Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Ali ibn al-Ja’d a dit : « Je l’ai entendu raconter : “Mon père est décédé alors que j’étais encore enfant. Ma mère m’a alors confié à un blanchisseur, et sur le chemin, je passais souvent près du cercle d’enseignement d’Abou Hanifa, où je m’asseyais. Ma mère me cherchait, me prenait par la main pour m’emmener chez le blanchisseur. Puis, je lui désobéissais et retournais chez Abou Hanifa. Lorsqu’elle en eut assez, elle alla trouver Abou Hanifa et lui dit : ‘Cet enfant est orphelin, il ne possède rien d’autre que ce que je lui procure grâce à mon filage, et vous l’avez corrompu !’” Abou Hanifa lui répondit : “Tais-toi, sotte ! Le voilà qui étudie la science, et un jour il mangera du faloûdhaj au pistache, servi dans des plats en faïence de couleur turquoise.” Elle s’exclama : “Vieillard, tu radotes !” »

Abou Youssouf raconta ensuite : « Lorsque j’ai été nommé juge (la première personne à m’avoir investi de cette charge fut Al-Hâdî ; c’est lui qui me conféra pour la première fois le titre de “Qādî al-Quḍāt” – juge des juges –, et l’on disait de moi que j’étais le juge des juges dans tous les territoires où régnait le calife), un jour, je me trouvais chez le calife Ar-Rachîd. On nous apporta alors du faloûdhaj dans un plat de turquoise. Le calife me dit : “Mange, car on ne nous en prépare pas à tout moment.” Je demandai : ‘Qu’est-ce donc, ô Commandeur des Croyants ?’ Il répondit : ‘C’est du faloûdhaj.’ J’esquissai un sourire. Il me dit : ‘Pourquoi souris-tu ?’ Je répondis : ‘Pour rien, que Dieu préserve le Commandeur des Croyants.’ Il insista : ‘Tu dois me l’expliquer.’ Je lui narrai alors toute l’histoire. Le calife conclut : ‘La science est utile et élève son détenteur en ce monde et dans l’autre. Qu’Allah fasse miséricorde à Abou Hanifa ! Il voyait avec l’œil de l’esprit ce que d’autres ne perçoivent qu’avec les yeux du corps.’ »

Abou Hanifa disait d’Abou Youssouf : « Il est le plus savant de mes disciples. » Al-Muzanî déclara : « Des disciples d’Abou Hanifa, Abou Youssouf était le plus attaché au hadith. » Ibn al-Madînî dit de lui : « C’était un homme sincère. » Ibn Ma’în : « Il était digne de confiance. » Abou Zur’ah : « Il était préservé du tajahhum (déviation niant certains attributs divins). »

Bachâr al-Khaffâf rapporta : « J’ai entendu Abou Youssouf dire : ‘Quiconque affirme que le Coran est créé, il est interdit de lui adresser la parole, et il devient obligatoire de le fuir ; on ne doit ni le saluer ni répondre à son salut.’ »

Parmi ses propos dignes qu’on les écrive à l’encre d’or, il disait : « Celui qui cherche la richesse par l’alchimie finira ruiné, celui qui se met en quête des récits insolites du hadith finira menteur, et celui qui recherche la connaissance par la dialectique (kalām) sombrera dans l’hérésie. »

Lors d’une controverse qui opposa Abou Youssouf et Mâlik à Médine, en présence du calife Ar-Rachîd, à propos de la mesure du sâ’ (un type de mesure vínicole) et de la zakat sur les légumes, Mâlik s’appuya sur des mesures transmises par leurs ancêtres, affirmant que les légumes ne faisaient l’objet d’aucun impôt durant l’époque des califes bien-guidés. Abou Youssouf lui répondit : « Si mon maître avait vu ce que j’ai vu, il aurait fini par se raviser, comme je l’ai fait. » Il montra ainsi son sens de l’équité.

Dans son tribunal, il recevait des savants de toute envergure. Même Ahmad ibn Hanbal, encore jeune, y assistait, debout parmi d’autres, et ils débattaient et discutaient. Abou Youssouf, malgré ses fonctions de juge, travaillait également à la rédaction de ses ouvrages. Il raconta : « J’ai été investi de cette magistrature, et j’implore Dieu de ne pas me reprocher d’injustice ni de parti-pris, hormis un incident survenu un jour : un homme vint me voir, affirmant posséder un verger que le Commandeur des Croyants détenait. Je me rendis auprès du calife pour l’en informer. Il me dit : ‘Ce verger m’appartient, je l’ai acheté pour moi.’ »

