Et voici qu’un homme apparut, chevauchant l’une de ces sauterelles, revêtu d’une armure de fer. Chaque fois qu’il faisait un geste de la main dans une direction, le vol de sauterelles se penchait de ce côté, et il répétait : « Ce bas-monde n’est que néant, néant, néant ; et tout ce qu’il contient est néant, néant, néant. »
Al-Awzaʿî raconta : « Il y avait chez nous un homme qui partait chasser le vendredi, sans attendre la prière de ce jour, et la terre engloutit sa mule, de sorte qu’il n’en resta que les deux oreilles. »
Un jour, Al-Awzaʿî sortit de la porte de la mosquée de Beyrouth, où se trouvait un homme qui vendait du nāṭif (1), tandis qu’à côté de lui un autre vendait des oignons. Ce dernier disait : « Ô oignon, plus doux que le miel ! », ou peut-être : « Plus doux que le nāṭif ! » Al-Awzaʿî s’exclama alors : « Gloire à Dieu ! [Cet homme croit-il qu’une part de mensonge soit permise ? C’est comme s’il] estime qu’il n’y a pas de mal à mentir. »
Al-Wāqidī rapporte qu’Al-Awzaʿî dit : « Nous avions l’habitude autrefois de rire et de nous divertir. Mais depuis que nous sommes devenus des imams suivis, nous estimons que cela ne nous sied plus. Il nous incombe plutôt d’être sur nos gardes. »
Il écrivit à l’un de ses frères : « Ceci étant, tu es cerné de toute part, et tu es emporté par le cours du temps chaque jour et chaque nuit. Redoute donc Dieu et le moment où tu comparaîtras devant Lui, et prends garde que ce ne soit ton dernier instant. Que la paix soit sur toi. »
Ibn Abī al-Dunyā (2) dit : « Muhammad ibn Idrīs m’a rapporté qu’il avait entendu Abū Ṣāliḥ, le scribe de Layth, mentionner que Hiql ibn Ziyād répétait, d’après Al-Awzaʿî, cette exhortation :
“Ô gens, puisez dans les bienfaits dont vous jouissez actuellement la force de fuir le Feu ardent de Dieu, qui s’élève jusqu’aux cœurs. Vous êtes dans une demeure où le séjour est bref, et vous la quitterez d’ici peu. Vous êtes les successeurs des générations passées, qui ont bénéficié des aspects les plus agréables et les plus resplendissants de ce monde : ils étaient plus âgés que vous, plus robustes, plus clairvoyants, et possédaient davantage de biens et d’enfants. Ils creusaient les montagnes à flanc de vallon, parcouraient les contrées, soutenus par une force redoutable et des corps élancés comme des piliers. Cependant, il ne fallut que peu de jours et de nuits pour effacer leurs traces, dévaster leurs résidences et rendre leur souvenir méconnaissable, de sorte que (selon la parole de Dieu) : « En vois-tu encore un seul ? Ou entends-tu seulement le moindre son venant d’eux ? » (Maryam, 98).
Ils vécurent dans la tranquillité d’un espoir illusoire, sans se douter de l’échéance de leur mort, puis ils retournèrent comme un peuple plein de regrets. Or vous connaissez déjà ce qui les a frappés : le châtiment de Dieu les a touchés de nuit. Beaucoup périrent et restèrent gisant dans leurs demeures, tandis que les survivants, épargnés, assistaient toujours aux bienfaits de Dieu et constataient le malheur qui avait frappé ceux qui les avaient précédés, la cessation de leurs faveurs… Ils contemplaient, par Dieu, ces maisons désormais vides, jadis fières de leur gloire et comblées de bienfaits, et auxquelles les cœurs aspiraient.”