Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

La science (1)

« Quiconque te rapporte quoi que ce soit, sache qu’al-Zuhri a dit : “La science du hadith est ‘masculine’ : seuls les hommes virils l’aiment, et seuls leurs efféminés la détestent. Le frère de Zuhra a donc dit vrai.” »

Al-Mansur, parvenu à la vieillesse, recherchait assidûment le savoir à ses sources, ainsi que l’étude du hadith et du fiqh. Il acquit ainsi un bagage considérable et une part notable de ces connaissances. Un jour, on lui demanda : « Ô Commandeur des croyants, reste-t-il un plaisir auquel vous n’ayez pas goûté ? » Il répondit : « Une seule chose. » Ils répliquèrent : « Et laquelle ? » Il dit : « Que celui qui transmette le hadith dise au cheikh : “Qui avez-vous cité, qu’Allah vous fasse miséricorde ?” »

Ses ministres et ses secrétaires s’assemblèrent alors autour de lui et déclarèrent : « Que le Commandeur des croyants nous dicte donc un peu de hadith ! » Il répondit : « Vous n’êtes pas ceux qu’il faut ; ceux-là portent des vêtements sales, ont les pieds crevassés, les cheveux longs. Ils sillonnent les horizons et parcourent de grandes distances : tantôt ils sont en Irak, tantôt au Hijaz, parfois en Syrie ou au Yémen. Voilà les véritables transmetteurs du hadith. »

Un autre jour, il interrogea son fils al-Mahdi : « Combien possèdes-tu de montures ? » Il répondit : « Je ne sais pas. » Il répliqua : « C’est là un manquement. Tu négliges donc davantage encore les affaires du califat. Crains Dieu, mon fils. »

Khalisa, l’une des favorites d’al-Mahdi, raconta : « Je suis entrée un jour auprès d’al-Mansur alors qu’il se plaignait d’une douleur à la dent, les mains sur ses tempes. Il me demanda : “Combien d’argent as-tu, Khalisa ?” Je répondis : “Mille dirhams.” Il dit : “Pose ta main sur ma tête et jure-le.” Je proclamai alors : “J’ai dix mille dinars.” Il répondit : “Va me les chercher.” »

Khalisa poursuivit : « Je partis donc trouver mon seigneur al-Mahdi, qui se trouvait avec son épouse al-Khayzuran, et je lui exposai la situation. Il me poussa du pied et me dit : “Malheur à toi ! Il n’a aucune douleur. Hier encore, je lui ai demandé de l’argent et il a prétexté une maladie. Tu ne peux faire autrement que de lui obéir.” J’apportai donc à al-Mansur les dix mille dinars, puis il convoqua al-Mahdi et lui dit : “Tu te plains du besoin alors que tout cet argent est entre les mains de Khalisa ?” »

Un autre jour, al-Mansur dit à son trésorier : « Si tu apprends que le Mahdi doit me rendre visite, apporte-moi des vêtements usés avant son arrivée. » Le trésorier s’exécuta et déposa ces habits devant lui. Al-Mahdi entra tandis qu’al-Mansur les retournait entre ses mains, ce qui fit sourire al-Mahdi. Al-Mansur déclara : « Ô mon fils, celui qui n’a point d’ancien n’a point de neuf. L’hiver approche et nous devons subvenir aux besoins de la famille et des enfants. » Al-Mahdi s’écria : « Je me charge de vêtir le Commandeur des croyants et sa famille. » Le père répondit : « À toi de le faire. »

Ibn Jarir (3) rapporte d’après al-Haytham qu’al-Mansur offrit, en un seul jour, à l’un de ses oncles, la somme d’un million (de dirhams). Ce même jour, il distribua dix mille dirhams au sein de sa maison : aucun calife n’est connu pour avoir partagé autant en une seule journée. Lorsqu’un récitant lut un jour, devant al-Mansur, ce verset : « [Ceux] qui sont avares et incitent les gens à l’avarice... » (an-Nisâ’ : 37), il s’exclama : « Par Dieu, si ce n’était l’argent... »

