Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Les gens lui adressèrent la formule de bénédiction à l’éternuement, mais ‘Āfiyah ne la fit pas. Al-Rachīd lui dit alors : « Pourquoi ne m’as-tu pas souhaité la miséricorde comme l’ont fait les autres ? » Il répondit : « Parce que tu n’as pas loué Dieu. » Il s’appuya pour cela sur le hadith à ce sujet. Al-Rachīd reprit : « Retourne à tes fonctions. Par Dieu, tu n’aurais pas pu commettre ce dont on t’accuse, puisque tu ne m’as même pas excusé pour un éternuement où je n’ai pas loué Dieu. » Il le renvoya donc avec bienveillance à son poste.

En cette même année, mourut Sībawayh (1), l’imam des grammairiens, qui se nommait ‘Amr ibn ‘Uthmān ibn Qanbar, Abū Bishr, plus connu sous le nom de Sībawayh, affranchi des Banū al-Hārith ibn Ka‘b, ou selon d’autres, de la famille d’al-Rabī‘ ibn Ziyād. On dit qu’il fut ainsi surnommé parce que sa mère le berçait en l’appelant de la sorte. Le mot « Sībawayh » signifie « le parfum de la pomme ».

Au début de sa carrière, il fréquentait les gens du hadith et les juristes, et prenait des notes au nom de Ḥammād ibn Salamah. Un jour, il fit une faute de langue, et Ḥammād la corrigea, ce qui vexa Sībawayh. Il s’attacha alors à Khalīl ibn Aḥmad et excella en grammaire. Il se rendit à Bagdad et disputa une controverse avec al-Kisāʾī. C’était un jeune homme beau, élégant et soigné, ayant acquis une part de tout savoir, et qui brilla dans chaque domaine littéraire, et ce malgré sa jeunesse.

Il composa en grammaire un ouvrage inégalé, que les maîtres en la matière commentèrent par la suite, se jetant dans les profondeurs de son océan et en extrayant ses perles, sans toutefois en atteindre le fond. Tha‘lab prétendit qu’il ne l’avait pas rédigé seul, mais qu’une quarantaine de personnes y contribuèrent, dont lui-même ; que c’étaient là les fondements légués par al-Khalīl, et que Sībawayh s’en était attribué le mérite. Al-Sīrāfī, dans le livre « les Classes des grammairiens » (Tabaqāt al-nuḥāt), trouva cette hypothèse peu plausible.

Il est mentionné que Sībawayh apprit les langues auprès d’Abū al-Khaṭṭāb, d’al-Akhfash et d’autres. Il disait : « On dit : Sa‘īd ibn Abī al-‘Arūbah, et “al-‘Arūbah” désigne le jour du vendredi. Quiconque prononce “al-‘Aroubah” se trompe. » Lorsque Yūnus en entendit parler, il déclara : « Il a vu juste, que Dieu le bénisse ! »

Sībawayh partit ensuite pour le Khurāsān afin de se mettre sous la protection de Ṭalḥah ibn Ṭāhir, qui affectionnait la grammaire. Il y tomba malade du mal qui l’emporta. À l’approche de la mort, il récita ces vers :

« Il nourrit l’espoir que ce bas monde lui dure, mais le porteur d’espoir meurt avant de l’atteindre ;
Il arrose avec empressement les racines du palmier, le palmier survit, et lui meurt. » (2)

On raconte que, lorsqu’il fut à l’agonie, il posa sa tête sur les genoux de son frère. Voyant celui-ci pleurer, il reprit connaissance, l’aperçut en larmes, et s’exprima en ces termes :

