Et il offrit une récompense des plus généreuses. Al-Mahdi distribua aux habitants de La Mecque une somme d’argent considérable, car il était arrivé avec trente mille mille dirhams et cent mille vêtements. De plus, il était parvenu d’Égypte trois cent mille dinars et du Yémen deux cent mille dinars, qu’il distribua tous aux gens de La Mecque et de Médine. Les gardiens de la Kaʿba se plaignirent auprès de lui, craignant qu’elle ne s’effondre à cause de la grande quantité de tentures qui l’en recouvraient. Al-Mahdi ordonna alors de la dépouiller de ses revêtements. Lorsque l’on parvint aux revêtements déposés par Hishâm ibn ʿAbd al-Malik, on découvrit qu’ils étaient en brocart épais. Il ordonna de les enlever, tandis que les revêtements laissés par les califes avant et après Hishâm restèrent en place. Une fois la Kaʿba dépouillée, il la revêtit de khalûf (pâte parfumée) et la recouvrit d’une nouvelle parure de grande qualité. Il est rapporté qu’il consulta l’imam Mâlik au sujet de la reconstruction de la Kaʿba dans ses dimensions voulues par Ibn al-Zubayr, de façon à l’agrandir, conformément au souhait que le Messager de Dieu (ﷺ) avait exprimé, mais Mâlik répondit : « Laisse-la donc, car je crains que les rois ne la transforment ensuite en jeu. » Al-Mahdi la laissa donc telle quelle.
Par ailleurs, Muḥammad ibn Sulaymân, gouverneur de Baṣra, lui fit apporter de la glace à La Mecque, faisant de lui le premier calife à qui l’on apporta de la glace en ce lieu. Lorsqu’il arriva à Médine, il agrandit la Mosquée du Prophète. Il s’y trouvait une maqṣûra (clôture protectrice) qu’il fit enlever, et il voulut aussi retirer la partie ajoutée au minbar (chaire) par Muʿâwiya ibn Abî Sufyân. L’imam Mâlik lui dit alors qu’on craignait que le bois ancien ne se brise s’il était déplacé, si bien qu’il le laissa intact.
Al-Mahdi épousa à Médine Ruqayya bint ʿAmr, de la famille ʿUthmân, et choisit parmi ses habitants cinq cents notables pour servir de garde rapprochée et de soutiens en Irak. Il leur fixa des soldes, en sus d’autres allocations, et leur attribua des domaines précisément enregistrés à leurs noms.
[Au cours de la même année,] al-Rabîʿ ibn Ṣubayḥ décéda, ainsi que Sufyân ibn Ḥasan, l’un des disciples d’al-Zuhrî. Décéda également Shuʿba ibn al-Ḥajjâj ibn al-Wawwad al-ʿAtakî al-Azdî (1), Abû Bisṭâm, originaire de Wâsiṭ, puis établi à Baṣra (2). Il rencontra al-Ḥasan al-Baṣrî et Ibn Sîrîn, et transmit le hadith de nombreuses autorités parmi les Successeurs. Une foule de ses maîtres, condisciples et grands imams lui rapportèrent des hadiths. Il était le maître des traditionnistes, surnommé « Commandeur des croyants en hadith », comme l’affirmait al-Thawrî. Yahyâ ibn Maʿîn disait de lui : « C’est le chef des pieux. » Il affichait une vie de grande ascèse, de piété, de rigueur et de droiture, et possédait une solide mémoire ainsi qu’une excellente conduite.