Ibn ʿAsakir rapporta, d’après la chaîne de transmission de Muʿāwiya ibn Ḥafṣ, qui déclara : « Ibrāhīm ibn Adham n’entendit qu’un seul ḥadīth et s’y conforma, si bien qu’il surpassa tous ceux de son époque. » Il dit : « Manṣūr nous rapporta d’après Ribʿī ibn Ḥirāsh qu’un homme se présenta devant le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) et lui dit : “Ô Messager de Dieu, indique-moi une action qui me vaudra l’amour de Dieu et celui des gens.” Il répondit : “Si tu veux que Dieu t’aime, alors déteste ce monde d’ici-bas ; et si tu veux que les gens t’aiment, délaisse ce qui te reste de superflu et donne-le-leur.” » (1)
Ibn Abī al-Dunyā dit : « Abū Rabīʿ nous transmit d’après Idrīs qu’Ibrāhīm s’assit auprès de quelques savants qui se remémoraient des ḥadīths, tandis qu’il gardait le silence. Ensuite, il annonça : “Manṣūr nous rapporta…” puis se tut et ne prononça plus un mot jusqu’à ce qu’il quittât l’assemblée. L’un de ses compagnons lui reprocha son mutisme, et il expliqua : “Je redoute jusqu’à ce jour les méfaits que cette assemblée pourrait avoir sur mon cœur.” »
Rishdīn ibn Saʿd raconta : « Ibrāhīm ibn Adham passa près d’al-Awzāʿī, qui était entouré d’un cercle de personnes. Ibrāhīm remarqua : “Si ce cercle avait entouré Abū Hurayra, il n’aurait pu répondre pleinement à leurs attentes.” Al-Awzāʿī se leva alors et quitta l’assemblée. »
Ibrāhīm ibn Bashshār transmit : « On demanda un jour à Ibn Adham : “Pour quelle raison as-tu délaissé la transmission du ḥadīth ?” Il répondit : “Je suis occupé par trois choses : remercier Dieu pour Ses bienfaits, implorer Son pardon pour mes péchés et me préparer à la mort.” Puis il poussa un cri et tomba évanoui. Les personnes présentes entendirent alors une voix qui disait : “Ne vous interposez pas entre Moi et Mes saints.” »
Un jour, Abū Ḥanīfa s’adressa à Ibrāhīm ibn Adham en ces termes : « Dieu t’a gratifié d’une belle part d’adoration ; veille donc à accorder à la science l’importance qu’elle mérite, car elle est le fondement de l’adoration et le pilier de la religion. » Ibrāhīm lui répondit : « Quant à toi, veille à ce que l’adoration et la mise en pratique de la science soient constamment dans tes préoccupations, sans quoi tu périras. »
Ibrāhīm déclara : « Quelle immense grâce Dieu accorde aux pauvres : Il ne les interrogera pas, au Jour de la Résurrection, au sujet de l’aumône légale (zakāt), ni du pèlerinage (ḥajj), ni du combat (jihād), ni des liens de parenté. Ce sont plutôt ces riches misérables qu’Il va interroger et faire rendre compte. »
Shaqīq ibn Ibrāhīm (2) rapporta : « Je rencontrai Ibn Adham au Shām alors que je l’avais déjà croisé en Irak ; il se tenait face à trente (3) shākiriyy, et je lui dis : “Tu as délaissé la royauté du Khorassan et la prospérité dont tu jouissais !” Il me répondit : “Tais-toi ! Je n’ai jamais savouré le bien-être aussi pleinement qu’ici. Je fuis pour protéger ma religion, passant d’un sommet à l’autre. Celui qui me voit me prend soit pour un fou, soit pour un portefaix, soit pour un marin.” Puis il poursuivit : … »