Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Que Dieu fasse de moi un verrou : s’Il veut m’ouvrir pour vos dons et pour la répartition de vos subsistances, Il m’ouvrira, et s’Il veut me refermer, Il me refermera. Tournez-vous donc vers Dieu, ô gens, et invoquez-Le en ce jour noble où Il vous a accordé, de par Sa grâce, ce qu’Il vous a fait savoir dans Son Livre en disant : « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait, et J’agrée l’islam comme religion pour vous » [Coran 5:3]. Que Dieu me donne la réussite pour agir avec droiture, qu’Il m’inspire la bonne direction, qu’Il place dans mon cœur la bienveillance à votre égard et la bienfaisance envers vous, et qu’Il m’ouvre afin de pourvoir à vos dons et répartir équitablement vos subsistances. Il est en vérité Celui qui entend et qui exauce.

(1)

Un jour, alors qu’il prononçait l’un de ses discours, un homme l’interrompit tandis qu’il louait Dieu et dit : « Ô Commandeur des croyants, souviens-toi de Celui dont tu dois te souvenir, et crains Dieu dans ce que tu fais comme dans ce que tu délaisses. » Al-Mansur se tut jusqu’à ce que l’homme eût fini de parler. Il dit alors : « Je cherche refuge auprès de Dieu de faire partie de ceux dont Il a dit : “Et quand on lui dit : ‘Crains Dieu’, l’orgueil l’entraîne dans le péché” [Coran 2:206], ou d’être un tyran insoumis. Ô gens, l’exhortation est descendue sur nous et elle provient de chez nous. »

Puis il s’adressa à l’homme : « Je ne pense pas que, par tes propos, tu visais le Visage de Dieu ; tu cherchais plutôt à ce que l’on dise : ‘Il a admonesté le Commandeur des croyants.’ Ô gens, que cela ne vous trompe pas au point de faire comme lui. » Ensuite, il ordonna qu’on le garde sous surveillance, reprit son sermon et l’acheva. Puis il s’adressa à ceux qui l’entouraient : « Offrez-lui les biens de ce monde. S’il les accepte, informez-m’en ; s’il les refuse, faites-le-moi également savoir. » L’homme se laissa séduire par l’argent et s’inclina vers les biens terrestres : il fut nommé à la hisba (office de vérification) et aux griefs. On le présenta ensuite au calife vêtu d’habits somptueux, d’insignes et d’ornements terrestres. Le calife lui dit alors : « Malheur à toi ! Si vraiment tu avais cherché l’agrément de Dieu par tes propos tenus devant tout le monde, tu n’aurais pas accepté la moindre part de ce que je vois. Mais tu n’as voulu qu’une chose : qu’on dise de toi que tu as exhorté le Commandeur des croyants et t’es opposé à lui. » Puis il ordonna qu’on lui tranche la tête.

Al-Mansur dit encore à son fils al-Mahdi : « Le calife ne peut être redressé que par la crainte [de Dieu], le sultan ne peut être maintenu que par l’obéissance, la communauté ne peut être gérée que par la justice. Et le plus digne d’accorder la grâce est celui qui a la plus grande capacité de châtier. Le plus dépourvu d’intelligence est celui qui commet l’injustice envers plus faible que lui. » Il dit aussi : « Ô mon fils, préserve la grâce (divine) par la gratitude, le pouvoir par le pardon, l’obéissance par l’union des cœurs, la victoire par l’humilité et la miséricorde envers les gens. N’oublie pas ta part dans ce monde, ni ta part dans la miséricorde de Dieu. »

Un jour, alors que le calife avait ordonné qu’on exécute un homme, et que le tapis d’exécution et l’épée étaient déjà amenés, se trouvait parmi l’assemblée Mubârak ibn Fadâlah. Celui-ci déclara : « J’ai entendu al-Husayn rapporter que le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) a dit : “Le jour de la Résurrection, un héraut proclamera : ‘Qu’ils se lèvent, ceux dont la récompense incombe à Dieu !’ Et nul ne se lèvera si ce n’est ceux qui ont pardonné.” » Alors al-Mansur ordonna de gracier cet homme. Puis il commença à énumérer devant ses convives la gravité des fautes de ce dernier et tout le mal qu’il avait commis.

Al-Asmâ’î rapporte qu’on amena devant al-Mansur un homme pour le punir, et ce dernier déclara : « Ô Commandeur des croyants, la vengeance est la justice et le pardon est une vertu. Nous invoquons Dieu pour qu’Il ne vous laisse pas vous contenter de la plus maigre des deux parts ou de la plus basse des deux positions, et de renoncer à la plus haute des deux vertus. » Al-Mansur le gracia alors.

