Il mourut sur-le-champ. Alors la favorite se mit à le pleurer en disant : « Ô Commandeur des Croyants ! J’ai voulu qu’il fût à moi seule, je l’ai tué de mes propres mains. » Son décès survint au mois de Mouḥarram de cette année, c’est-à-dire l’an 169. Il avait, d’après l’opinion la plus répandue, quarante-trois ans. Son califat avait duré dix ans, un mois et quelques jours. Les poètes composèrent pour lui de nombreuses élégies, mentionnées par Ibn Jarîr et Ibn ‘Asâkir.
[Cette année-là, parmi les notables, moururent :]
• ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd,
• Nâfi‘ ibn ‘Umar al-Jumaḥî,
• et Nâfi‘ ibn Abî Nu‘aym al-Qâri’.
[Le califat de Mûsâ al-Hâdî ibn al-Mahdî]
Son père mourut au mois de Mouḥarram, au début de l’an 169. Mûsâ al-Hâdî était désigné comme héritier du califat après son père, qui avait cependant envisagé, avant sa mort, de donner la succession à son frère Hârûn à sa place. Cela ne put se réaliser, car al-Mahdî mourut à Mâsabadhân ; quant à al-Hâdî, il se trouvait alors à Gurgân. Certains hommes de l’État, dont ar-Rabî‘ le chambellan et un groupe de chefs militaires, projetèrent de placer ar-Rashîd sur le trône et de lui faire prêter allégeance, Hârûn étant déjà présent à Bagdad. Ils avaient l’intention de distribuer des fonds à l’armée pour appuyer cette décision, conformément à la volonté d’al-Mahdî. Mais Mûsâ al-Hâdî accéléra sa marche de Gurgân à Bagdad, dès qu’il apprit la nouvelle. En vingt jours, il l’atteignit, y entra et prononça un discours devant la population qui lui prêta alors serment d’allégeance. Ar-Rabî‘ le chambellan s’était éclipsé, mais al-Hâdî le fit rechercher jusqu’à ce qu’il comparût devant lui. Il lui accorda son pardon, le combla de faveurs, le confirma dans ses fonctions de chambellan et lui attribua même le vizirat et d’autres charges. Al-Hâdî se mit ensuite à poursuivre les zindîqs dans tous les horizons, en exécuta un grand nombre, suivant en cela la voie de son père.
Mûsâ al-Hâdî comptait parmi les plus joyeux compagnons en privé. Mais lorsqu’il siégeait en qualité de Calife, on ne pouvait plus le regarder en face, tant son autorité et sa majesté imposaient le respect. Il était jeune, beau, grave et imposant.
Cette même année – 169 – al-Ḥusayn ibn ‘Alî ibn al-Ḥasan ibn al-Ḥasan ibn ‘Alî ibn Abî Ṭâlib se souleva à Médine. Un matin, il était vêtu de blanc et assis dans la Mosquée du Prophète. Lorsque les gens vinrent pour la prière et le virent, ils firent demi-tour, puis un groupe se rallia à lui et lui prêta serment sur le Livre, la Sunna et l’agrément des Gens de la Maison. La raison de sa révolte était que l’administrateur de la cité était parti pour Bagdad pour féliciter le Calife de son avènement et le présenter ses condoléances pour la mort de son père. Ensuite, des événements se produisirent qui provoquèrent sa rébellion. Des membres de Ahl al-Bayt et d’autres personnes se joignirent à lui et ils établirent leur quartier dans la Mosquée du Prophète, interdisant aux gens de prier à l’intérieur. Les habitants de Médine ne répondirent néanmoins pas à son appel et allèrent même jusqu’à invoquer des malédictions contre lui parce qu’il avait profané ce lieu.