قال علي بن الجعد: سمعتُه يقول: تُوفي أبي وأنا صغير، فأسلمَتْني أُمِّي إلى قصَّار، فكنتُ أمرُّ على حَلْقَةِ أبي حنيفةَ فأجلسُ فيها، فكانتْ أُمِّي تتبَعُني فتأخذُ بيدي من الحَلْقَة وتذهبُ بي إلى القصَّار؛ ثم كنتُ أخالفُها في ذلك، وأذهبُ إلى أبي حنيفة، فلما طالَ ذلك عليها قالتْ لأبي حنيفة: إنَّ هذا صبيٌّ يتيم، ليس له شيءٌ إلَّا ما اطعِمُهُ من مِغْزَلي، وإنك قد أفسدتَهُ عليّ. فقال لها: اسكُتي يا رَعْناء، ها هو ذا يتعلَّمُ العِلْم، وسيأكلُ الفالوذَجَ بِدُهْنِ الفُسْتُق، في صحونِ الفَيْروزَج. فقالتْ له: إنَّكَ شيخٌ قد خَرِفت. قال أبو يوسف: فلمَّا وُلِّيتُ القضاء -وكان أولُ من ولَّاه القضاءَ الهادي، وهو أولُ منْ لُقِّب قاضي القضاة، وكان يُقال له قاضي قضاة الدنيا، لأنه كان يَسْتَنيبُ في سائرِ الأقاليمِ التي يحكم فيها الخليفة، قال أبو يوسف-: فبينا أنا ذاتَ يومٍ عندَ الرشيد إذْ أُتي بفالوذَجٍ في صحنِ فيروزَج، فقال لي: كُلْ من هذا، فإنَّه لا يُصنعُ لنا في كلِّ وقت. وقلت: وما هذا يا أمير المؤمنين؟ فقال: هذا الفالوذَج. قال: فتبسَّمت، فقال: ما لَكَ تتبسَّم؟ فقلت: لا شيء، أبقى اللَّه أميرَ المؤمنين. فقال: لَتُخْبرَنِّي. فقصصتُ عليه القصَّة. فقال: إنَّ العلمَ ينفعُ ويَرْفَعُ في الدنيا والآخرة. ثم قال: رَحِمَ اللَّه أبا حنيفة، فلقد كان ينظرُ بعينِ عقله ما لا ينظر بعينِ رأسِه. وكان أبو حنيفة يقولُ عن أبي يوسف: إنه أعلمُ أصحابِه. وقال الْمُزَني: كان أبو يوسف أتبعَهُمْ للحديث. وقال ابنُ الْمَديني: كان صدوقًا. وقال ابنُ معين: كان ثقةً. وقال أبو زرعة: كان سليمًا من التَّجَهُّم. وقال بشار الخفَّاف: سمعتُ أبا يوسف يقول: منْ قال: القرآنُ مخلوق، فحرامٌ كلامُه، وفَرْضٌ مُبَايَنتُه، ولا يجوزُ السلامُ ولا رَدُّه عليه. ومن كلامِه الذي ينبغي كتابتُهُ بماءِ الذهب قولُه: مَنْ طلَب المالَ بالكيمياء أفلس، ومن تتبَّعَ غرائبَ الحديث كذَب، ومن طلب العلمَ بالكلام تَزَنْدَق. ولما تناظر هو ومالكٌ بالمدينة بحضرةِ الرشيد في مسألةِ الصاع وزكاة الخضراوات احتجَّ مالكٌ بما استدعى به من تلك الصيعان المنقولةِ عن آبائهم وأسلافِهم، وبأنَّهُ لم تكنِ الخضراوات يُخرجُ فيها شيءٌ في زمن الخلفاء الراشدين. فقال أبو يوسف: لو رأى صاحبي ما رأيتُ لَرَجعَ كما رجعتُ. وهذا إنصافٌ منه. وقد كان يحضُرُ في مجلسِ حُكمِه العلماءُ على طَبقاتِهم، حتى إن أحمد بن حنبل كان شابًّا، وكان يحضُرُ مجلسَهُ في أثناء الناس، فيتناظرونَ ويتباحثون، وهو مع ذلك يَحكُمُ ويُصنِّفُ أيضًا. وقال وُلِّيتُ فذا الحُكم، وأرجو اللَّه أنْ لا يسألني عن جَوْرٍ ولا مَيْل إلى أحد، إلَّا يومًا واحدًا جاءني رجل، فذكر أنَّ له بستانًا، وأنه في يدِ أميرِ المؤمنين، فدخلتُ إلى أميرِ المؤمنين فأعلمتُه، فقال: البستانُ لي، اشتراهُ لي

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