Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Al-Mahdi.
Je dis : « Si le Commandeur des Croyants (émir al-mu’minīn) souhaite le faire comparaître afin que j’entende sa plainte, qu’il le fasse. » On le fit donc comparaître, et il revendiqua la propriété du verger. Je dis : « Que réponds-tu, ô Commandeur des Croyants ? » Il répondit : « Ce verger est à moi. » Je dis alors à l’homme : « Tu as entendu ce qu’il affirme. » L’homme répliqua : « Qu’il jure ! » Je m’adressai alors au Commandeur des Croyants : « Vas-tu prêter serment, ô Commandeur des Croyants ? » Il répondit : « Non. » Je lui dis aussitôt : « Je vais te proposer de prêter serment par trois fois : si tu consens à jurer, très bien ; sinon, je rendrai mon jugement contre toi, ô Commandeur des Croyants. » Je lui proposai alors le serment à trois reprises, mais il refusa. Je tranchai donc en faveur du plaignant pour le verger. »

Il déclara ensuite : « Pendant la durée du litige, j’espérais qu’il se termine vite, et il ne m’était pas possible de faire asseoir cet homme en présence du Calife. Puis le cadi Abou Yousouf dépêcha quelqu’un pour remettre effectivement le verger à l’homme. »

Al-Muʿafâ ibn Zakariyyâ al-Jarîrî transmit, de la part de Muḥammad ibn Abî l-Azhar, qui la tenait de Ḥammâd ibn Abî Isḥâq al-Mawṣilî, d’après son père, d’après Bishr ibn al-Walîd, d’après Abou Yousouf, ce récit : « Une nuit, je m’étais endormi lorsque l’émissaire du Calife frappa à ma porte. Je me levai en sursaut avant de sortir. Il me dit : “Le Commandeur des Croyants te convoque.” Je me rendis chez lui et le trouvai assis, en compagnie de ʿĪsâ ibn Jaʿfar.

Ar-Rachîd me dit : “J’ai réclamé à cet homme qu’il me fasse don d’une esclave, mais il a refusé ; ou bien qu’il me la vende, ce qu’il a également refusé. Je t’informe donc : s’il ne m’y consent pas, je le tuerai.”

Je demandai alors à ʿĪsâ : “Pourquoi ne le fais-tu pas ?” Il répondit : “J’ai fait un vœu, à savoir que si je la vendais ou en faisais don, je devrais divorcer mes épouses, affranchir mes esclaves et donner tous mes biens en aumône.”

Ar-Rachîd me demanda : “N’y a-t-il pas un moyen de le libérer de sa condition ?” Je répondis : “Si. Qu’il te vende la moitié et t’en fasse don pour l’autre moitié.” Il fit donc don de la moitié à ar-Rachîd et lui vendit l’autre pour cent mille dinars. Ar-Rachîd accepta, et on fit venir l’esclave. Lorsqu’il la vit, il demanda : “Puis-je avoir accès à elle dès cette nuit ?”

Je lui dis : “Elle est encore considérée comme esclave, il faut attendre sa période de viduité. À moins que tu ne l’affranchisses et ne l’épouses, car la femme libre n’a, elle, pas à observer ce délai.” Il l’affranchit donc et l’épousa moyennant vingt mille dinars. Il m’ordonna également de prendre deux cent mille dirhams et vingt coffres (1) remplis de vêtements. J’envoyai dix mille dinars à la jeune esclave. »

Yahyâ ibn Maʿîn a rapporté : « J’étais un jour auprès d’Abou Yousouf, quand on lui apporta un présent : des pièces de vêtement en tissu dabeqî (2), du parfum, des figurines façonnées dans le bois d’encens de qualité (nid) et d’autres choses encore. Un homme me rappela alors la chaîne de transmission d’un ḥadîth qui dit : “Celui à qui l’on offre un présent alors que des personnes sont assises chez lui, ces dernières en sont également bénéficiaires” (3).

Abou Yousouf rétorqua : “Ce ḥadîth ne concerne que le lait caillé, les dattes et les raisins secs. Les présents n’étaient pas de ce type à l’époque. Serviteur, porte tout cela dans les coffres.” Et il ne leur en donna rien (4). »

Bishr ibn Ghiyâth al-Marîsî dit : « J’ai entendu Abou Yousouf dire : ‘J’ai fréquenté Abou Ḥanîfa pendant dix-sept ans, puis la fortune et les honneurs sont venus à moi durant dix-sept autres années. Je ne doute pas que ma fin approche.’ Il ne demeura en effet en vie que quelques mois après cela… »

(1) Les “takhṭ” sont des malles ou coffres servant à ranger vêtements et objets précieux.
(2) Un tissu “dabeqî” est un textile d’Égypte, réputé pour sa finesse.
(3) Ḥadîth évoquant la question du partage des offrandes reçues en présence d’autres personnes.
(4) Indication qu’Abou Yousouf estimait ce texte limité à certains aliments simples, et non applicable aux présents luxueux.

