Il la sollicita donc auprès de Yahyâ ibn Khâlid, qui la lui accorda. Elle trouva alors grande faveur auprès de lui et demeura à ses côtés pendant trois ans avant de mourir. Il en fut très affligé et la pleura. Parmi les vers qu’il composa à son sujet, on rapporte :
« J’ai dit, quand ils t’ont enfouie sous la terre
Et que le chagrin a envahi ma poitrine :
Pars donc à la rencontre de Dieu, car plus rien
Après toi ne saurait me réjouir en ce monde. » (1)
Quant à l’abbaside Ibn al-Aḥnaf, il écrivit à l’occasion de sa mort :
« Ô toi dont les tombes se sont réjouies du trépas !
Le temps a visé mon tourment et t’a frappée.
Je recherche la compagnie, mais ne trouve nul être pour m’égayer
Sinon mes pas là où je te rencontrais jadis.
Un roi t’a pleurée et, depuis toi, son deuil s’est prolongé.
S’il avait pu, par sa royauté, il t’aurait rachetée.
Il préserve son cœur des autres femmes par jalousie,
De peur que nul autre ne pénètre dans le sanctuaire de son cœur. » (2)
On raconte alors que, pour chacun de ces vers, ar-Rachîd ordonna qu’on lui remette dix mille (ce qui fit au total quarante mille). Dieu est plus savant.
[Puis vint l’année 174 de l’hégire]
Cette année-là, il y eut en Syrie de vives dissensions et une agitation suscitant troubles et désordre. Cette même année, ar-Rachîd nomma Yûsuf ibn Abî Yûsuf au poste de juge (qâḍî), alors que son père était encore en vie. Durant cette année également, ‘Abd al-Malik ibn Ṣâliḥ mena l’expédition estivale et pénétra sur le territoire byzantin. Enfin, cette année-là, ar-Rachîd se rendit en pèlerinage. Parvenu près de La Mecque, il apprit qu’une épidémie y sévissait ; il n’y entra donc pas avant le moment du stationnement à ‘Arafât. Après s’y être tenu, il gagna Muzdalifa, puis Minâ, avant d’entrer à La Mecque pour accomplir le ṭawâf et le sa‘î. Il repartit aussitôt après, sans y séjourner.
[Puis survint l’année 175]
Cette année-là, ar-Rachîd prit l’engagement de la succession pour son fils de Zubayda, nommé Muḥammad, et le désigna comme héritier sous le nom d’al-Amîn. L’enfant avait alors cinq ans. C’est à ce propos que Sallm al-Khâsir chanta :
« Dieu a guidé le Calife lorsqu’il a bâti
La maison du califat pour l’illustre cheval blanc.
Car il est le calife, succédant à son père et à son aïeul,
Dont le témoignage atteste sa noblesse de vue et de caractère.
Dans le berceau même de la guidance, hommes et djinns
Ont prêté allégeance à Muḥammad, fils de Zubayda, fille de Ja‘far. » (3)