Ô arbres du Khabour, pourquoi demeurez-vous verdoyants, comme si vous ne vous étiez pas affligés de la perte d’Ibn Ṭarīf ? C’était un jeune homme qui ne chérissait la subsistance que lorsqu’elle provenait de la piété, et ne recherchait la richesse que lorsqu’elle venait de lances et d’épées.
Cette même année, ar-Rachīd quitta Bagdad pour accomplir la ʿUmra, en action de grâce envers Dieu. Lorsqu’il eut achevé sa ʿUmra, il demeura à Médine jusqu’à la saison du pèlerinage, où il conduisit les fidèles. Il marcha à pied de La Mecque jusque Minā, puis jusqu’à ʿArafāt, assistant à tous les rites et stations du pèlerinage en marchant à pied ; ensuite, il repartit vers Bagdad en passant par Bassora.
Au cours de cette même année, mourut Ismāʿīl ibn Muḥammad ibn Yazīd ibn Rabīʿa (1), Abū Hāshim al-Ḥimyarī, surnommé as-Sayyid, qui comptait parmi les poètes réputés et remarquables dans leur art, d’une grande éloquence. Toutefois, c’était un râfiḍī (dissident) malfaisant, un chiite méprisable (2), qui buvait du vin et professait la croyance en la « rajʿa », c’est-à-dire le retour (la réincarnation). Un jour, il demanda à un homme : « Prête-moi un dīnār, et je t’en rendrai cent lorsque nous reviendrons en ce monde. » L’homme lui répondit : « Je crains que tu ne reviennes sous la forme d’un chien ou d’un porc, et que mon dīnār ne s’évanouisse. »
Que Dieu l’enlaidisse, il insultait les Compagnons dans ses poèmes. Al-Aṣmaʿī affirma : « Sans cela, je n’aurais préféré personne à lui parmi ceux de son rang, surtout s’agissant des deux Cheikhs (Abū Bakr et ʿUmar) et de leurs deux fils. » Ibn al-Jawzī a rapporté quelques-uns de ses vers dans ce sens (4), mais j’ai répugné à les citer en raison de leur laideur et de leur ignominie. À sa mort, son visage était devenu sombre, et il souffrit d’une grave affliction. Après son décès, on refusa de l’enterrer à cause de ses injures envers les Compagnons.
Toujours cette année-là, mourut également Ḥammād ibn Zayd (5), l’un des éminents imams du ḥadīth, ainsi que Khālid ibn ʿAbd Allāh, l’un des hommes pieux et notables des musulmans, qui aurait racheté son âme auprès de Dieu à quatre reprises.