(1) Sa biographie se trouve dans Tārīkh Baghdād (12/195), al-Ikmāl d'Ibn Mākūlā (4/419, 420), al-Fihrist (76), al-Muntaẓam (9/53), Wafayāt al-Aʿyān (3/463), Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ (8/351), al-Bulghah (163), Nuzhat al-Albāb fī al-Alqāb (382), Ṭabaqāt al-Ḥanafiyyah (373). (2) De même, la mention se trouve dans (B, Ḥ), Ḥilyat al-Awliyāʾ (2/383), al-Muntaẓam (9/55), Ṣifat al-Ṣafwah (4/55, 56). Dans une version d’al-Ḥilyah avec une chaîne de transmission d’Abū Naʿīm à ʿUbayd Allāh, il est rapporté que Mālik ibn Dīnār passa près d’un homme qui plantait un fraisier, puis s’éloigna de lui un moment, puis repassa près du fraisier après qu’il eut été nourri. Il demanda alors qui l’avait planté, on lui répondit : « Il est mort. » Puis il composa ces vers. Il rapporta les deux vers, dont la seconde version du deuxième : « Il élève un fraisier et s’en soucie. »
فشَمَّتَهُ الناس ولم يُشَمِّتْهُ عافية، فقال له الرشيد: لِمَ لم تشمِّتْني مع الناس؟ فقال: لأنّك لم تحمَدِ اللَّه. واحتجَّ بالحديثِ في ذلك، فقال له الرشيد: ارجِعْ لعَملك، فواللَّه ما كنتَ لِتفعَل ما قيلَ عنك وأنتَ لم تسامِحْني في عَطْسَةٍ لم أحمدِ اللَّه فيها. ثم ردَّهُ ردًّا جميلًا إلى ولايته. [فيها توفي] سِيبَوَيْه (١) : إمامُ النُّحَاة، واسمه عمرو بن عثمان بن قَنْبَر، أبو بشر، المعروف بسيبويه، مولى بني الحارث بن كعب، وقيل: آل مولى الربيع بن زياد. وإنما سُمِّي لأنَّ أمَّه كانتْ تُرَقِّصُهُ وتقولُ له ذلك، ومعنى سيبويه: رائحةُ التفَّاح. وقد كان في ابتداءَ أمرِهِ يصحَبُ أهلَ الحديثِ والفقهاء، وكان يستملي على حَمّاد بن سَلَمة، فَلحَنَ يومًا، فرَدَّ عليه قولَه، فأنِفَ من ذلك، فلَزِمَ الخليلَ بنَ أحمد، فبَرَع في النحو، ودخل بغدادَ وناظر الكِسَائي. وكان سيبويه شابًّا حسنًا جميلًا نظيفًا، وقد تعلَّق من كلِّ علمٍ بسبَب، وضرَبَ مع كلِّ أهلِ أدَبٍ بسَهْم، مع حداثةِ سِنه؛ وقد صَنَفَ في النحو كتابًا لا يُلْحَقُ شأوُه، وشرَحَهُ أئمةُ النحاةِ بعدَهُ فانغمروا في لُجَجِ بَحْرِه، واستخرجوا من دُرَره، ولم يبلغوا إلى قعره. وقد زعَمَ ثعلبٌ أنه لم ينفردْ بتصنيفِه، بل ساعده جماعةٌ في تصنيفهِ نحوًا من أربعينَ نفسًا، هو أحدُهم؛ وهو أُصولُ الخليل، فادَّعاهُ سيبويه إلى نفسِه. وقد استبعد ذلك السّيرا في في كتابِ "طبقاتِ النحاة" . قال: وقد أخذ سيبويهِ اللغاتِ عن أبي الخطَّاب، والأخْفَش وغيرِهما، وكان سيبويه يقول: سعيد بن أبي العَرُوبة، والعَرُوبة يومُ الجمعة، وكان يقول: من قال عروبة فقد أخطأ. فذكر ذلك ليونس فقال: أصابَ للَّهِ درُّه. وقد ارتحلَ إلى خُراسان ليحظَى عند طلحة بن طاهر، فإنه كان يُحبُّ النَحْوَ فمرض هناك مرضه الذي تُوفي فيه، فتَمثَّلَ عندَ الموت: يؤمِّلُ دنيا لِتبْقَى لَهُ … فمات المؤمِّلُ قبلَ الأمَلْ حَثيثًا يُرَوِّي أُصولَ الفسيلِ … فعاشَ الفَسيلُ ومات الرَّجُلْ (٢) ويُقال إنه لمَّا احتُضر وضع رأسَهُ في حِجْرِ أخيه، فدمعت عينُ أخيه، فاستفاق، فرآه يبكي، فقال:
(١) ترجمته في تاريخ بغداد (١٢/ ١٩٥)، الإكمال لابن ماكولا (٤/ ٤١٩، ٤٢٠)، الفهرست (٧٦)، المنتظم (٩/ ٥٣)، وفيات الأعيان (٣/ ٤٦٣)، سير أعلام النبلاء (٨/ ٣٥١)، البلغة (١٦٣)، نزهة الألباب في الألقاب (٣٨٢)، طبقات الحنفية (٣٧٣). (٢) كذا البيان في (ب، ح) وحلية الأولياء (٢/ ٣٨٣)، والمنتظم (٩/ ٥٥)، وصفة الصفوة (٤/ ٥٥، ٥٦)، وجاء في رواية الحلية بسند أبي نعيم إلى عبيد اللَّه قال: مرَّ مالك بن دينار على رجلٍ يَغرِسُ فسيلًا، فغَبَرَ عنه يسيرًا، ثم مرَّ بالفَسيل وقد أطعمَ، فسأل عن الذي غرَسَه، فقالوا: مات. ثم أنشأ يقول. . فذكر البيتين. ورواية صدر الثاني منهما: "يُربي فسيلًا ويعنى به".

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