Les colonnes étaient en fer. Je le saluai, mais il ne me rendit pas mon salut. Il frappa alors le sol de la baguette de jonc qu’il tenait, puis dit : « Ô Awzâ‘î, que penses-tu de ce que nous avons fait pour retirer des mains de ces oppresseurs le pouvoir sur les serviteurs (les gens) et sur le pays ? Est-ce un djihad ou une ribât (garde en première ligne) ? »
Je répondis : « Ô émir, j’ai entendu Yahyâ Ibn Sa‘îd al-Ansârî dire : ‘J’ai entendu Muhammad Ibn Ibrâhîm at-Taymî dire : “J’ai entendu ‘Alqama Ibn Waqqâs dire : ‘J’ai entendu ‘Umar Ibn al-Khattâb dire : ‘J’ai entendu le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) dire :
“Les actes ne valent que par les intentions, et à chacun ne revient que ce qu’il a visé. Celui dont l’émigration est pour Dieu et Son Messager, son émigration est pour Dieu et Son Messager. Et celui dont l’émigration vise un avantage mondain ou une femme à épouser, son émigration sera jugée selon ce pour quoi il a émigré.”’”’ (1)
À ces mots, il frappa plus fort encore avec sa baguette, et ceux qui l’entouraient saisirent la poignée de leurs sabres. Puis il dit : « Ô Awzâ‘î, que dis-tu au sujet du sang des Banû Umayya ? » Je répondis : « Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) a dit :
“Il n’est permis de verser le sang d’un musulman que dans l’un de ces trois cas : l’âme contre l’âme (en cas de meurtre), l’homme déjà marié qui commet l’adultère, et celui qui renie sa religion et se sépare de la communauté.” (2)
Il frappa encore plus fortement avec sa baguette, puis demanda : « Que dis-tu de leurs biens ? » Je répondis : « S’ils les détenaient de façon illicite, cela t’est tout aussi illicite. S’ils les possèdent de façon licite, alors ils ne te sont permis que par une voie légale. » Il frappa plus fort encore qu’auparavant.
Il reprit : « Ne veux-tu pas que nous te nommions juge ? » Je dis : « Tes aïeux ne m’ont jamais contraint à cela. J’aime qu’ils poursuivent l’excellence dans les égards dont ils m’ont fait preuve depuis le début. » Il me dit : « On dirait que tu préfères t’en aller. » Je répondis : « J’ai derrière moi des femmes de ma famille qui ont besoin que je subvienne à leurs nécessités et préserve leur honneur, et leurs cœurs sont inquiets à mon sujet. » Il conclut : « J’attendais déjà que ma tête tombe devant moi. » Puis il m’ordonna de me retirer.
Lorsque je sortis, son émissaire me rattrapa, portant deux cents dinars. Il dit : « L’émir te prie de dépenser cela. » Je m’en débarrassai au profit des pauvres et ne l’acceptai que par crainte. On rapporte qu’il jeûnait ces trois jours-là. L’on dit que l’émir, l’ayant appris, l’invita à rompre le jeûne auprès de lui, mais il refusa.
On raconte qu’ensuite, al-Awzâ‘î quitta Damas et partit s’installer à Beyrouth comme sentinelle (en ribât) avec sa famille et ses enfants. Il dit : « J’ai trouvé agréable à Beyrouth que, tandis que je passais près de ses tombes, je vis une femme noire parmi elles. Je lui demandai : “Où se trouve l’endroit habité, ô toi ? (3)” Elle répondit : “Si tu cherches la vraie habitation, c’est ici (en désignant les tombes). Et si tu veux le délabrement, c’est là-bas (en montrant la ville).” Alors je décidai de m’y établir. »
Muhammad Ibn Kathîr raconta : « J’ai entendu al-Awzâ‘î dire : “Je suis un jour sorti au désert et je suis tombé sur une patte de sauterelle…” (4). »