Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Al-Mahdî voulut l’acheter, séduit par sa beauté, à l’exception de la finesse de ses jambes. Il lui dit : « Ô jeune fille, tu atteins le comble du désir et de la beauté, n’était cette légère maigreur de tes jambes. » Elle répondit : « Ô Prince des croyants, tu auras le plus besoin de ces jambes quand tu ne pourras pas les voir. » Il fut charmé par sa répartie, l’acheta et elle acquit une grande faveur auprès de lui.

Un jour, la mère du calife, Al-Khayzurân, partit en pèlerinage à La Mecque du vivant d’Al-Mahdî. De Baghdad, il lui écrivit pour exprimer sa solitude et son désir de la revoir en ces vers :
« Nous sommes dans la plus grande joie, mais…
Elle n’est achevée que par votre présence.
Ce que nous vivons, ô vous les êtres chers,
C’est que vous êtes absents tandis que nous sommes ici.
Hâtez-vous donc en chemin ; mieux encore,
Si vous le pouvez, envolez-vous avec le vent. »

Elle lui répondit, ou fit répondre en son nom :
« Nous est parvenu ce désir que tu décris :
Nous étions sur le point de nous envoler, sans pourtant le faire.
Puissent les vents vous porter
Ce que garde dans ses replis notre cœur.
Je suis demeurée éprise ; quant à toi, si tu jouis de la joie pendant mon absence,
Puisse cette joie persister. »

On rapporte que Mohammed ibn Sulaymân, gouverneur de Bassorah et mort le même jour qu’elle, lui avait offert cent esclaves, chacune portant un bol d’argent rempli de musc. Al-Khayzurân lui écrivit : « Si ce que tu m’as envoyé est censé régler le prix de la confiance que j’ai en toi, sache que mon estime pour toi excède de beaucoup ce présent, et ainsi tu nous as lésés dans l’échange ; mais si tu ambitionnes d’accroître à mes yeux notre amitié, c’est que tu doutes de mon affection. » Elle refusa donc son offrande.

Al-Khayzurân acheta par la suite la célèbre maison qui porte son nom à La Mecque, connue sous le nom de “Dâr Al-Khayzurân”. Elle l’annexa à la Mosquée sacrée (al-Masjid al-Harâm). Elle percevait chaque année de ses domaines un revenu d’un million soixante mille (dinars). Elle mourut à Bagdad dans la nuit du vendredi, alors qu’il restait trois jours de joumâdâ al-âkhira de cette année-là. Son fils, le calife Hârûn ar-Rachîd, sortit en tête de son cortège funèbre, portant lui-même son brancard à travers la boue. Arrivé au cimetière, on lui apporta de l’eau pour se laver les pieds, il enfila des chaussures, pria sur elle et descendit dans sa tombe. Puis, ressorti du caveau, on lui présenta un siège sur lequel il s’assit. Il fit alors appeler Al-Fadl ibn ar-Rabî‘, qu’il nomma gardien du sceau et chargé des dépenses.

Ensuite, Al-Rachîd récita ces vers d’Ibn Nuwayra à l’occasion de l’enterrement de sa mère, Al-Khayzurân :
« Nous étions tels les deux compagnons de Jadhîma durant un temps…
Au point que l’on disait qu’ils ne se sépareraient jamais.
Mais lorsque nous fûmes contraints de nous éloigner,
C’est comme si, après avoir longtemps vécu ensemble,
Nous n’avions jamais passé une seule nuit côte à côte. »

