Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Al-Aṣma‘ī rapporte : Al-Manṣūr dit un jour à un homme du Shām : « Loue Dieu, ô Bédouin, qui vous a préservés de la peste grâce à notre autorité. » Il répondit : « Dieu ne saurait nous infliger à la fois des dattes de mauvaise qualité et un mauvais mesure (1) : votre autorité et la peste. »

Les récits illustrant sa patience et son indulgence sont fort nombreux. Un jour, un ascète se présenta devant Al-Manṣūr et déclara : « Dieu t’a accordé le monde dans son intégralité ; rachète donc ton âme par une partie de ce bien, et souviens-toi d’une nuit que tu passeras dans la tombe, nuit que tu n’as jamais connue auparavant, et qui précédera un Jour auquel ne succédera plus aucune nuit. »

Les propos de l’ascète laissèrent Al-Manṣūr sans voix ; il ordonna qu’on lui remette de l’argent, mais celui-ci répondit : « Si j’avais eu besoin de ton argent, je ne t’aurais pas exhorté. »

Puis ‘Amr ibn ‘Ubayd, le qadari, entra auprès d’Al-Manṣūr, qui l’honora, l’exalta, le fit approcher et prit de ses nouvelles ainsi que de celles de sa famille. Ensuite il lui dit : « Admoneste-moi. » ‘Amr lui récita le verset de la sourate Al-Fajr : « En vérité, ton Seigneur est constamment aux aguets » (Al-Fajr, 14). Al-Manṣūr se mit à pleurer abondamment, comme s’il n’avait jamais entendu ces versets auparavant. Puis il lui dit : « Donne-m’en davantage. » ‘Amr poursuivit : « Dieu t’a donné le monde entier ; rachète donc ton âme par une partie de ce qu’Il t’a accordé. L’autorité passa à ceux qui t’ont précédé, elle t’est parvenue, et elle passera à ceux qui te suivront. Rappelle-toi une nuit qui mènera au Jour de la Résurrection. » Al-Manṣūr pleura encore plus qu’auparavant, à tel point que ses paupières frémissaient (2).

Sulaymān ibn Mujālid lui dit alors : « Prends pitié de l’Émir des croyants. » ‘Amr répliqua : « Qu’y a-t-il à reprocher au Commandeur des croyants de pleurer par crainte de Dieu ? » Al-Manṣūr ordonna ensuite qu’on remette dix mille dirhams à ‘Amr, mais celui-ci répondit : « Je n’en ai nul besoin. » Al-Manṣūr reprit : « Par Dieu, tu les accepteras ! » ‘Amr répondit : « Par Dieu, je ne les accepterai pas ! »

Al-Mahdī, qui se tenait à côté de son père, vêtu de son habit noir et tenant son épée, s’exclama : « Le Commandeur des croyants prête serment, et toi aussi tu prêtes serment ? » ‘Amr se tourna alors vers Al-Manṣūr et demanda : « Qui est-ce ? » Ce dernier répondit : « C’est mon fils, Muḥammad al-Mahdī, l’héritier du trône après moi. » ‘Amr dit alors : « Tu l’as nommé d’un nom qu’il n’a pas mérité par ses actes, tu l’as revêtu d’un habit qui n’est pas celui des vertueux, et tu lui as pavé la voie dans une affaire dont, s’il en retire le plus grand plaisir, il ferait pourtant mieux de s’en détourner. »

Se tournant vers Al-Mahdī, il poursuivit : « Ô fils de mon frère, si ton père prête serment et que ton oncle en fait autant, il est plus aisé pour ton père de violer son serment que pour ton oncle, car ton père possède davantage de moyens d’expier son manquement que ton oncle. »

Al-Manṣūr s’adressa ensuite à ‘Amr en disant : « Ô Abū ‘Uthmān, as-tu une requête ? » Il répondit : « Oui. » Al-Manṣūr demanda : « Et quelle est-elle ? » ‘Amr dit : « Ne m’appelle pas à toi tant que je ne viens pas de moi-même, et ne me donne rien avant que je ne te le réclame. » Al-Manṣūr répliqua : « Dans ce cas, par Dieu, nous ne nous reverrons pas. »