(1) Dans (Q) : « parmi les gens du ḥadîth », attesté par (B, Ḥ). (2) Dans (Ḥ) : « alors al-Mansûr se mit à rire », attesté par (B, Q). (3) Cela correspond à ce que dit al-Ṭabarî dans son Histoire (4/532).
العِلْم (١) مَنْ يُحَدِّثُك، فإنَّ الزُّهْريَّ قال: علمُ الحديثِ ذَكَرٌ لا يُحِبُّه إلا ذُكْرانُ الرجال، ولا يكرَهُهُ إلَّا مؤنَّثوهم. وصدَقَ أخو زُهْرَة. وقد كان المنصورُ في شيبتِه يطلبُ العلمَ من مظانِّه، والحديثَ والفقه، فنال جانبًا جيدًا وطرفًا صالحًا، وقد قيل له يومًا: يا أميرَ المؤمنين، هل بقي شيءٌ من اللذاتِ لم تنَلْهُ؟ قال: شيءٌ واحد. قالوا: وما هو؟ قال: قول المحدِّث للشيخ: مَنْ ذكرتَ رحمك اللَّه. فاجتمع وزراؤه وكتَّابه وجلسوا حولَهُ وقالوا: لِيُمْلِ علينا أميرُ المؤمنينَ شيئًا من الحديث. فقال: لَسْتُم بِهم، إنما هُمْ الدَّنِسَةُ ثيابُهم، المشقَّقةُ أرجلُهم، الطويلةُ شعورُهم، رُوَّادُ الآفاق، وقُطَّاع المسافات، تارةً بالعِراق، وتارةً بالحِجَاز، وتارةً بالشام، وتارةً باليمن، فهؤلاءِ نَقَلَةُ الحديث. وقال يومًا لابنه المهدي: كم عندَكَ من دابَّة؟ فقال: لا أدري. فقال: هذا هو التقصير، فأنتَ لأمرِ الخلافةِ أشدُّ تضييعًا، فاتق اللَّه يا بُني. وقالتْ خالصةُ إحدى حَظِيَّاتِ المهدي: دخلتُ يومًا على المنصور وهو يشتكي ضِرْسَه، ويداهُ على صُدْغَيْه، فقال لي: كم عندكِ من المال يا خالصة؟ فقلت: ألفُ دِرهم. فقال: ضَعِي يدَكِ على رأسي واحلِفِي. فقلتُ: عندي عشرةُ آلافِ دينار. قال: اذهبي فاحمليها إفي. قالت: فذهبتُ حتى دخلتُ على سيِّدي المهدي وهو مع زوجتِه الخَيْزُرَان، فشكَوْتُ ذلك إليه، فوكزَنِي برجلِهِ وقال: وَيْحَك! إنه ليس بِه وَجَع، ولكنِّي سألتُه بالأمس مالًا فتمارض، وإنَّه لا يسَعُكِ إلا ما أمَرَكِ به. فذهبَتْ إليه خالصةُ ومعها عشرةُ آلاف دينار، فاستدعَى بالمهدي، فقال له: تشكو الحاجةَ وهذا كلُّه عند خالصة؟ ! وقال المنصور لخازِنِه: إذا علمتَ بِمَجِيء المهدي فأتِني بِخُلْقَان الثياب قبلَ أنْ يجيء. فجاء بها فوضعَها بين يديه، ودخل المهدي والمنصور يُقَلِّبُها، فجعلَ المهديُّ يضحك (٢) ، فقال: يا بُني، مَنْ ليس لَهُ خَلَقٌ ليس له جديد، وقد حَضَر الشتاء، فنحتاج نُعِين العيالَ والولد. فقال المهدي: عليَّ كسوةُ أميرِ المؤمنين وعيالهِ. فقال: دونك فافعَلْ. وذكر ابنُ جرير (٣) عن الهيثم، أنَّ المنصور أطلَقَ في يومٍ واحد لبعضِ أعمامِه ألفَ ألفِ درهم، وفي هذا اليوم فرَّق في بيته عشرةَ آلاف درهم، ولا يُعلم خليفةٌ فرَّق مثلَ هذا في يوم واحد. وقرأ بعضُ القرَّاء عند المنصور ﴿الَّذِينَ يَبْخَلُونَ وَيَأْمُرُونَ النَّاسَ بِالْبُخْلِ﴾ [النساء: ٣٧] . فقال: واللَّه لولا أنَّ المالَ
(١) في (ق): "من أهل الحديث"، والمثبت من (ب، ح). (٢) في (ح): "فجعل المنصور يضحك"، والمثبت من (ب، ق). (٣) يعني الطبري في تاريخه (٤/ ٥٣٢).

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