Il le lui confia, lui remit le reste de ce qu’il devait, lui conféra l’étendard et nomma son fils Yaḥyā gouverneur de l’Azerbaïdjan. Les gens se mirent en route à leur service.
Yaḥyā raconta : « Nous traversâmes le pont et ce surveillant (zājir) se présenta à moi, me réclamant ce que je lui avais promis. Je le lui fis remettre, et il reçut cinq mille. »
Cette année-là, al-Manṣūr se rendit en pèlerinage, menant avec lui les bêtes destinées au sacrifice. Lorsqu’il eut dépassé Koufa de plusieurs étapes, le mal qui devait l’emporter s’abattit sur lui. Il souffrait déjà d’un mauvais état de santé, que la chaleur accablante et ses déplacements aux heures les plus torrides aggravèrent. Il fut frappé d’une diarrhée sévère et persistante, si bien que son état s’aggrava. À son arrivée à La Mecque, il mourut dans la nuit du samedi, le sixième jour de Dhū al-Ḥijja. On pria sur lui et il fut inhumé à Kadhā’, près du col de Bāb al-Maʿlā à l’extrémité haute de La Mecque. Il avait alors soixante-trois ans — certains disent soixante-quatre, d’autres soixante-cinq — et l’on rapporte aussi qu’il aurait atteint soixante-huit ans. Dieu le sait mieux.
Ar-Rabīʿ, le chambellan, cacha sa mort jusqu’à ce qu’il eût pris l’allégeance des chefs de l’armée et des notables de Banū Hāchim en faveur d’al-Mahdī, puis il l’inhuma. Celui qui dirigea la prière funéraire fut Ibrāhīm ibn Yaḥyā ibn Muḥammad ibn ʿAlī, lequel mena également le pèlerinage cette année-là.
Voici la biographie d’al-Manṣūr (1) : il s’agit de ʿAbd Allāh ibn Muḥammad ibn ʿAlī ibn ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās ibn ʿAbd al-Muṭṭalib ibn Hāshim, Abū Jaʿfar al-Manṣūr. Il était plus âgé que son frère Abū al-ʿAbbās as-Saffāḥ. Sa mère, une umm walad, se nommait Salāma.
Il rapporta de son grand-père, lequel tenait d’Ibn ʿAbbās, que le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) portait sa bague à la main droite. Ibn ʿAsākir (2) en fait mention, selon la chaîne de transmission remontant à Muḥammad ibn Ibrāhīm as-Sulamī, d’al-Maʾmūn, d’ar-Rashīd, d’al-Mahdī, d’al-Manṣūr son père.
On lui prêta allégeance comme calife après son frère, en Dhū al-Ḥijja de l’an 136, alors qu’il avait quarante et un ans. En effet, il serait né en l’an 95, au mois de Ṣafar, à al-Ḥumayma dans la région du Balqāʾ, selon l’opinion la plus répandue. Son califat dura vingt-deux ans moins quelques jours. On le décrivait comme ayant la peau sombre, une chevelure abondante, une barbe clairesemée, un large front, un nez aquilin bien prononcé et des yeux grands et expressifs, comme si ses deux yeux étaient deux langues éloquentes. Il émanait de lui une majesté royale (3), si bien que les cœurs l’acceptaient et les regards le suivaient. La noblesse se discernait en lui (4), on percevait la distinction dans son apparence et la prestance du lion dans sa démarche. Ainsi fut-il dépeint par certains de ceux qui l’ont connu (5).