‘Amr répondit : « C’est bien ce dont je te demandais. » Il le salua et s’en alla. Lorsque ‘Amr s’éloigna, Al-Manṣūr fixa son regard sur lui tout en disant

(1) Abū ʿUbayd a dit : Parmi leurs proverbes figurent « ʾAḥshafan wa Suʾa Kayl ! » Abū Bakr a dit : On dit « Kiltu al-shayʾa akīluhu kaylan » (J'ai mesuré la chose avec un certain volume), et « Awfānī kīlatan ḥasanatan » (tu m'as donné une bonne mesure). Parmi leurs proverbes également, « ʾAḥshafan wa Suʾa Kīlah ! » C’est ainsi que le proverbe est venu avec « kīlah » et non « kayl ». Voir Faṣl al-Maqāl fī Sharḥ Kitāb al-Amthāl, p. 374. Et dans Majmaʿ al-Amthāl (1/207) : « al-Kīlah » est une forme verbale dérivée de « al-kayl », elle indique une posture ou un état, comme « al-rukbah » (la position à genoux) ou « al-jilsah » (la position assise). « al-ḥashaf » désigne les dattes de moindre qualité. Ainsi, l'expression signifie-t-elle : « Est-ce que je rassemblerai des dattes de mauvaise qualité et une mauvaise mesure ? » Ce proverbe est employé pour désigner quelqu’un qui réunit en lui deux défauts déplaisants. Dans Jamhara al-Amthāl (1/101), ils ont conjugué « ḥashafan » avec un pronom implicite, signifiant « Est-ce que je rassemblerai un ḥashaf ? », et ont joint « al-kīlah » à cela. (2) Idem dans (Q) et (B) : « Ikhtalafa janibāhu » (Ses côtés étaient différents), et dans (Ḥ) : « Iḥtalafa jafnāhu » (Ses paupières étaient différentes). Il est probable que la forme correcte soit « Iḥtafalat ajfānahu » avec un ḥā sans hamza, signifiant « Ses paupières se sont remplies de larmes ».
وقال الأصمعي: قال المنصورُ لرجلٍ من أهلِ الشام: احْمَدِ اللَّهَ يا أعرابي الذي دفع عنكم الطاعونَ بولايتِنا. فقال: إنَّ اللَّه لا يَجْمَعُ علينا حَشَفًا وسُوءَ كَيْل (١) ؛ وِلايتَكم والطاعون. والحكاياتُ في ذكرِ حِلْمِهِ وعفوِهِ كثيرةٌ جدًا. ودخل بعضُ الزُّهَّاد إلى المنصور فقال: إنَّ اللَّهَ أعطاكَ الدنيا بأسرِها، فاشترِ نفسَكَ ببعضِها، واذكُرْ ليلة تبيتُ في القبر لم تَبِتْ قبلَها، ليلةً تَمْخَضُ عن يومٍ لا ليلةَ بعدَه. قال: فأفحَمَ المنصورَ قولُه، وأمَرَ له بمال، فقال: لو احتجتُ إلى مالك لما وعظتُك. ودخل عمرو بن عُبيد القدَرِيُّ على المنصور، فأكرَمَهُ وعظَّمَهُ وقرَّبَه، وسأله عن أهلِهِ وعِيَالِه، ثم قال له: عِظْنِي. فقرأ عليه سورةَ الفَجْر ﴿إِنَّ رَبَّكَ لَبِالْمِرْصَادِ﴾ [الفجر: ١٤] . فبكى المنصورُ بُكاء