Voici un extrait de la biographie d’al-Awzâ‘î :
Il s’agit de ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Amr ibn Yuḥmid, Abû ‘Amr al-Awzâ‘î. Al-Awzâ‘ désigne un clan de Ḥimyar, et il en était issu, selon ce qu’affirme Muḥammad ibn Sa‘d (1). D’autres ont déclaré qu’il n’en était pas originaire, mais qu’il s’était installé dans le quartier d’al-Awzâ‘, un village à l’extérieur de Bâb al-Farâdîs, l’une des localités de Damas. Il était également le cousin de Yaḥyâ ibn ‘Amr al-Shaybânî. Abû Zur‘a a dit : « Ses origines remontent à des captifs du Sind, puis il s’établit dans le quartier al-Awzâ‘, et c’est de là que provient sa nisba. » D’après certains, il serait né à Ba‘labakk, puis aurait grandi orphelin dans la région du Biqâ‘, sous la garde de sa mère, qui voyageait avec lui de ville en ville. Il se forma lui-même, et il n’existait pas, parmi les fils de rois, de califes, de vizirs, de marchands ou d’autres personnages, quelqu’un de plus sage que lui, ni de plus pieux, ni de plus savant, ni de plus éloquent, ni de plus posé, ni de plus indulgent, ni de plus silencieux. Il ne prononçait pas une parole sans qu’il soit préférable à ceux qui l’entendaient de la noter, tant elle était remarquable.
Il pratiquait la rédaction de lettres et avait déjà été enrôlé pour écrire dans une expédition envoyée vers al-Yamâma. Il entendit le ḥadith de Yaḥyâ ibn Abî Kathîr et se lia à lui ; ce dernier l’exhorta à se rendre à Baṣra pour écouter al-Ḥasan et Ibn Sîrîn. Lorsqu’il arriva, il apprit que al-Ḥasan était décédé deux mois plus tôt et que Ibn Sîrîn était gravement malade. Il se rendit constamment à son chevet, mais la maladie s’aggrava et Ibn Sîrîn mourut, si bien qu’al-Awzâ‘î ne put rien recueillir de lui. Il se rendit ensuite à Damas, au quartier d’al-Awzâ‘ – à l’extérieur de Bâb al-Farâdîs – où il devint le maître de ses habitants à son époque, et, plus largement, dans d’autres contrées, aussi bien en fiqh qu’en ḥadith, en récits des campagnes militaires (maghâzî) et dans d’autres sciences de l’islam. Il rencontra un grand nombre de tâbi‘ûn et d’autres savants. De nombreuses sommités de l’islam transmirent de lui, comme Mâlik ibn Anas, al-Thawrî, al-Zuhrî – dont il était l’un des disciples – et d’autres éminents savants. Plusieurs imams l’ont loué et tous les musulmans s’accordent sur sa probité et sur son statut d’imam.
Mâlik a dit : « Al-Awzâ‘î était un imam qu’on prenait pour modèle. » Sufyân ibn ‘Uyayna et d’autres ont également déclaré : « Al-Awzâ‘î était l’imam de son époque. » Il accomplit le pèlerinage une fois, et lorsqu’il entra à la Mecque, Sufyân al-Thawrî tenait le licou de sa monture, tandis que Mâlik ibn Anas la poussait, et al-Thawrî disait : « Faites place au shaykh ! » jusqu’à ce qu’ils le fassent asseoir près de la Ka‘ba et qu’ils s’assoient tous deux devant lui pour recueillir son enseignement. Une fois, Mâlik et al-Awzâ‘î discutèrent à Médine depuis la prière de ẓuhr (midi) jusqu’à celle de ‘aṣr (après-midi), puis de ‘aṣr jusqu’à celle de maghrib (crépuscule). Al-Awzâ‘î l’emporta sur Mâlik en matière de maghâzî, et Mâlik l’emporta sur lui dans les domaines de fiqh, ou sur un point de fiqh. Al-Awzâ‘î et al-Thawrî eurent également un débat dans la mosquée du calife au sujet du fait de lever les mains lors de l’inclinaison (rukû‘) et au moment de se relever de celle-ci. Al-Awzâ‘î invoqua comme argument le ḥadith qu’il rapportait d’al-Zuhrî, de Sâlim, d’après son père, selon lequel le Messager de Dieu (que la paix et le salut soient sur lui) levait les mains à ces moments-là.