(1) Tārīkh Ibn ʿAsākir (vol. 32, pp. 310‑311).
جعلني اللَّه عليه قُفْلًا، فإنْ شاء أن يفتحَني لأعطياتِكُمْ وقَسْمِ أرزاقِكم فتَحَني، وإذا شاء أن يقفِلَني قفلني فارغبوا إلى اللَّه أيها الناس، وسلوه في هذا اليوم الشريف الذي وَهبَكم فيه من فضلِه ما أعلمكم به في كتابهِ إذ يقول: ﴿الْيَوْمَ أَكْمَلْتُ لَكُمْ دِينَكُمْ وَأَتْمَمْتُ عَلَيْكُمْ نِعْمَتِي وَرَضِيتُ لَكُمُ الْإِسْلَامَ دِينًا﴾ [المائدة: ٣] ، أنْ يُوفِّقَني للصواب، ويُسَدِّدَني للرَّشاد، ويُلْهِمَني الرأفةَ بكم، والإحسان إليكم، ويفتحَني لأُعطياتِكم، وقسم أرزاقكم بالعَدْلِ عليكم، فإنه سميعٌ مُجِيب (١) . وقد خطب يومًا فاعترضَهُ رجلٌ وهو يُثني على اللَّهِ – Exalté soit-Il – فقال: يا أمير المؤمنين، اذكُرْ مَنْ أنتَ ذاكرهُ، واتَّقِ اللَّه فيما تأتيهِ وتذَره. فسكتَ المنصورُ حتى انتهى كلامُ الرجل، فقال: أعوذُ باللَّه أنْ أكونَ مِمَّنْ قال اللَّه – Exalté soit-Il – فيه ﴿وَإِذَا قِيلَ لَهُ اتَّقِ اللَّهَ أَخَذَتْهُ الْعِزَّةُ بِالْإِثْمِ﴾ [البقرة: ٢٠٦] أو أنْ أكونَ جبَّارًا عَصِيًّا، أيها الناس، إنَّ الموعظةَ علينا نزلَتْ، ومن عندِنا نبتَتْ. ثم قال للرجل: ما أظنُّكَ في مقالتكَ هذه تريدُ وجهَ اللَّه، وإنما أردتَ أنْ يُقالَ عنك: وَعَظَ أميرَ المؤمنين. أيُّها الناس، لا يغرَّنَّكم هذا، فتفعلوا كفعلِه. ثم أمَرَ به فاحتفِظَ به وعاد إلى خُطبتِهِ فأكملَها، ثم قال لِمَنْ هو عندَه: اعرِضْ عليه الدنيا، فإنْ قبِلَها فأعلِمْني، وإن رَدَّها فأعلِمني. فما زال الرجلُ الذي عنده حتى أخذَ المالَ ومالَ إلى الدنيا، فولَّاهُ الحِسْبَةَ والمظالم، وأدخلَهُ على الخليفة في بِزَّةٍ حسنَة، وثيابٍ وشارةٍ وهيئةٍ دُنيويَّة، فقال له الخليفة: ويحك! لو كنتَ مُحِقًّا مُريدًا وجهَ اللَّهِ بما قلتَ على رؤوس الناس لَمَا قَبِلْتَ شيئًا مِمّا أرى، ولكنْ أردتَ أنْ يُقالَ عنك: إنَّكَ وعظتَ أميرَ المؤمنين، وخرجتَ عليه. ثم أمَرَ بِهِ فضُرِبَت عُنقُه. وقد قال المنصور لابنه الْمَهْدي: إنَّ الخليفةَ لا يُصِلحُه إلَّا التقوى، والسلطانُ لا يُصِلحهُ إلَّا الطاعة، والرعيَّةُ لأنَّلِحُها إلَّا العَدْل، وأولى الناسِ بالعَفْو أقدَرُهم على العُقوبة، وأنقَصُ الناسِ عقلًا مَنْ ظَلَمَ مَنْ دونَه. وقال أيضًا: يا بُني، استدِمِ النعمةَ بالشُّكر، والقُدرةَ بالعَفْو، والطاعةَ بالتأليف، والنصرَ بالتواضُعِ والرحمةِ للناس، ولا تنس نصيبَكَ من الدنيا، ونصيبَكَ من رحمةِ اللَّه. وحضَرَ عندَهُ مباركُ بن فَضَالةَ يومًا وقد أمَرَ برجل أنْ يُضرَبَ عُنقُه، وأحضرَ النِّطْعُ والسيف، فقال له مبارك: سمعتُ الحسين يقول: قال رسول اللَّه ﷺ : "إذا كان يومُ القيامةِ نادَى منادٍ: لِيَقُمْ مَنْ كان أجرُهُ على اللَّه. فلا يقوم إلَّا مَنْ عَفَا" . فأمَرَ بالعَفْوِ عن ذلك الرجل. ثم أخَذَ يُعَدِّدُ على جُلسائه عظيمَ جرائمِ ذلك الرجل، وما صنَعَه. وقال الأصمعي: أُتي المنصورُ برجل ليعاقِبَه، فقال: يا أمير المؤمنين، الانتقامُ عَدْل، والعَفْوُ فَضْل، ونُعِيذُ أميرَ المؤمنين باللَّه أنْ يَرْضَى لنفسِهِ بأوْكَسِ النَّصِيبَيْن، وأدْنَى القِسْمَيْن، دون أرفعِ الدرجتَيْن. قال: فعَفَا عنه.
(١) تاريخ ابن عساكر (٣٢/ ٣١٠، ٣١١).

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