(1) Dans (Q) : « Loulā diqqatā sāqayka wa khamūshuhumā ». C'est un lapsus. La lecture correcte est celle attestée dans (B, Ḥ), et « al-ḥamūsha » signifie : la finesse minutieuse. (2) Dans (Q) : « Fakadnā wa mā qaddarnā naṭīr ». La lecture correcte est celle attestée dans (B, Ḥ). (3) Dans (B, Ḥ) : « Yajnnu al-ḍamīr ». (4) Dans (B, Ḥ) : « Mi’a waṣīf maʿa kulli waṣīf ». La lecture correcte est celle attestée dans (Q). (5) Le poème de Mutammim bn Nuwaira pleure son frère Mālik, comme mentionné dans al-ʾAghānī (15/288, 298, 299).
على المهدي ليشتريَها أعجبَتْه إلَّا دقةً في ساقَيْها، فقال لها: يا جارية إنكِ لعلى غايةِ الْمُنَى والجمال لولا حُمُوشَةٌ في ساقَيْكِ (١) . فقالت: يا أميرَ المؤمنين إنك أحوَجُ ما تكونُ إليهما لا تراهما. فاستحسَنَ جوابَها واشتراها، وحَظِيَتْ عندَهُ جدًّا. وقد حَجَّتِ الخَيْزُران مرَّة في حياةِ المهدي، فكتب إليها وهي بمكَّة يستوحشُ لها ويتشوَّقُ إليها بهذا الشِّعْر: نحن في غايةِ السرورِ ولكنْ … ليس إلَّا بكُمْ يتمُّ السرورُ عَيْبُ ما نحن فيه يا أهلَ وُدِّي … أنَّكم غُيَّبٌ ونحنُ حُضُورُ فأجدُّوا في السَّيرِ بل إنْ قَدَرْتُمْ … أنْ تطيروا مع الرياحِ فَطيروا فأجابَتْهُ أو أمرَتْ منْ أجابَهُ: قد أتانا الذي وصفتَ من الشَّوْ … قِ فَكِدْنا وما فعلنا نطيرُ (٢) ليت أنَّ الرياحَ كُنَّ يؤدِّيْـ … ــنَ إليكمْ ما قَدْ يُكِنُّ (٣) الضميرُ لم أزَلْ صبَّةً فإنْ كنتَ بعدي … في سرورٍ فدامَ ذاك السرورُ وذكر أنه أهدَى إليها محمد بن سليمان نائبُ البصرة الذي مات في اليوم الذي ماتَتْ فيه مئة وَصِيفة، مع كلِّ وَصيفة (٤) جامٌ من فِضَّة مملوءٌ مسكًا. فكتبَتْ إليه: إنْ كان ما بعثتَهُ ثمنًا عن ظَنِّنا فيك فظننا فيك أكثرُ مما بعثت، وقد بَخَسْتَنا في الثمن؛ وإنْ كنتَ تُريد به زيادةَ المودَّة فقد اتَهمتَني في المودَّة. وردَّتْ ذلك عليه. وقد اشترتِ الدارَ المشهورةَ بها بمكة، المعروفة بدار الخَيْزُران، فزادَتْها في المسجدِ الحرام. وكان مَغَلُّ ضياعِها في كل سنةٍ ألفَ ألفٍ وستين ألفًا. واتَفَقَ موتُها ببغدادَ ليلةَ الجمعة لثلاثٍ بقينَ من جُمادَى الآخرة من هذه الستة. وخرج ابنُها الرَّشيد في جنازتِها وهو حاملٌ سريرَبها يخبّ في الطِّين فلما انهى إلى الْمَقْبُرَة أُتيَ بماءٍ، فغسل رجلَيْه، ولبس خُفًّا وصلَّى عليها، ونزلَ لحْدَها، فلما خرج من القبر أُتيَ بسريرٍ فجلس عليه، واستدعى بالفَضْلِ بنِ الرَّبيع، فولَّاهُ الخاتم والنفقات. وأنشد الرشيدُ قولَ ابنِ نُوَيْرة حين دفَنَ أمَّهُ الخيزُران: وكنَّا كندمانَيْ جَذِيمَةَ بُرْهَة … من الدهرِ حتى قيل لنْ يتصدَّعا فلما تفرَّقْنا كأني ومالكًا … لطولِ اجتماعٍ لم نَبِتْ ليلةً معا (٥)
(١) في (ق): "لولا دقة ساقيك وخموشهما". وهو تصحيف. والمثبت من (ب، ح)، والحموشة: الدِّقَّةُ. (٢) في (ق): "فكدنا وما قدرنا نطير". والمثبت من (ب، ح). (٣) في (ب، ح): "يجنُّ الضمير". (٤) في (ب، ح): "مئة وصيف مع كل وصيف". والمثبت من (ق). (٥) الشعر لمتمّم بن نويرة يرثي أخاه مالكًا كما في الأغاني (١٥/ ٢٨٨، و ٢٩٨، ٢٩٩).

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