Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Hudhayfa al-Mar‘achî raconta : « Je me suis abrité, avec Ibrâhîm, dans une mosquée en ruine à Koufa. Cela faisait déjà plusieurs jours que nous n’avions rien mangé. Il me dit alors : “Tu as l’air d’avoir faim.” Je lui répondis : “Oui.”

Il prit alors un feuillet et y écrivit : “Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. C’est Toi le but ultime dans toutes les situations, c’est à Toi que renvoie tout sens :
• Je suis un louangeur, un mémorisateur, un reconnaissant…
• Je suis un affamé, un démuni, un nu.
Ils sont six, et j’en suis garant pour la moitié. Sois donc garant de leur autre moitié, ô Créateur !
L’éloge que j’adresse à quelqu’un d’autre que Toi n’est pour moi qu’un feu ardent dans lequel je m’engouffre ; protège Ton serviteur d’entrer dans le Feu.”

Puis il ajouta : “Sors avec ce feuillet et ne tourne pas ton cœur vers un autre que Dieu — qu’Il soit exalté et glorifié. Remets ce feuillet au premier homme que tu rencontreras.” Je sortis et je trouvai un homme monté sur une mule. Je lui remis le feuillet. Lorsqu’il le lut, il se mit à pleurer puis, aussitôt, me donna six cents dinars et s’en alla. Je demandai alors à quelqu’un : “Qui est cet homme sur la mule ?” On me répondit : “C’est un chrétien.” Je retournai informer Ibrâhîm de ce qui s’était passé. Il dit : “Il reviendra maintenant pour se convertir à l’islam.” Peu de temps après, l’homme arriva effectivement, se jeta à la tête d’Ibrâhîm et se convertit (1).

Ibrâhîm disait : “Notre demeure véritable est devant nous, et notre vie réelle commence après notre mort : soit au Paradis, soit en Enfer. Représente-toi l’Ange de la Mort et ses auxiliaires prenant ton âme et imagine dans quel état tu seras alors. Figure-toi l’effroi du tombeau et l’interrogatoire de Munkar et Nakîr, et songe à la façon dont tu y feras face. Songe ensuite au Jour de la Résurrection, à ses épreuves bouleversantes, puis à la présentation et au jugement. Vois dans quelles conditions tu te trouveras…” Et il poussa alors un grand cri avant de s’évanouir.

Un jour, il vit un de ses compagnons qui riait. Il lui dit : “Ne convoite pas ce qui n’adviendra pas et n’oublie pas ce dont tu es certain qu’il adviendra.” On lui demanda : “Comment cela, Abû Ishâq ?” Il répondit : “Ne convoite pas de vivre éternellement alors que la mort te poursuit. Comment peut rire celui qui va mourir et ne sait pas où il sera emporté : dans un Paradis ou dans un Enfer ? Et n’oublie pas ce qui ne manquera pas d’arriver : la mort te frappe tôt ou tard, et tu l’ignores. » Puis il s’exclama : “Hélas, hélas !” avant de s’évanouir.

Il disait encore : “Pourquoi donc nous plaindre de notre pauvreté à des gens comme nous, sans demander à notre Seigneur d’y remédier ?!” Puis il ajoutait : “Malheur à un serviteur qui aime ce monde et oublie les trésors de son Maître.”

Et il disait : “Si tu passes la nuit à dormir, le jour à errer, et persistes dans les péchés, comment pourrais-tu satisfaire Celui qui veille sans cesse sur tes affaires ?”

L’un de ses compagnons le vit un jour dans la mosquée de Beyrouth, pleurant et se frappant la tête des deux mains. Il lui demanda : “Pourquoi pleures-tu ?” Il répondit : “J’ai rappelé ce Jour où les cœurs et les regards seront bouleversés.” ”}‍ ‍‍‍‍

