Nous l’avons aimée, alors qu’Il nous avait pourtant enseigné à nous en détacher ; mais nous l’avons préférée et avons cherché à l’obtenir. Il vous a promis la ruine de ce monde, et vous l’avez pourtant fortifié ; Il vous a interdit de le convoiter, et vous l’avez convoité ; Il vous a mis en garde contre les trésors et vous les avez thésaurisés. Les appels de cette vie trompeuse vous ont sollicités, et vous avez répondu avec empressement à sa voix. Elle vous a bernés par ses illusions, vous a fait miroiter ses promesses, et vous vous êtes soumis docilement à ses espérances. Vous vous complaisez dans ses parures et ses ornements, jouissez de ses plaisirs et vous laissez emporter par ses désirs, tout en vous souillant de ses conséquences. Vous fouillez ses coffres du bout des griffes de la convoitise et creusez dans ses mines avec la pioche de la cupidité.
Un homme se plaignit à lui du grand nombre de ses enfants. Il lui répondit : « Envoie-moi donc parmi eux celui dont la subsistance ne dépend pas de Dieu. » L’homme resta silencieux.
Il dit encore : « Je passai un jour dans l’une des montagnes, et je tombai sur une pierre où était inscrit en arabe :
“Tout être vivant, même s’il subsiste, puise son existence de la vie.
Œuvre dès aujourd’hui et efforce-toi ; prends garde à la mort, ô infortuné.”
Tandis que je restais là, à lire et à pleurer, apparut un homme hirsute, couvert de poussière, vêtu d’une simple tunique de poils. Il me salua et dit : “Pourquoi pleures-tu ?” Je répondis : “À cause de cela.” Il me prit par la main et nous avançâmes un peu, jusqu’à apercevoir un rocher massif semblable à un mihrab. Il déclara : “Lis et pleure sans faiblir.” Puis il se mit à prier. Au sommet du rocher, je pouvais lire clairement, en arabe :
“Ne recherche pas la gloire ; ta gloire est négligeable aux yeux du Souverain. Efforce-toi plutôt de l’améliorer.”
Sur un autre côté, il y avait cette inscription :
“Celui qui ne situe pas sa confiance dans le décret et la destinée rencontre de nombreuses épreuves douloureuses.”
Et sur le côté gauche :
“Combien la piété est belle, et combien l’infamie est laide ! Chacun sera saisi pour ce qu’il a commis, et la rétribution appartient à Dieu.”
Plus bas, à une coudée environ au-dessus du sol, était gravé :
“La réussite et la vraie richesse résident dans la crainte de Dieu et dans l’action.”
Quand je terminai ma lecture, je me retournai : l’homme avait disparu. Je ne sais s’il s’en était allé ou s’il m’était devenu invisible… »
Il dit aussi : « Les actes les plus lourds dans la balance sont ceux qui pèsent le plus sur les corps. Celui qui accomplit pleinement l’œuvre recevra pleinement la récompense, tandis que celui qui n’agit pas quittera ce monde pour l’Au-delà dépourvu de tout. »
Il dit encore : « Tout souverain qui n’est pas équitable ne vaut pas mieux qu’un voleur ; tout savant qui n’est pas pieux ne vaut pas mieux qu’un loup ; et quiconque sert autre que Dieu ne vaut pas mieux qu’un chien. »
Enfin, il déclara : « Il ne convient pas à celui qui se soumet à Dieu en L’adorant de s’humilier devant un autre par crainte de la faim ; que dire alors de celui qui se complaît déjà dans les bienfaits et la suffisance de Dieu ? »