Cette année, décédèrent : Al-Ḥasan ibn Qaḥṭaba (1), l’un des plus grands émirs abbassides ; Ḥamza ibn Mālik, qui gouverna le Khorāsān à l’époque d’ar-Rachīd ; et Khalaf ibn Khalīfa, le maître de Ḥasan ibn ‘Arafa, à l’âge de cent ans.
De même mourut ‘Abd Allāh ibn al-Mubārak (2), Abū ‘Abd ar-Raḥmān al-Marwazī. Son père était d’origine turque, affranchi d’un marchand de la tribu Banū Ḥanẓala, originaire de Hamadhān. Chaque fois qu’Ibn al-Mubārak s’y rendait, il faisait preuve de bienveillance envers les enfants de l’ancien maître de son père. Sa mère était originaire du Khwārazm. Il naquit en l’an 118 de l’Hégire. Il entendit (des ḥadīths) de Ismā‘īl ibn Abī Khālid, de l’A‘mash, de Hishām ibn ‘Urwa, de Ḥumayd aṭ-Ṭawīl et d’autres sommités parmi les Successeurs. De nombreux transmetteurs rapportèrent de lui. Il était réputé pour sa mémorisation, son savoir juridique, son excellente maîtrise de la langue arabe, sa piété, sa générosité, sa bravoure et sa poésie. Il laissa de belles compositions et des poèmes remarquables, riches en maximes. Il multipliait les expéditions guerrières et les pèlerinages. Il disposait d’un capital d’environ quatre cent mille (dirhams) qu’il faisait fructifier dans le commerce à travers diverses contrées ; à chaque fois qu’il rencontrait un savant, il lui témoignait sa générosité. Son bénéfice annuel atteignait souvent cent mille, qu’il dépensait entièrement pour les gens de dévotion, d’ascèse et de science ; et il arrivait même qu’il puise dans son capital.
Sufyān ibn ‘Uyayna déclara : « J’ai examiné la vie d’Ibn al-Mubārak et celle des Compagnons du Prophète, et je n’ai pas trouvé en quoi ils le surpassaient, hormis la Compagnie même du Messager de Dieu (ﷺ). » Ismā‘īl ibn ‘Ayāsh affirma : « Il n’existe personne de semblable à lui sur terre, et je ne connais pas une seule qualité de bien que Dieu n’ait mise en Ibn al-Mubārak. En effet, des compagnons m’ont raconté qu’ils voyagèrent avec lui de Miṣr à La Mecque : il les nourrissait de khabīṣ alors qu’il jeûnait en permanence. »
Un jour, il arriva à ar-Raqqa, où séjournait Hārūn ar-Rachīd. À son entrée dans la ville, les gens se pressèrent autour de lui. La foule était si dense qu’une concubine d’ar-Rachīd se pencha depuis un palais pour voir ce qui se passait. Elle demanda : « Qu’ont donc les gens ? » On lui répondit : « C’est un grand savant de Khorāsān qui vient d’arriver. »