disant : « Je crains qu’on ne me traite avec faveur, et que je ne fasse alors partie de ceux qui vivent de leur religion. » Il ne s’allongeait jamais pour dormir, ni en été ni en hiver. Il mourut avant d’atteindre la quarantaine.
[Puis arriva l’an 185 de l’Hégire]
Cette année-là, les habitants de Tabaristân tuèrent leur gouverneur, Mihrwayh ar-Râzî. Ar-Rachîd nomma alors à sa place ‘Abd Allâh ibn Sa‘îd al-Harashî. La même année, ‘Abd ar-Rahmân al-Anbârî tua Abân ibn Qahtaba le kharijite, à Marj al-Qala‘a (3).