Les habitants des deux Lieux saints reçurent d’importantes sommes d’argent, et l’on rapporte qu’il [Haroun] entreprit également une expédition militaire cette année-là. À ce propos, le poète Dawoud ibn Razîn déclare :
« Avec Hâroun, la lumière a resplendi dans chaque contrée,
Et la voie de la justice s’est érigée dans sa conduite.
C’est un imâm qui, pour Dieu, a pour principale occupation la guerre sainte et le pèlerinage ;
C’est à cela qu’il consacre la plus grande part de son intérêt.
Les yeux des gens se troublent devant la clarté de son visage
Lorsqu’il apparaît à tous, rayonnant de blancheur. (1)
Et assurément, Hâroun, dépositaire de la confiance de Dieu, est un homme de grande générosité :
Il accorde à celui qui l’espère bien plus encore que ce qu’il réclame. »
Cette même année, Sulaymân ibn ‘Abd Allâh al-Bakkâ’î conduisit l’expédition d’été.
[Évocation de ceux qui moururent cette année]
Il y eut al-Khalîl ibn Ahmad ibn ‘Amr ibn Tamîm (2), Abou ‘Abd al-Rahmân al-Farâhîdî – on l’appelle aussi al-Farhoudî al-Azdî al-Yahmadî –, maître des grammairiens, auprès duquel étudièrent Sîbawayh, al-Naḍr ibn Shumayl et plusieurs autres grands savants. C’est lui qui inventa la science de la ‘aroud (la métrique), qu’il divisa en cinq cercles et développa en quinze “mètres poétiques”. Al-Akhfash y ajouta un seizième mètre, le khabab.
Un poète a dit :
« La poésie des humains était déjà correcte
Avant même la création d’al-Khalîl. »
Il avait également des connaissances en science du chant, sur laquelle il rédigea un ouvrage. On lui attribue le « Kitâb al-‘Ayn », premier dictionnaire de la langue arabe, qu’il commença avant que son travail ne soit complété par al-Naḍr ibn Shumayl et d’autres disciples d’al-Khalîl, tels que Mu’urrij al-Sadûsî et Naṣr ibn ‘Alî al-Jahḍamî, sans toutefois correspondre entièrement à la vision d’al-Khalîl. Ibn Darastawayh composa un ouvrage où il exposa les erreurs qui s’y étaient glissées, apportant ainsi un éclairage utile. Al-Khalîl était un homme pieux, sage, sérieux et accompli, qui vivait avec un détachement extrême des biens de ce monde, patient face à la rigueur et à l’exiguïté de la vie.
Il disait : « Mon souci ne dépasse pas le seuil de ma porte. » C’était un homme plein d’esprit et de bonnes manières. On rapporte qu’un jour, un homme, dont l’esprit était peu réceptif à la métrique, étudia auprès de lui ; al-Khalîl raconta : « Je lui demandai un jour comment il scanderait ce vers :
“Si tu ne peux accomplir une chose, laisse-la
Et penche-toi plutôt vers ce que tu peux réaliser.”
Il se mit à en faire la métrique selon sa compréhension, puis il s’en alla et ne revint plus, comme s’il avait saisi l’allusion que je voulais lui faire. »
On raconte que nul ne porta le nom d’Ahmad après le Prophète ﷺ si ce n’est le père d’al-Khalîl. Il est aussi rapporté, d’après Ahmad ibn Abî Khaythama – Dieu sait mieux –, qu’al-Khalîl naquit en l’an 100 de l’Hégire. Il mourut à Bassora en l’an 170, selon l’opinion la plus répandue, et selon certains en l’an 160.