"Ainsi, ‘Uthmân ibn Abî al-‘Âtikah est vraiment un homme admirable, et Abû ‘Amr al-Awzâ‘î est le meilleur de ceux qui parcourent la surface de la terre ; quant à toi, tu mourras tel jour."
Muhammad ibn Shu‘ayb dit : « Le ẓuhr (prière de midi) n’était pas encore arrivé qu’il mourut. Nous avons ensuite prié sur lui et son cercueil fut emporté. » Ibn ‘Asâkir (1) l’a rapporté.
Al-Awzâ‘î était un homme qui multipliait les actes d’adoration, priait parfaitement, menait une vie de piété et d’ascèse, et gardait souvent le silence. Il disait : « Celui qui prolonge la station dans la prière nocturne verra Dieu alléger pour lui la station prolongée au Jour de la Résurrection. » Il tirait cela de la parole de Dieu – qu’Il soit exalté : « Et, de la nuit, prosterne-toi devant Lui et glorifie-Le une longue partie (de la nuit). En vérité, ceux-là aiment l’immédiat (ce monde) et laissent derrière eux un jour pesant » [al-Insân, 26-27].
Al-Walîd ibn Muslim affirma : « Je n’ai jamais vu personne s’appliquer autant qu’al-Awzâ‘î dans l’adoration. » Un autre raconta : « Il accomplit le pèlerinage, sans jamais dormir sur sa monture, restant en prière. Lorsqu’il sentait la somnolence, il s’appuyait sur le pommeau de la selle. Son recueillement était si intense qu’on aurait dit qu’il était aveugle. »
Une femme entra un jour chez l’épouse d’al-Awzâ‘î et remarqua que le tapis sur lequel il priait était mouillé. Alors elle lui dit : « Peut-être que l’enfant a uriné là ? » L’épouse répondit : « Ce sont les larmes du shaykh lorsqu’il pleure en se prosternant. Chaque matin, c’est ainsi. »
Al-Awzâ‘î disait encore : « Attache-toi aux traces de ceux qui t’ont précédé, même si les gens te rejettent. Méfie-toi des dires des hommes, même s’ils les parent et les embellissent, car la vérité se dévoilera et tu demeureras sur une voie droite. » Il disait aussi : « Sois patient dans ta fidélité à la Sunna, tiens-toi là où se tenaient ces vertueux, dis ce qu’ils disaient et abstiens-toi de ce dont ils s’abstenaient. Que te suffise ce qui leur suffisait. »
Il ajoutait : « La vraie science est celle qui nous vient des Compagnons de Muhammad ; ce qui ne provient pas d’eux n’est pas de la science. » Il disait également : « L’amour pour ‘Alî et pour ‘Uthmân ne se réunit que dans le cœur d’un croyant. Et lorsqu’Allah veut le mal pour un peuple, Il leur ouvre la porte de la controverse stérile et leur ferme celle de la connaissance et de la mise en pratique. »
On rapporte qu’al-Awzâ‘î était l’un des hommes les plus généreux et les plus prodigues. Il bénéficiait d’une concession dans le Bayt al-Mâl (Trésor public) sous les califes omeyyades ; ils lui remirent, eux, leurs proches et plus tard certains abbassides, près de soixante-dix mille dinars. Il n’en garda rien, n’acquit aucun bien immobilier ni autre chose, et ne laissa au moment de sa mort que sept dinars servant à ses funérailles. Il dépensait tout cela dans la voie de Dieu et en faveur des pauvres et des nécessiteux.
Lorsqu’‘Abd Allâh ibn ‘Alî [l’oncle d’as-Saffâḥ, qui expulsa les Umeyyades du Shâm et mit fin à leur dynastie par la volonté de Dieu] (2) entra à Damas, il convoqua al-Awzâ‘î, lequel se cacha pendant trois jours avant de se présenter. Al-Awzâ‘î raconta : « Je suis entré auprès de lui ; il était assis sur un trône, tenant dans la main une courte baguette. À sa droite et à sa gauche se tenaient des hommes vêtus de noir, leurs épées dégainées. »