(1) «Al-Takht» : un contenant dans lequel sont conservés les vêtements. Terme persan, adopté dans la langue arabe selon Lisân al-ʿArab (Takht). (2) Dans (Q) : «Dibqi», une erreur de lecture, car al-Dibqiyy désigne un drap de tissu connu en Égypte, attribué à Dabiq. Voir Lisân al-ʿArab (Dabaq). (3) Rapporté par al-ʿUqailî dans Al-Ḍuʿafāʾ (3/67) (1031), mentionné par al-ʿAjlûnî dans Kashf al-Khafaʾ (2/302) qui dit : rien n’est authentique dans ce domaine, ainsi que par Ibn Ḥajar dans Lisân al-Mīzān (4/14). (4) Rapporté par al-Khaṭīb dans Târikh Baghdâd (14/252).
المهدي. فقلت: إنْ رأى أميرُ المؤمنين أنْ يُحضِرَهُ لأسمعَ دعواه. فأحضرَه، فادَّعى بالبستان، فقلت: ما تقولُ يا أميرَ المؤمنين؟ فقال: هو بستاني. فقلتُ للرجل: قد سمعتَ ما أجاب. فقال الرجل: يَحلف. فقلتُ: أتحلفُ يا أميرَ المؤمنين؟ فقال: لا. فقلتُ: سأعرضُ عليك اليمينَ ثلاثًا، فإنْ حلفتَ وإلَّا حكمتُ عليك يا أميرَ المؤمنين؛ فعرضتُها عليه ثلاثًا، فامتنع، فحكمتُ بالبستانِ للمُدَّعي. قال: فكنتُ في أثناء الخُصومةِ أوَدُّ أنْ ينفصل. ولم يُمكني أنْ أُجلسَ الرجلَ مع الخليفة. وبعث القاضي أبو يُوسف في تسليم البستانِ إلى الرجل. وروَى المُعافَى بنُ زكريَّا الجَريري، عن محمد بن أبي الأزْهَر، عن حماد بن أبي إسحاق الْمَوْصلي، عن أبيه، عن بشر بن الوليد، عن أبي يوسف، قال: بينا أنا ذاتَ ليلةٍ قد نمتُ في الفراش، إذا رسولُ الخليفةِ يطرُقُ الباب، فخرجتُ مُنْزعجًا، فقال: أميرُ المؤمنين يدعوك. فذهبتُ، فإذا هو جالسٌ ومعهُ عيسى بنُ جعفر، فقال لي الرشيد: إنَّ هذا قد طلَبتُ منه جاريةً يَهَبُنِيها، فلم يفعلْ، أو يبيعُنيها، فلم يفعل وإنِّي أُشهدك إنْ لم يُجبني إلى ذلك قتلتُه. فقلتُ لعيسى: لمَ لم تفعلْ؟ فقال: إني حالفٌ بالطلاقِ والعَتَاق، وصدَقَةِ مالي كلِّه أنْ لا أبيعَها، ولا أهبَها. فقال لي الرشيد: فهل له من مُخلِّص؟ فقلت: نعم. يَبيعُكَ نصفَها، ويَهبُكَ نصفَها. فوهَبَه النِّصفَ وباعَهُ النصفَ بمئةِ ألف دينار. فقبل منه ذلك، وأُحضرتِ الجارية، فلما رآها الرشيدُ قال: هل لي من سبيل عليها الليلة؟ قلت: إنَّها مملوكة، ولا بدَّ من استبرائها، إلَّا أنْ تُعتِقَها وتتزوَّجَها، فإنَّ الحرَّةَ لا تُستبرَأ. قال: فأعتَقَها وتزوَّجها منه بعشرينَ ألفَ دينار، وأمَرَ لي بمئتي ألفِ درهم، وعشرين تختًا من ثياب (١) ، وأرسلتُ إلى الجاريةِ بعشرةِ آلافِ دينار. قال يحيى بن مَعين: كنتُ عند أبي يوسف، فجاءتهُ هديَّةٌ من ثيابٍ دَبِيقِيّ (٢) ، وطيبٍ وتماثيل نِدٍّ، وغيرِ ذلك، فذاكَرَني رجلٌ في إسنادِ حديث "منْ أُهديَتْ له هديَّةٌ وعندَهُ قومٌ جُلوس فهمْ شركاؤه" (٣) . فقال أبو يوسف: إنما ذاك في الأقِطِ والتَّمْرِ والزَّبيب، ولم تكنِ الهدايا في ذلك الوقت ما ترَوْن؛ يا غلام، ارفَعْ هذا إلى الخزائن. ولم يُعطهمْ منها شيئًا (٤) . وقال بشر بن غياث الْمَرِّيسي: سمعتُ أبا يوسف يقول: صحبتُ أبا حنيفةَ سبعَ عشرةَ سنة، ثم انصبَّتْ عليَّ الدنيا سبعَ عشرةَ سنة، وما أظنُّ أجَلي إلَّا قَدِ اقترب. فما مكثَ بعدَ ذلك إلَّا شهورًا حتى
(١) "التخت": وعاءٌ تصان فيه الثياب. فارسي، وقد تكلمت به العرب لسان العرب (تخت). (٢) في (ق): "ديبقي" وهو تصحيف، والدَّبيقيُّ: من دقَّ ثياب مصر معروفة، تنسب إلى دَبيق. لسان العرب (دبق). (٣) أخرجه العقيلي في الضعفاء (٣/ ٦٧) (١٠٣١)، وذكره العجلوني في كشف الخفا (٢/ ٣٠٢) وقال: لا يصح في هذا الباب شيء، وابن حجر في لسان الميزان (٤/ ١٤). (٤) أخرجه الخطيب في تاريخ بغداد (١٤/ ٢٥٢).

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