«Oui, par Dieu ! Si cela est avéré, je renouerai avec ceux que j’ai délaissés, je rendrai justice à ceux que j’ai lésés et je marierai tes fils à mes filles.»
Il répondit : «C’est bien ce que je pense de toi.» Alors Hârûn s’approcha de lui et lui baisa la main. Al-Hâdî jura qu’il s’assiérait à ses côtés sur le lit ; ils s’y installèrent ensemble. Puis il ordonna qu’on remette à Hârûn un million de dinars, qu’on le laisse entrer dans les trésors pour y prendre ce qu’il voulait ; et que, lorsque le kharâj (recette fiscale) serait perçu, on lui en verse la moitié. Tout cela fut accompli, et Al-Hâdî fut pleinement satisfait d’Ar-Rachîd.
Par la suite, Al-Hâdî voyagea vers Hadîthat Al-Mawṣil après la réconciliation, puis en revint et mourut à ‘Isâbâdh (1) un vendredi, à la moitié du mois de Rabî‘ Al-Awwal. Certains disent qu’il mourut à la fin de l’année 170 de l’Hégire, alors qu’il était âgé de vingt-trois ans. Son califat dura six mois et vingt-trois jours. Il était grand, beau et de teint clair, avec une légère contracture à la lèvre supérieure.
Au cours de cette même nuit, un calife s’éteignit – Al-Hâdî – un calife fut désigné – Ar-Rachîd – et naquit un futur calife – Al-Ma’mûn, fils d’Ar-Rachîd. On raconte que leur mère, Al-Khayzurân, déclara au début de cette nuit : «J’ai appris que cette nuit naîtra un calife, qu’un autre mourra et qu’un troisième sera investi.» On dit qu’elle avait entendu ces propos d’Al-Awzâ‘î quelque temps auparavant, ce qui lui procura une grande joie.
On raconte également qu’elle avait choisi d’appeler son fils «Al-Hâdî» par crainte pour son autre fils, Ar-Rachîd, et parce qu’Al-Hâdî l’avait éloignée et mise à l’écart, tout en rapprochant sa favorite Khâliṣa et en la plaçant en position privilégiée. Dieu seul le sait.
Voici quelques éléments de la biographie d’Al-Hâdî (2). Il s’agit de Mûsâ ibn Muḥammad Al-Mahdî ibn ‘Abd Allâh Al-Manṣûr ibn Muḥammad ibn ‘Alî ibn ‘Abd Allâh ibn ‘Abbâs, Abû Muḥammad Al-Hâdî. Il accéda au califat en Muḥarram de l’an 169 de l’Hégire et mourut à la mi-Rabî‘ Al-Awwal, ou bien à la mi-Rabî‘ Al-Âkhir, de l’an 170. Il avait alors vingt-trois ans – certains disent vingt-quatre ou vingt-six ans, mais la première version est la plus juste. On dit que nul n’avait régné avant lui à un âge aussi jeune. Il était beau, de teint clair, grand, et doté d’une grande force. Il sautait sur sa monture en portant deux cuirasses, et son père l’appelait «ma fleurette».
‘Îsâ ibn Dâ’ab rapporte : «Un jour que je me trouvais auprès d’Al-Hâdî, on apporta un bassin dans lequel se trouvaient les têtes de deux jeunes servantes qui avaient été exécutées et décapitées. Je n’avais jamais vu de visages plus beaux ni de chevelures semblables aux leurs, ornées de perles et de joyaux, ni senti de fragrance aussi exquise qu’émanant de leurs corps.
Le calife nous dit : “Savez-vous pourquoi ces deux femmes ont subi ce sort ?” Je lui répondis : “Non.” Il reprit : “On m’a rapporté que l’une d’elles chevauchait l’autre pour commettre l’infamie. J’ai alors ordonné au serviteur de les épier, puis il est venu m’annoncer qu’elles étaient en effet ensemble ; je m’y suis donc rendu et je les ai trouvées ainsi.”»