Au sujet de l’inclinaison (rukūʿ) et du relèvement qui s’ensuit, al-Thawrī invoqua comme preuve le ḥadīth de Yazīd ibn Abī Ziyād. Al-Awzāʿī se mit alors en colère et déclara : « Oposes-tu le ḥadīth d’al-Zuhrī à celui de Yazīd ibn Abī Ziyād, alors que c’est un narrateur affaibli ? » Le visage d’al-Thawrī devint rouge. Al-Awzāʿī lui dit : « Se peut-il que tu aies été contrarié par mes propos ? » Il répondit : « Oui. » Al-Awzāʿī poursuivit : « Alors lève-toi, allons invoquer la malédiction (al-liʿān) auprès du Coin (de la Kaʿba) pour savoir lequel de nous est dans le vrai. » Al-Thawrī garda le silence.
Hiql ibn Ziyād rapporta : « Al-Awzāʿī a émis des fatwas concernant soixante-dix mille questions, toujours en se fondant sur “ḥaddathanā” (il nous a été transmis) et “akhbaranā” (il nous a été rapporté). » Abū Zurʿa dit : « Soixante mille questions sont transmises de lui. » D’autres affirmèrent : « Il donna des avis juridiques (fatwas) en l’an 113 de l’Hégire, alors qu’il avait vingt-cinq ans ; puis il ne cessa de le faire jusqu’à sa mort, avec un esprit sans cesse en éveil. »
Yahyā al-Qaṭṭān, parlant de Mālik, raconta : « Al-Awzāʿī, al-Thawrī et Abū Ḥanīfa se sont réunis chez moi. » Je lui demandai : « Lequel d’entre eux est le plus remarquable ? » Il répondit : « Al-Awzāʿī. » Quant à Muḥammad ibn ʿAjlān, il déclara : « Je n’ai jamais vu quelqu’un de plus sincère envers les musulmans qu’al-Awzāʿī. » D’autres ont dit : « On ne le vit jamais rire aux éclats. Il exhortait les gens, au point que nul ne restait dans son assemblée sans pleurer, que ce soit de ses yeux ou de son cœur. Pourtant, on ne l’a jamais vu pleurer devant eux. Cependant, lorsqu’il se retrouvait seul, il pleurait jusqu’à susciter la pitié. »
Yahyā ibn Maʿīn déclara : « Les savants sont au nombre de quatre : al-Thawrī, Abū Ḥanīfa, Mālik et al-Awzāʿī. » Abū Ḥātim dit : « Il était digne de confiance (thiqa) et suivait ce qu’il avait entendu. » On raconte également qu’al-Awzāʿī ne faisait pas de faute de langue dans ses propos, et que ses écrits parvenaient jusqu’au calife al-Manṣūr, lequel les examinait avec attention, s’émerveillant de leur éloquence et de la douceur de leurs formulations. Un jour, al-Manṣūr s’adressa ainsi au scribe qu’il chérissait le plus, Sulaymān ibn Mujāld : « Nous devrions toujours répondre à al-Awzāʿī pour disposer de ses formulations dans notre correspondance aux provinces, à l’intention de ceux qui ne connaissent pas les paroles d’al-Awzāʿī. » Sulaymān répondit : « Par Dieu, Ô Commandeur des croyants, nul sur terre n’est capable de produire un propos semblable au sien, ni même approchant. »
Al-Walīd ibn Muslim dit : « Lorsque al-Awzāʿī avait accompli la prière de l’aube, il s’asseyait pour évoquer Dieu (dhikr) jusqu’au lever du soleil. Il tenait cela de la pratique des pieux anciens. Ensuite, il se levait, et ils échangeaient alors sur la langue (la philologie), la jurisprudence (fiqh) et le ḥadīth. » Al-Awzāʿī affirma : « J’ai vu en rêve le Seigneur de la Puissance qui me disait : “Ordonnes-tu le bien et interdis-tu le mal ?” Je répondis : “Par Ta grâce, Ô mon Seigneur.” Puis je dis : “Ô Seigneur, fais-moi mourir en état d’Islam.” Il répondit : “Et selon la Sunna.” »
Muḥammad ibn Sābūr raconta : « Un shaykh à la Grande Mosquée de Damas me dit : “Je mourrai tel jour.” Lorsque ce jour arriva, je le vis dans la cour de la mosquée en train de retirer des parasites de ses vêtements. Il me dit : “Va réserver pour moi le lit des morts (le brancard funéraire) avant que d’autres ne le prennent.” Je lui demandai : “Que dis-tu là ?” Il me répondit : “C’est bien ce que je te dis. J’ai vu comme si une voix prononçait : “Un tel est qadari, et untel…” ” »