(1) Rapporté par Abū Nuʿaym dans al-Ḥilya (8/38), Ibn ʿAsākir (voir al-Mukhtaṣar 4/30) et Ibn al-Athīr dans al-Mukhtār min Manāqib al-Akhiyār (1/236).
وقال حُذيفةُ الْمَرْعشيّ: أوَيْتُ أنا وإبراهيمُ إلى مسجدِ خرابٍ بالكوفة، وكان قد مَضَى علينا أيامًا لم نأكُلْ فيها شيئًا، فقال لي: كأنَّك جائع. قلت: نعم. فأخذ رُقْعة فكتب فيها: بسم اللَّه الرحمن الرحيم، أنت المقصودُ إليه بكلِّ حال، المشار إليه بكلِّ مَعْنى: أنا حامدٌ أنا ذاكرٌ أنا شاكرٌ … أنا جائعٌ أنا حاسرٌ أنا عاري هي ستَّةٌ وأنا الضَّمينُ بنصفِها … فكُنِ الضَّمينَ لنصفِها يا باري مَدْحي لغيرِك وَهْجُ نارٍ خُضتُها … فأجِرْ عُبَيدَكَ من دخولِ النارِ ثم قال: اخرُجْ بهذهِ الرُّقْعَة ولا تُعَلَّقْ قلَبكَ بغيرِ اللَّه (سبحانه وتعالى) ، وادْفَعْ هذه الرقعةَ لأوَّلِ رجل تلقاه. فخرجتُ فإذا رجلٌ على بغلة، فدفعتُها إليه، فلما قرأها بكى، ودفع إليَّ ستٍّ مئة دينارٍ وانصرَفَ؛ فسألتُ رجلًا: منْ هذا الذي على البغلة؟ فقالوا: هو رجلٌ نصرانيّ. فجئتُ إبراهيمَ، فأخبرتُهُ فقال: الآن يجيء فيُسْلِم. فما كان غيرَ قريب حتى جاء، فأكبَّ على رأسِ إبراهيمَ وأسلم (١) . وكان إبراهيمُ يقول: دارُنا أمامَنا، وحياتُنا بعدَ وفاتِنا، فإمَّا إلى الجنة وإما إلى النار، مَثِّلْ لبَصَرِكَ حضورَ ملَكِ الموتِ وأعوانِهِ لقبضِ رُوحِك، وانظرْ كيف تكونُ حينئذٍ، ومَثِّلْ له هَوْلَ الْمَضْجَع، ومساءلةَ مُنْكرٍ ونَكير، وانظُرْ كيف تكون؟ ومَثِّلْ له القيامةَ وأهوالَها وأفزاعَها، والعَرْضَ والحساب، وانظُرْ كيف تكون؟ ثم صرَخَ صرخةً خَرَّ مَغْشيًّا عليه. ونظر إلى رجلٍ من أصحابه يَضْحَك، فقال له: لا تطمَعْ فيما لا يكونُ ولا تَنْسَى ما يكون، فقيل له: كيف هذا يا أبا إسحاق؟ فقال: لا تطمَعْ في البقاءَ والموتُ يَطْلُبُك، فكيف يَضْحكُ منْ يَموتُ ولا يَدْري أين يُذهَبُ به، إلى جنَّةٍ أمْ إلى نار؟ ولا تنسَ ما يكون، الموتُ يأتيك صباحًا أو مساءً. ثم قال أوَّهْ، أوَّه!. ثم خرَّ مَغْشيًا عليه. وكان يقول: ما لنا نَشْكُو فقرنا إلى مِثْلِنا، ولا نسألُ كَشْفَهُ من ربِّنا؟ ! ثم يقول: ثَكِلَتْ عبدًا أُمُّهُ أحبَّ الدنيا ونَسِيَ ما في خزائنِ مولاه. وقال: إذا كنتَ بالليل نائمًا، وبالنهارِ هائمًا، وفي المعاصي دائمًا، فكيف تُرْضي منْ هوَ بأمورك قائمًا؟. ورآه بعضُ أصحابِهِ، وهو بمسجدِ بَيْرُوت، وهو يَبْكي ويَضْربُ بيدَيْه على رأسه؛ فقال: ما يُبْكيك؟ فقال: ذكرتُ يومًا تتَقَلَّبُ فيه القلوبُ والأبصار.
(١) أخرجه أبو نعيم في الحلية (٨/ ٣٨)، وابن عساكر (انظر المختصر ٤/ ٣٠)، وابن الأثير في المختار من مناقب الأخيار (١/ ٢٣٦).

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