Au cours de cette année, mourut Sharik ibn Abd Allâh, le juge kûfien an-Nakha‘î. Il avait écouté les enseignements d’Abû Isḥâq as-Sabî‘î et de bien d’autres, et il était loué pour l’équité de ses jugements et la bonne exécution de ses arrêts. Il ne s’asseyait pas pour rendre la justice avant d’avoir déjeuné, puis il sortait de sa sacoche (qimaṭr) une feuille qu’il consultait, avant de faire comparaître les plaideurs. Un de ses compagnons, curieux, voulut regarder ce qui était écrit sur ce feuillet. Il y trouva ces mots : « Sharik ibn Abd Allâh, souviens-toi du pont (aṣ-Ṣirâṭ) et de son caractère redoutable. Ô Sharik ibn Abd Allâh, souviens-toi de la station devant Dieu – Exalté soit-Il –. » Il mourut un samedi, le premier jour du mois de Dhû al-Qa‘da de cette même année.
Cette année-là décédèrent également : ‘Abd al-Wâḥid ibn Zayd, Muḥammad ibn Muslim et Mûsâ ibn A‘yan.
[Vint ensuite l’an 178 H.] Au cours de cette année, un groupe de Hawfiyya, issus de Qays et de Quḍâ‘a, se souleva contre le gouverneur d’Égypte, Isḥâq ibn Sulaymân. Ils l’attaquèrent et il y eut de vives discordes. Ar-Rashîd envoya alors Harthama ibn A‘yan, gouverneur de Palestine, à la tête d’un contingent de notables pour soutenir Isḥâq. Ils combattirent jusqu’à ce que les rebelles se soumettent à l’autorité, s’acquittent du kharâj et de leurs obligations. Harthama demeura gouverneur d’Égypte durant environ un mois, en remplacement d’Isḥâq ibn Sulaymân, puis Ar-Rashîd le démit de ses fonctions et nomma ‘Abd al-Malik ibn Ṣâliḥ à sa place.
La même année, un groupe de la population d’Ifriqiya se révolta, tua al-Faḍl ibn Rûḥ ibn Ḥâtim et chassa de la région les membres de la famille d’al-Muhallab qui s’y trouvaient. Ar-Rashîd dépêcha à nouveau Harthama, et grâce à son intervention, ils revinrent à l’obéissance.