Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

(23) Ils craignaient (ces adversaires). Dieu leur avait accordé Ses bienfaits et leur dit : « Entrez donc par la porte contre eux. Lorsque vous y entrerez, vous serez assurément victorieux. Et placez votre confiance en Dieu si vous êtes croyants. »

(24) Ils dirent : « Ô Moïse, jamais nous n’y entrerons tant qu’ils y demeurent. Va donc, toi et ton Seigneur, et combattez, tandis que nous, nous restons ici. »

(25) Il dit : « Ô mon Seigneur, je ne détiens le pouvoir que sur moi-même et sur mon frère : sépare-nous donc de ce peuple de pervers ! »

(26) Dieu dit : « Alors, il leur est interdit (d’y entrer) quarante années durant lesquelles ils erreront sur terre. Ne t’afflige donc pas au sujet du peuple des pervers. » [Al-Ma’ida : 20-26]

Le Prophète de Dieu leur rappelle ainsi la grâce divine dont ils ont bénéficié et la bienveillance qu’Il leur a accordée, tant au plan religieux que temporel. Il leur ordonne de se lancer dans le combat sur la voie de Dieu et d’affronter Ses ennemis. C’est pourquoi il dit : « Ô mon peuple, entrez dans la Terre Sainte que Dieu vous a prescrite et ne rebroussez pas chemin », c’est-à-dire ne reculez pas et ne renoncez pas au combat contre vos adversaires, « de peur que vous ne reveniez perdants », ce qui signifie que vous perdriez après avoir gagné et que vous déclineriez après avoir atteint la plénitude.

Ils dirent alors : « Ô Moïse, il s’y trouve un peuple très puissant », c’est-à-dire des tyrans incroyants révoltés. « Nous n’y entrerons jamais tant qu’ils s’y trouvent ; mais s’ils en sortent, alors nous y entrerons. » Ils craignirent ces géants, alors qu’ils avaient déjà été témoins de la destruction de Pharaon, lequel était plus redoutable qu’eux, plus puissant, plus nombreux et mieux équipé militairement. Cela prouve qu’ils méritaient d’être blâmés pour de telles paroles et devaient être critiqués pour leur état d’humiliation face à l’ennemi et leur absence de résistance contre ces rebelles malfaisants.

De nombreux exégètes (1) ont rapporté à ce propos divers récits comportant maintes exagérations infondées, que la raison et le texte réfutent. Ils affirment, par exemple, que ces « géants » avaient une stature démesurée, et racontent qu’un émissaire des géants, lorsqu’il accueillit les envoyés des Enfants d’Israël, put, dit-on, les prendre un à un et les glisser dans ses manches ou dans la ceinture de son pantalon — ils auraient été au nombre de douze — avant de les secouer devant le roi des géants, lequel ne sut même pas ce qu’ils étaient jusqu’à ce qu’on le lui explique. Tout cela n’est que fables et affabulations sans aucun fondement. On rapporte aussi que le roi aurait envoyé avec eux des grappes de raisin dont chaque grain aurait été suffisant pour un homme, ainsi que d’autres fruits pour montrer l’énorme taille de son peuple, ce qui n’est pas correct.

On raconte encore qu’‘Awoǧ ibn ‘Anq serait sorti de chez les géants pour anéantir les Enfants d’Israël, qu’il aurait mesuré trois mille coudées, trois cents coudées, trente-trois coudées et un tiers (de coudée). Al-Baghawî et d’autres ont mentionné cela, mais cela n’est pas fondé, comme nous l’avons déjà expliqué (5) au sujet du hadith du Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) : « En vérité, Dieu créa Adam d’une taille de soixante coudées, puis l’humanité n’a cessé de rapetisser depuis. » Ils prétendent qu’‘Awoǧ aurait déraciné le sommet d’une montagne pour l’abattre sur l’armée de Moïse ; puis un oiseau serait venu y creuser un trou, de sorte que le rocher se serait refermé comme un collier autour du cou d’‘Awoǧ ibn ‘Anq, et que Moïse l’aurait ensuite atteint d’un bond dans les airs

