Cette année-là, al-Mahdī fit construire la mosquée de ar-Ruṣāfa et en creusa le fossé. Il dépêcha également une armée nombreuse vers les contrées de l’Inde, qui y parvint l’année suivante ; nous indiquerons plus loin ce qui leur advint. Au cours de cette même année, le gouverneur du Sind, Ma‘bad ibn al-Khalīl, décéda. Al-Mahdī nomma alors Rūḥ ibn Ḥātim pour le remplacer, suivant la recommandation de son vizir, Abū ‘Abd Allāh.
Cette année-là, al-Mahdī libéra ceux qui se trouvaient dans les prisons, à l’exception de ceux qui étaient incarcérés pour crime de sang, ou qui corrompaient la terre (en semant le chaos), ou encore ceux qui devaient s’acquitter d’un droit envers autrui. Parmi ceux qui sortirent de la geôle surnommée “al-Muṭbaq” se trouvaient Ya‘qūb ibn Dāwūd, affranchi des Banū Sulaym, et al-Ḥasan ibn Ibrāhīm ibn ‘Abd Allāh ibn Ḥasan. Al-Mahdī ordonna que ce dernier, nommé Ḥasan, fût confié à Naṣīr le serviteur, afin de veiller sur lui. Quant à Ḥasan, il avait auparavant projeté de fuir la prison avant d’en sortir. Lorsque Ya‘qūb ibn Dāwūd recouvra sa liberté, il informa loyalement le calife de ce qu’Ḥasan avait prémédité. Al-Mahdī le transféra donc vers Naṣīr pour s’assurer de sa garde.
Ya‘qūb ibn Dāwūd gagna alors une grande confiance auprès d’al-Mahdī, au point qu’il pouvait entrer auprès de lui la nuit sans demander la permission. Al-Mahdī le chargea de multiples affaires et lui remit cent mille dirhams. Cette faveur se maintint jusqu’à ce qu’al-Mahdī se fût assuré du sort de Ḥasan ibn Ibrāhīm : la position de Ya‘qūb déclina dès lors aux yeux du calife. Par ailleurs, al-Mahdī révoqua de nombreux gouverneurs à travers le pays et leur en substitua d’autres.
Cette année-là, al-Mahdī épousa la fille de son oncle paternel, Umm ‘Abd Allāh, fille de Ṣāliḥ ibn ‘Alī. Il affranchit aussi sa concubine al-Khayzurān et l’épousa ; elle est la mère d’ar-Rashīd. La même année, un violent incendie se déclara dans les navires amarrés sur le Tigre, à Bagdad.
Lorsque al-Mahdī accéda au califat, il demanda à ‘Īsā ibn Mūsā – qui était son héritier désigné après lui – de renoncer à ce droit. ‘Īsā refusa et demanda plutôt l’autorisation de résider sur ses terres dans la région de Kūfa, ce qu’al-Mahdī accepta. Le gouvernement de Kūfa était alors assuré par Rūḥ ibn Ḥātim, lequel écrivit à al-Mahdī : « ‘Īsā ibn Mūsā ne rejoint la prière du vendredi ni la prière en congrégation avec les gens que pendant deux mois dans l’année ; lorsqu’il vient, il pénètre dans la cour de la mosquée à dos de monture, si bien que ses bêtes y défèquent, là où les fidèles prient. » Al-Mahdī ordonna donc de placer des barrières en bois à l’entrée des ruelles, pour que personne n’accède à la mosquée autrement qu’à pied.
En apprenant cela, ‘Īsā ibn Mūsā acheta juste avant le vendredi la demeure de Muḵtār ibn Abī ‘Ubayd à ses héritiers, laquelle jouxtait la mosquée. Il s’y rendait dès le jeudi ; le vendredi, il se rendait à la mosquée à dos d’âne jusqu’à la porte, en descendait, et priait avec les gens, puis demeurait en permanence à Kūfa en compagnie des siens. Par la suite, al-Mahdī insista auprès de ‘Īsā pour qu’il renonce à ses droits, le menaçant s’il persistait et lui faisant des promesses s’il y consentait. ‘Īsā s’inclina et reçut de vastes fiefs ainsi qu’une somme de dix millions de dirhams – certains disent vingt millions. Al-Mahdī fit alors prêter serment à ses deux fils pour la succession : Mūsā al-Hādī, puis Hārūn ar-Rashīd, comme il sera relaté.
Cette année-là, le pèlerinage fut conduit par Yazīd ibn Manṣūr, l’oncle maternel d’al-Mahdī, qui gouvernait le Yémen. Il fut convoqué auprès du calife, sa présence étant ardemment souhaitée. Quant aux gouverneurs, la plupart furent relevés de leurs fonctions par al-Mahdī, à l’exception de celui d’Ifrīqiya, qui demeura entre les mains de Yazīd ibn Ḥātim. L’Égypte resta sous la gouvernance de Muḥammad ibn Sulaymān Abū Ḍamra, le Khurāsān sous celle d’Abū ‘Awn, le Sind sous Bisṭām ibn ‘Amr, et l’Ahwāz et le Fārs sous ‘Amāra ibn Ḥamza. Le Yémen échoit à Rajā’ ibn Rūḥ, l’Yamāma à Bishr ibn al-Munḏir, l’île (entre l’Euphrate et le Tigre) à al-Faḍl ibn Ṣāliḥ, Médine à ‘Ubayd Allāh ibn Ṣafwān al-Jumaḥī, et la Mekke ainsi que al-Ṭā’if à Ibrāhīm ibn Yaḥyā.