An-Nasaï déclara : « Ibrâhîm ibn Adham est digne de confiance et sûr, l’un des ascètes. »
Abû Nuʿaym (1) mentionna qu’il était le fils d’un roi parmi les rois du Khorassan. Il explique que la chasse lui plaisait beaucoup et rapporte : « Un jour, je sortis pour chasser et je levai un renard ou un lièvre. Alors, une voix m’interpela depuis le pommeau de ma selle : “Ce n’est pas pour cela que tu as été créé, et il ne t’a pas été ordonné d’agir ainsi.” » Ibrâhîm descendit alors de son cheval et raconta : « Je me suis arrêté et j’ai dit : “Je me suis ressaisi, je me suis ressaisi ; un avertissement m’est venu de la part du Seigneur de l’univers.” Je suis rentré chez moi, j’ai libéré mon cheval et je suis allé trouver l’un des bergers de mon père. Je lui ai pris une jubbah (tunique) et un kisa’ (manteau), puis je lui ai remis mes vêtements. Ensuite, je suis parti pour l’Irak, où j’ai travaillé quelque temps, mais je n’y ai pas trouvé de subsistance complètement licite. J’ai donc demandé conseil à certains maîtres spirituels au sujet du licite. Ils m’ont orienté vers la Syrie. Je suis allé à Tarsus, où j’ai travaillé un temps comme gardien de vergers et moissonneur. »
Il disait aussi : « Je n’ai réellement goûté la vie qu’au pays de Shâm (la Grande Syrie). J’y fuyais pour préserver ma religion, de sommet en sommet, de montagne en montagne. Les gens qui me voyaient me prenaient pour un homme en proie à des obsessions. » Par la suite, il se rendit dans le désert, entra à La Mecque, et fréquenta ath-Thawrî ainsi que al-Fudayl ibn ‘Iyâd. Il revint ensuite au Shâm, où il mourut. Il ne se nourrissait que du travail de ses mains, comme la moisson, les tâches manuelles, la garde des vergers et autres. On rapporte (sans chaîne de transmission authentique) qu’il aurait rencontré un homme dans le désert, lequel lui aurait enseigné le Nom suprême de Dieu. Grâce à Celui-ci, il invoquait jusqu’à voir al-Khadir, qui lui aurait dit : « C’est mon frère Dâwud qui t’a enseigné le Nom suprême de Dieu. » (Selon une autre version, il s’agirait plutôt du prophète Ilyâs qui lui aurait enseigné ce Nom.)
Ibrâhîm disait : « Assainis ta nourriture et peu importe ensuite que tu ne te lèves pas la nuit pour prier ou que tu ne jeûnes pas la journée. » Abû Nuʿaym relate également qu’il invoquait souvent : « Ô mon Dieu, fais-moi passer de l’humiliation du péché à la dignité de l’obéissance. » Un jour, on lui dit que la viande était devenue chère ; il répondit : « Faites-la baisser. » Autrement dit, « N’en achetez pas, et elle baissera d’elle-même. »
Un autre récit rapporte qu’une voix l’interpela du haut du ciel : « Ô Ibrâhîm ! Qu’est-ce que cette futilité ? “Pensiez-vous que Nous vous avions créés pour un but vain, et que vous ne seriez pas ramenés vers Nous ?” (Al-Mu’minûn, 115). Crains Dieu, et munis-toi des provisions pour le Jour de la Résurrection. » Alors il descendit de sa monture, renonça au monde et se consacra aux œuvres de l’Au-delà.
Ibn ‘Asâkir (2) a rapporté, avec une chaîne de transmission sujette à discussion, le début de son histoire : « Un jour, j’étais dans un pavillon à Balkh (3) et j’aperçus un vieil homme à l’allure imposante et à la belle barbe, à l’ombre de ce pavillon. Il me saisit le cœur. J’ordonnai à un serviteur de le faire entrer. Lorsque je lui présentai à manger, il refusa. Je lui demandai : “D’où viens-tu ?” Il répondit : “De l’autre côté du fleuve.” Je reprit : “Où comptes-tu aller ?” Il dit : “En pèlerinage.” Je lui fis remarquer : “En cette saison-là ?”, car c’était le premier ou le deuxième jour de Dhou l-Hijja. Il répondit : “Dieu fait ce qu’Il veut.” »