(1) Ainsi dans B, édition Ṭ. et A : ils sont tenus. (2) Voir al-Qurṭubī et Ibn Kathīr. (3) Dans B : « et il les fait ». (4) Ḥuǧrat al-Sarāwīl : lieu de la « takka » (pause ou arrêt). (5) Dans le premier volume de ce livre, concernant les hadiths relatifs à la création d’Adam. (6) Dans Ṭ : « Qimma ». Al-Qilla : le sommet de la montagne, et « qilla » de toute chose : son point le plus haut.
يَخَافُونَ أَنْعَمَ اللَّهُ عَلَيْهِمَا ادْخُلُوا عَلَيْهِمُ الْبَابَ فَإِذَا دَخَلْتُمُوهُ فَإِنَّكُمْ غَالِبُونَ وَعَلَى اللَّهِ فَتَوَكَّلُوا إِنْ كُنْتُمْ مُؤْمِنِينَ (٢٣) قَالُوا يَامُوسَى إِنَّا لَنْ نَدْخُلَهَا أَبَدًا مَا دَامُوا فِيهَا فَاذْهَبْ أَنْتَ وَرَبُّكَ فَقَاتِلَا إِنَّا هَاهُنَا قَاعِدُونَ (٢٤) قَالَ رَبِّ إِنِّي لَا أَمْلِكُ إِلَّا نَفْسِي وَأَخِي فَافْرُقْ بَيْنَنَا وَبَيْنَ الْقَوْمِ الْفَاسِقِينَ (٢٥) قَالَ فَإِنَّهَا مُحَرَّمَةٌ عَلَيْهِمْ أَرْبَعِينَ سَنَةً يَتِيهُونَ فِي الْأَرْضِ فَلَا تَأْسَ عَلَى الْقَوْمِ الْفَاسِقِينَ﴾ [المائدة: ٢٠ - ٢٦] . يذكِّرهم نبيُّ الله نعمةَ الله عليهم، وإحسانه إليهم بالنعم الدينية والدنيوية، ويأمرهم بالجهاد في سبيل الله ومقاتلة أعدائه فقال: ﴿يَاقَوْمِ ادْخُلُوا الْأَرْضَ الْمُقَدَّسَةَ الَّتِي كَتَبَ اللَّهُ لَكُمْ وَلَا تَرْتَدُّوا عَلَى أَدْبَارِكُمْ﴾ أي: تنكصوا على أعقابكم وتنكلوا عن قتال أعدائكم، ﴿فَتَنْقَلِبُوا خَاسِرِينَ﴾ أي: فتخسروا بعد الربح، وتنقصوا بعد الكمال. ﴿قَالُوا يَامُوسَى إِنَّ فِيهَا قَوْمًا جَبَّارِينَ﴾ أي: عتاة كفرة متمردين ﴿وَإِنَّا لَنْ نَدْخُلَهَا حَتَّى يَخْرُجُوا مِنْهَا فَإِنْ يَخْرُجُوا مِنْهَا فَإِنَّا دَاخِلُونَ﴾. خافوا من هؤلاء الجبارين، وقد عاينوا هلاك فرعون وهو أجبر من هؤلاء وأشد بأسًا وأكثر جمعًا وأعظم جندًا، وهذا يدلُّ على أنَّهم ملومون (١) في هذه المقالة، ومذمومون على هذه الحالة من الذِّلة عن مصاولة الأعداء ومقاومة المَرَدة الأشقياء. وقد ذكر كثيرٌ من المفسِّرين (٢) هاهنا آثارًا فيها مجازفاتٌ كثيرةٌ باطلةٌ، يدلّ العقل والنقل على خلافها، من أنهم كانوا أشكالًا هائلة ضخامًا جدًّا، حتى إنهم ذكروا أن رُسَل بني إسرائيل لما قدموا عليهم تلقَّاهم رجل من رسل الجبارين، فجعل يأخذهم واحدًا واحدًا ويلفُّهم (٣) في أكمامه وحجزة سراويله (٤) ، وهم اثنا عشر رجلًا، فجاء بهم فنثرهم بين يدي ملك الجبّارين، قال: ما هؤلاء؟ ولم يعرف أنَّهم من بني آدم حتى عرفوه. وكل هذه هذيانات وخرافات لا حقيقة لها، وأن الملك بعث معهم عنبًا، كل عنبة تكفي الرجل، وشيئًا من ثمارهم ليعلموا ضخامة أشكالهم. وهذا ليس بصحيح. وذكر هاهنا أن عوج بن عنق خرج من عند الجبارين إلى بني إسرائيل ليهلكهم، وكان طوله ثلاثة آلاف ذراع وثلاثمئة ذراع وثلاثة وثلاثين ذراعًا وثلث ذراع، هكذا ذكره البغوي وغيره، وليس بصحيح كما قدمنا بيانه (٥) عند قوله ﷺ : "إنَّ اللهَ خَلَقَ آدَمَ طُوله سِتُّونَ ذِراعًا" ، ثُمَّ لم يزل الخلق ينقص حتى الآن. قالوا: فعمد عوج إلى قلة جبل (٦) فاقتلعها، ثمّ أخذها بيديه ليلقيها على جيش موسى، فجاء طائر فنقر تلك الصخرة فخرقها، فصارت طوقًا في عنق عوج بن عنق، ثُمَّ عمد موسى إليه فَوثَب في الهواء
(١) كذا في ب، وط. وأ: ملزمون. (٢) انظر القرطبي وابن كثير. (٣) في ب: ويجعلهم. (٤) حُجْرة السراويل: موضع التّكَّة. (٥) في الجزء الأول من هذا الكتاب، في الأحاديث الواردة في خلق آدم. (٦) في ط: قمة. والقلَّة: أعلى الجبل، وقلَّة كل شيء: أعلاه.

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