Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

‘Abd al-Razzâq déclara : « J’ai entendu al-Thawrî dire : “Je n’ai jamais confié quoi que ce soit à mon cœur pour qu’il me trahisse. Au point que, lorsque je passe devant un tisserand qui chante, je me bouche les oreilles de peur de mémoriser ce qu’il dit.” » Il ajouta : « Il m’est plus cher de laisser dix mille dinars pour lesquels Dieu me demandera des comptes plutôt que d’avoir besoin des gens. »

Muḥammad ibn Saʿd (1) dit : « Tous ont rapporté qu’il mourut à Baṣra en l’an 161 de l’Hégire et qu’il avait soixante-quatre ans lorsqu’il s’éteignit. » L’un de ses contemporains le vit en songe s’envoler au Paradis d’un palmier à l’autre, et d’un arbre à l’autre, tout en récitant : « Louange à Dieu qui nous a tenu Sa promesse… » (Sourate az-Zumar, v. 74).

Il déclara aussi : « Lorsqu’un homme accède trop rapidement à la présidence, cela lui nuit en maints domaines de la science (2). »

Parmi ceux qui moururent cette même année, on compte Abū Dulâma (3), Zand ibn al-Jawn, poète licencieux et l’un des esprits facétieux. Originaire de Kūfa, il vécut à Bagdad et bénéficia de la faveur d’al-Manṣūr, car il le faisait rire, lui récitait ses poèmes et le louait. Un jour, il assista aux funérailles de la femme d’al-Manṣūr, qui était aussi sa cousine, Ḥamâda bint ʿĪsâ. Al-Manṣūr en était très affecté. Une fois la tombe refermée, Abū Dulâma se trouvait à proximité, et al-Manṣūr lui demanda : « Malheur à toi, Abū Dulâma, qu’as-tu préparé pour ce jour ? » Il répondit : « La fille de l’oncle du Commandeur des croyants. » Al-Manṣūr éclata alors de rire au point de se renverser, puis s’exclama : « Malheur à toi, tu nous as couverts de honte ! »

Il se rendit un autre jour auprès de al-Mahdî pour le féliciter de son retour de voyage et lui récita :
« J’ai juré que si je te voyais sain et sauf en terre d’Irak, alors que tu disposes d’une grande richesse,
tu adresserais la prière sur le Prophète Muḥammad, et tu remplirais ma robe de dirhams ! (4) »

Al-Mahdî lui répondit : « Pour la première partie, oui, nous prions sur le Prophète Muḥammad (ﷺ). Quant à la seconde, non. » Abū Dulâma rétorqua : « Ô Commandeur des croyants, ce ne sont que deux mots, ne les sépare pas ! » Al-Mahdî ordonna alors qu’on emplisse sa robe de dirhams, puis déclara : « Lève-toi. » Abū Dulâma répondit : « Dans ce cas, ma chemise va se déchirer ! » On plaça alors ces dirhams dans leurs sacs, et il se releva, les emporta et s’en alla.

