Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Les regards s’en détournent, et les yeux se tournent vers elle. Elle est devenue un signe pour ceux qui redoutent le châtiment douloureux, et un exemple pour celui qui craint. Quant à vous, vous vous retrouvez après eux dans un délai raccourci et un monde amoindri, à une époque dont l’indulgence a disparu, où l’espoir, le bien et la pureté se sont évanouis. Il n’en reste que l’excès du mal (1), un reliquat de trouble, des effrois qui suscitent la réflexion, des sanctions qui changent l’ordre des choses, l’envoi de tentations, la succession de secousses et la bassesse d’une descendance. À cause d’eux, la corruption est apparue sur terre et sur mer, [ils rendent les demeures plus étroites et font flamber les prix, du fait des actes honteux et condamnables qu’ils commettent] (2). Ne vous assimilez donc pas à ceux que l’espoir a trompés, que la longue échéance a abusés et que les vaines espérances ont illusionnés. Nous demandons à Dieu de faire de nous et de vous ceux qui, lorsqu’on les appelle, répondent immédiatement, et lorsqu’on leur interdit [une chose], s’en abstiennent et méditent sur leur demeure finale (4), se préparant ainsi pour leur propre bien.

Al-Awzâ‘î rencontra Al-Mansour à son entrée en Syrie. Il le conseilla, et Al-Mansour l’aima et l’honora. Quand Al-Awzâ‘î voulut s’en aller, il lui demanda la permission de ne pas porter le vêtement noir, et Al-Mansour le lui accorda. Une fois sorti, Al-Mansour dit alors à Rabi‘, son chambellan : « Suis-le et demande-lui pourquoi il déteste porter le noir, mais sans lui dire que c’est moi qui t’envoie. » Rabi‘ l’interrogea, et Al-Awzâ‘î répondit : « Parce que je n’ai vu personne se mettre en état de sacralisation (ihrâm) dans ce noir, ni un défunt être enseveli dans ce noir, ni une mariée être parée de ce noir. C’est pourquoi je le déteste. »

En Syrie, Al-Awzâ‘î était grandement respecté et honoré, au point que son autorité l’emportait sur celle du sultan. Un jour, un gouverneur voulut s’en prendre à lui, mais ses proches lui dirent : « Laisse-le. Par Dieu, s’il ordonnait aux gens de Syrie de te tuer, ils le feraient. » Lorsqu’il mourut, l’un des gouverneurs s’assit sur sa tombe et dit : « Que Dieu te fasse miséricorde. Par Dieu, j’avais plus peur de toi que de celui qui m’a confié mon mandat » — en faisant allusion à Al-Mansour.

Ibn Abî al-‘Ishrîn a dit : « Al-Awzâ‘î ne mourut qu’après s’être retrouvé seul, entendant de ses propres oreilles les propos injurieux qu’on tenait contre lui. » D’après Abû Bakr ibn Abî Khaythama : « Muhammad ibn ‘Ubayd al-Tanafisî raconta : “J’étais auprès de Sufyân al-Thawrî lorsqu’un homme vint lui dire : ‘J’ai rêvé qu’une fleur de basilic, venue de l’Occident, avait été arrachée.’ Al-Thawrî répondit : ‘Si ta vision est juste, alors Al-Awzâ‘î est mort.’ Ils notèrent cela, et la nouvelle de la mort d’Al-Awzâ‘î arriva ce même jour.” »

Abû Mus-hir déclara : « Il nous est parvenu que la cause de sa mort fut que sa femme ferma la porte du bain sur lui, entraînant son décès, sans qu’elle en eût l’intention. Sa‘îd ibn ‘Abd al-‘Azîz lui ordonna alors de libérer un esclave. » Il ajouta : « Il ne laissa ni or, ni argent, ni biens, ni possessions, sinon quatre-vingt-six (dirhams) restés de sa solde. Il avait été inscrit au registre des troupes de la côte. »

