Tous, vous avancez à pas lents… tous, vous cherchez une proie, sauf ‘Amr ibn ‘Ubayd.
On rapporte qu’Amr ibn ‘Ubayd récita au calife al-Mansur une poésie pour l’exhorter, où il disait :
« Ô toi que l’espoir a trompé ! Entre ce à quoi tu aspires, il y a la contrariété et l’échéance de la mort.
Ne vois-tu pas que ce bas monde et ses ornements ressemblent à l’escale d’une caravane ? On y fait halte, puis on reprend la route.
Ses fatalités veillent en embuscade, son existence est amère, sa pureté troublée et sa souveraineté change de mains.
Sans cesse, elle effraie ses habitants par des terreurs qui ne leur laissent ni repos ni argument.
On dirait qu’ils sont la cible de la mort et de la ruine, tandis que les “flèches du temps” ne cessent de les atteindre.
Elle les fait tourner selon le cycle de ses évènements : certains atteignent leur but, d’autres errent et trébuchent.
L’âme fuit, et la mort la traque ; et pour elle, toute chute est une lourde épreuve.
Quant à l’homme, il œuvre pour ce qu’il cédera à son héritier, mais c’est la tombe qui hérite de tout ce pour quoi il s’efforce. »
Selon Ibn Durayd, d’après al-Riyâshî, d’après Muhammad ibn Salâm : une servante d’al-Mansur vit un jour le vêtement du calife rapiécé. Elle s’exclama : « Un calife, et son habit est raccommodé ! » Il répondit : « Malheureuse ! N’as-tu pas entendu les propos d’Ibn Harma ?
“Il se peut qu’un jeune homme parvienne aux plus hauts honneurs
alors que son manteau est usé et qu’une partie de sa tunique est rapiécée.” »
Et voici quelques vers de lui, lorsqu’al-Mansur résolut d’exécuter Abû Muslim :
« Si tu as pris ta décision, sois résolu ;
car la pire forme de corruption du jugement est l’hésitation.
Ne laisse aucun répit aux ennemis, de peur qu’ils ne préparent une traîtrise ;
attaque-les avant qu’ils ne se dotent d’un moyen similaire pour le lendemain. »