(1) Dans al-Ṭabaqāt al-Kubrā (6/371). (2) Rapporté par al-Dārimī dans ses Sunan (1/147) (554) ; et al-Bayhaqī dans Shuʿab al-Īmān (2/255) (1670) dont le texte est : « Celui qui se précipite vers la direction cause plus de tort que la science, et celui qui ne se précipite pas vers la direction écrivit encore et encore. » (3) Sa biographie se trouve dans Tārīkh Baghdād (8/488), Akhbār al-Muṣaḥḥafayn d’al-ʿAskarī (1/62), al-Muntaẓam (8/251), Wafayāt al-Aʿyān (2/320), Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ (7/374), al-ʿIbar (1/261), Shudhūr al-Dhahab (1/249). (4) Les deux vers dans son Dīwān, p. 67. Le récit est dans Wafayāt al-Aʿyān (2/325) et Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ (7/375).
وقال عبدُ الرزاق: سمعت الثوريَّ يقول: ما استودعتُ قلبي شيئًا قطُّ فخانني، حتى إني لأمرُّ بالحائك يتغنَّى، فأسدُّ أُذني مخافةَ أنْ أحفظَ ما يقول. وقال: لأن أتركَ عشرةَ آلافِ دينار يُحاسبني اللَّه عليها أحبُّ إليَّ من أنْ أحتاجَ الناس. قال محمد بن سعد (١) : أجمعوا أنه توفي في البصرة سنة إحدى وستين ومئة، وكان عمره يوم مات أربعًا وستين سنة. ورآه بعضُهم في المنام يطيرُ في الجنة من نخلةٍ إلى نخلة، ومن شجرةٍ إلى شجرة، وهو يقرأ: ﴿الْحَمْدُ لِلَّهِ الَّذِي صَدَقَنَا وَعْدَهُ﴾ [الزمر: ٧٤] ، الآية. أوقال: إذا ترأس الرجلُ سريعًا أضَرَّ بكثيرٍ من العِلْم (٢) . وممن تُوفي فيها: أبو دُلامَةَ (٣) زَنْد بن الجَوْن، الشاعر الماجِن، أحدُ الظُّرَفاء، أصلُه من الكوفة، وأقام ببغداد وحَظِيَ عند المنصور لأنه كان يُضحِكُه، ويُنشده الأشعار ويمدَحُه؛ حضر يومًا جنازةَ امرأةِ المنصور وكانتِ ابنةَ عمِّه، يُقال لها حمادة بنت عيسى، وكان المنصور قد حَزِنَ عليها، فلما سوَّوْا عليها التراب، وكان أبو دُلامة حاضرًا. فقال له المنصور: ويحكَ يا أبا دُلامة! ما أعددتَ لهذا اليوم؟ فقال: ابنةَ عمِّ أميرِ المؤمنين. فضحك المنصورُ حتى استلقَى، ثم قال: ويحك فضَحْتَنا. ودخل يومًا على المهدي يهنِّئُهُ بقدومِهِ من سفرِه وأنشده: إني حلَفْتُ لئنْ رأيتُكَ سالمًا … بِقُرَى العراقِ وأنتَ ذو وَفْرِ لَتُصَلِّيَن على النبيِّ محمدٍ … ولَتملأنَّ دراهمًا حِجْرِي (٤) فقال المهدي: أمَّا الأولى فنعَمْ، نُصلِّي على النبي محمدٍ ﷺ ، وأما الثانية فلا. فقال: يا أمير المؤمنين، هما كلمتان، فلا تفرِّقْ بينهما. فأمر أنْ يملأ حجرهُ دراهم، ثم قال له: قم. فقال: إذًا ينخرق منها قميصي. فأُفرغَتْ منه في أكياسِها، ثم قام فحملها وذهب.
(١) في الطبقات الكبرى (٦/ ٣٧١). (٢) أخرجه الدارمي في سننه (١/ ١٤٧) (٥٥٤)؛ والبيهقي في شعب الإيمان (٢/ ٢٥٥) (١٦٧٠) ولفظه: "من أسرع الرئاسة أضر بكثير من العلم، ومن لم يسرع الرئاسة كتب ثم كتب ثم كتب". (٣) ترجمته في تاريخ بغداد (٨/ ٤٨٨)، أخبار المصحفين للعسكري (١/ ٦٢)، المنتظم (٨/ ٢٥١)، وفيات الأعيان (٢/ ٣٢٠)، سير أعلام النبلاء (٧/ ٣٧٤)، العبر (١/ ٢٦١)، شذرات الذهب (١/ ٢٤٩). (٤) البيتان في ديوانه ص (٦٧). والخبر في وفيات الأعيان (٢/ ٣٢٥)، وسير أعلام النبلاء (٧/ ٣٧٥).

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