Ibn Khallikân (1) rapporte à son sujet qu’un fils d’Abou Dulâma était tombé malade et qu’un médecin l’avait soigné. Lorsque l’enfant recouvra la santé, Abou Dulâma dit au médecin : « Nous n’avons rien à te donner, mais intente un procès contre untel, le Juif, pour la somme qui t’est due comme honoraires. Ainsi, moi et mon fils pourrons témoigner en faveur de la somme indiquée. »
Le médecin se rendit donc auprès du cadi de Koufa, Muhammad ibn Abd al-Rahmân ibn Abî Laylâ – ou, selon certains, Ibn Chubruma –, et porta plainte contre le Juif. Celui-ci nia les faits. Alors, Abou Dulâma et son fils témoignèrent en faveur du médecin. Le cadi ne put invalider ce témoignage, et il craignit la demande de vérification (2). Il donna donc, de sa propre bourse, l’argent réclamé au médecin et libéra le Juif, réconciliant ainsi toutes les parties.
Abou Dulâma mourut cette année-là. On dit aussi qu’il atteignit le temps du califat de Hârûn al-Rachîd, en l’an soixante-dix. Dieu sait mieux.
[Ensuite vint l’année cent soixante-deux]
Cette année-là, ‘Abd al-Salâm ibn Hâshim al-Yachkarî se révolta dans la région de Qinnasrîn, et de nombreuses personnes le suivirent. Il gagna en puissance au point que plusieurs émirs le combattirent sans parvenir à le vaincre. Al-Mahdî envoya alors contre lui des armées et dépensa pour elles de fortes sommes. Il le mit en déroute à plusieurs reprises, jusqu’à ce que la situation aboutît, finalement, à la mort d’‘Abd al-Salâm.
Au cours de cette même année, Al-Hassan ibn Qahtaba entreprit la campagne militaire estivale (al-sâ’ifa) à la tête de quatre-vingt mille soldats payés, sans compter les volontaires. Il dévasta les territoires byzantins, incendia de nombreuses cités, détruisit des contrées et fit des prisonniers parmi les populations. De même, Yazîd ibn Asîd al-Sulamî envahit les terres byzantines par la porte de Qâlîqala (3) ; il remporta le butin, en sortit sain et sauf, et captura un grand nombre de personnes.
Cette année-là encore, un groupe se souleva à Jurjân en arborant des habits rouges, sous la conduite d’un certain ‘Abd al-Qahhâr. ‘Umar ibn al-‘Alâ’, depuis Tabaristân, marcha contre lui, le vainquit et le tua, ainsi que ses partisans.