شديدًا، حتى كأنَّهُ لم يسمَعْ بِهذه الآياتِ من قبل، ثم قال له: زِدْنِي. فقال: إن اللَّه قد أعطاكَ الدنيا بأسرِها فاشترِ نفسَكَ ببعضِها. وإنَّ هذا الأمرَ كان لِمَنْ قبلَكَ ثم صار إليك، ثم هو صائرٌ لِمَنْ بعدَك، واذكُرْ ليلةً تُسْفِرُ عن يومِ القيامة. فبكى المنصورُ أشدَّ من بُكائه الأول، حتى اختلفَت أجفانُه (٢) ؛ فقال له سليمان بن مجالد: رِفْقًا بأميرِ المؤمنين. فقال عمرو: وماذا على أميرِ المؤمنين أنْ يبكيَ من خشيةِ اللَّه – Exalté soit-Il – ؟! ثم أمر له المنصور بعشرةِ آلاف درهم، فقال: لا حاجةَ لي فيها. فقال المنصور: واللَّه لتأخذَنَها. فقال: واللَّهِ لا أخَذْتُها. فقال له المهدي وهو جالسٌ في سوادِه وسيفِه إلى جانبِ أبيه: أيحلفُ أميرُ المؤمنين وتحِلفُ أنت؟ فالتفت إلى المنصور فقال: ومَنْ هذا؟ فقال: هذا ابني محمد الْمَهْدِي، وليُّ العَهْدِ من بعدي. فقال عمرو إنَّك سَمَّيتَهُ اسمًا لم يستحقَّه بعملِهِ هذا، وألبستَهُ لَبُوسًا ما هو لَبُوسُ الأبرار، ولقد مهدتَ له أمرًا أمتَعُ ما يكونُ به أشغَلُ ما يكونُ عنه. ثم التفتَ إلى المهديِّ فقال: يا ابنَ أخي، إذا حلَفَ أبوكَ وحَلَفَ عَمُّك فلأَنْ يَحْنَثَ أبوكَ أيْسَرُ من أن يَحنث عمُّك، لأنَّ أباك أقدَرُ على الكفَّارَةِ من عمِّك. ثم قال المنصور: يا أبا عثمان هل مِنْ حاجة؟ قال: نعم. قال: وما هي؟ قال: لا تبعَثْ إليَّ حتى آتِيكَ، ولا تعطِني حتى أسألَك. فقال المنصور: إذًا واللَّهِ لا نلتقي. فقال عمرو: عن حاجتي سألتَني. فودَّعَهُ وانصرف. فلمّا وَلَّى أمَدَّهُ بصَرَهُ وهو يقول:
(١) قال أبو عبيد: من أمثالهم: أحَشَفًا وسُوءَ كَيْل! قال أبو بكر: يُقال: كِلْتُ الشيءَ أَكِيلُهُ كَيْلًا، وأوفاني كِيلَة حَسَنة. ومن أمثالهم أحشَفًا وسوءَ كِيْلَة! هكذا أتى المثل كِيْلة لا كَيْل. فصل المقال في شرح كتاب الأمثال ص (٣٧٤). وفي مجمع الأمثال (١/ ٢٠٧): الكِيلَةُ فِعْلَة من الكَيْل، وهي تدلُّ على الهيئة والحالة، نحو الرُّكْبة والجِلْسة، والحَشَفُ أردَأ التمر، أيْ أتجمعُ حشَفًا وسُوءَ كَيْل؟ يُضرَبُ لِمَنْ يَجْمَعُ بين خصلتَيْنِ مكروهتين. وفي جمهرة الأمثال (١/ ١٠١) ونصبوا حَشَفًا بفعل مضمر يريدون: أتجمع حشفًا؟ وعطفوا الكِيلَةَ عليه. (٢) كذا في (ق) وفي (ب): "اختلف جنباه"، وفي (ح): "احتلف جفناه"، ولعل الصواب "احتفلت أجفانه"، بالحاء المهملة، أي امتلأت بالدموع.

Entreprise

  • À propos
  • Tarifs
  • Pourquoi traduire ?

Support

  • Contactez-nous
  • Signaler un bug
  • Nous soutenir
  • Faire un don
  • Arène de combat IA

Suivez-nous

© 2026 Kutub. Tous droits réservés.
Conditions d'utilisationPolitique de confidentialitéCookies