(1) Dans « al-Shukr » d'Ibn Abī al-Dunyā : « Ḥumma » avec un ḥāʾ non aspiré, ce qui est attesté dans les sources originelles. « al-Ḥumma » - avec un ḥāʾ non aspiré et l’amenuisement du mīm - désigne l’aiguille dont on se sert pour piquer un serpent, un scorpion, un frelon ou autre, ou dont on est piqué ; c’est le venin de toute chose qui pique ou mord. Voir Lisān al-ʿArab (ḥmm, jmm). (2) Ce qui est entre parenthèses est un ajout de (Q) ; il n’apparaît ni dans (B, Ḥ) ni dans le livre « al-Shukr » d'Ibn Abī al-Dunyā. (3) Dans (Q) : « et il l’a modifié » (« wa ghayyarahu »), attesté dans (B, Ḥ). (4) Ainsi dans (Q), et dans le livre « al-Shukr » : « parmi ceux qui ont compris leur propre âme, se sont arrêtés et ont maîtrisé leur course », dans (Ḥ) : « parmi ceux qui ont invoqué leur pleine lune », et dans (B) : « parmi ceux qui ont pris conscience de leur vœu, ont atteint la fin, et ont maîtrisé leur demeure ».
مصروفة، والأعين نحوها ناظرة، فأصبحتْ آيةً للذين يخافونَ العذابَ الأليم، وعبرةً لمن يَخْشَى، وأصبحتُم بعدَهم في أجلٍ مَنْقوص، ودنيا منقوصة، في زمانٍ قد وَلَّى عَفْوُه، وذهب رجاؤُه وخَيْرُهُ وصفوُه، فلم يبقَ منه إلَّا جُمَّةُ شَرّ (١) ، وصُبَابةُ كَدَر، وأهاويلُ عِبَر، وعُقوباتُ غِيَر، وإرسال فتن، وتتابع زلازل، ورذالة خَلَف؛ بهم ظهر الفسادُ في البرِّ والبحر، [يضيِّقونَ الديار، ويُغلونَ الأسعار، بما يرتكبونه من العارِ والشَّنَار] (٢) ؛ فلا تكونوا أشباهًا لِمَنْ خدَعَهُ الأمل، وغَرَّهُ (٣) طولُ الأجَل، ولعبَتْ به الأماني؛ نسألُ اللَّه أن يجعلَنا وإيَّاكم ممَّنْ إذا دُعي بَدَر، وإذا نُهي انتهى وعَقَل مثواه (٤) ، فمهد لنفسه. وقد اجتمع الأوزاعيُّ بالمنصور حين دخل الشام، ووعَظَهُ وأحبَّهُ المنصور وعظَّمه، ولما أراد الانصرافَ من بين يديه استأذنه في أنْ لا يلبسَ السواد، فأذِنَ له، فلما خرج قال المنصور للربيع الحاجب: الْحَقْهُ فاسألْهُ لِمَ كَرِهَ لُبْسَ السواد؟ ولا تُعلِمْهُ أنِّي قلتُ لك. فسألَهُ الربيع، فقال: لأني لم أرَ مُحْرِمًا أحرَمَ فيه، ولا ميتًا كُفِّن فيه، ولا عروسًا جُليَتْ فيه، فلهذا أكرهُه. وقد كان الأوزاعيُّ في الشام معظَّمًا مُكَرَّمًا، أمرُهُ أعزُّ عندَهم من أمرِ السلطان، وقد همَّ به بعضُ الولاةِ مرَّةً، فقال له أصحابُه: دَعهُ عنك، واللَّهِ لو أمرَ أهلَ الشامِ أنْ يقتلوك لقتلوك. ولما مات جلس على قبرِهِ بعضُ الولاة فقال: رحمك اللَّه، فواللَّه لقد كنتُ أخافُ منك أكثرَ ممَّا أخافُ من الذي ولَّاني - يعني المنصور. وقال ابنُ أبي العشرين: ما مات الأوزاعيُّ حتى جلسَ وحدَه، وسمع شَتْمهُ بأذنه. وقال أبو بكر بن أبي خيثمة: حدّثنا محمد بن عُبيد الطَّنَافسي، قال: كنتُ جالسًا عند الثوري، فجاءه رجلٌ فقال: رأيتُ كأنَّ ريحانةً من المغرب -يعني قُلعَتْ- قال: إنْ صدقَتْ رؤياك فقد مات الأوزاعي. فكتبوا ذلك، فجاء موتُ الأوزاعيِّ في ذلك اليوم. وقال أبو مُسْهر: بلَغَنا أن سببَ موتِهِ أنَّ امرأته أغلقَتْ عليه بابَ حمَّام فمات فيه، ولم تكنْ عامدةً ذلك، فأمَرَها سعيدُ بن عبدِ العزيز بِعتْقِ رقبة. قال: وما خَلَّفَ ذهبًا ولا فضَّةً ولا عَقَارًا، ولا متاعًا، إلَّا ستةً وثمانين فضَلَتْ من عَطَائِه. وكان قد اكتُتِبَ في ديوانِ السَّاحل.
(١) في الشكر لابن أبي الدنيا: "حمة" بالحاء المهملة، والمثبت من الأصول. والحُمَة -بالحاء المهملة وتخفيف الميم-: هي الإبرة التي تضرب بها الحية والعقرب والزنبور ونحو ذلك أو تلدغ بها، وسُمُّ كل شيء يلدغ ويلسع. لسان العرب (حمم، جمم). (٢) ما بين المعقوفين زيادة من (ق)، ليست في (ب، ح) ولا في كتاب الشكر لابن أبي الدنيا. (٣) في (ق): "وغَيَّرَهُ"، والمثبت من (ب، ح). (٤) كذا في (ق)، وفي كتاب الشكر "ممن وعى نفسه فانتهى وعقل مسراه"، وفي (ح): "ممن دعى بدره"، وفي (ب): "ممن وعى نذره وبلغ انتهى وعقل مثواه".

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