Puis débuta l’année cent cinquante-sept de l’Hégire.
Cette année-là, al-Manṣūr bâtit son palais nommé al-Khuld à Bagdad, en signe de bon augure pour s’assurer une forme d’immortalité en ce monde. À l’achèvement de la construction, il mourut, et le palais fut ensuite délaissé jusqu’à tomber en ruine. Ceux qui en hâtèrent l’édification furent Abān ibn Ṣadaqa et al-Rabīʿ, l’affranchi d’al-Manṣūr – lequel était aussi son chambellan. Cette même année, al-Manṣūr déplaça les marchés, qu’il fit passer des abords de la maison de l’émirat à Bāb al-Karḫ. Nous avons déjà expliqué précédemment la raison de ce transfert (1).
Au cours de cette année, il ordonna également l’élargissement des routes et la construction d’un pont près de Bāb al-Shaʿīr. De même, al-Manṣūr passa en revue son armée, les soldats étant vêtus de leurs armes, tandis que lui-même portait une armure imposante. Cette revue eut lieu au bord du Tigre.
La même année, il révoqua Hishām ibn ʿAmr de la province du Sind et investit Maʿbad ibn al-Khalīl à sa place (2). Toujours cette année, Yazīd ibn Asīd as-Sulamī entreprit la campagne d’été (as-ṣāʾifa) et pénétra loin en territoire byzantin. Avant lui partit Sinān, l’affranchi d’al-Baṭṭāl, qui s’empara de plusieurs forteresses et en rapporta captifs et butin.
Cette année-là, Ibrāhīm ibn Yaḥyā ibn Muḥammad ibn ʿAlī conduisit les pèlerins au ḥajj, et les gouverneurs des provinces restèrent les mêmes que ceux déjà mentionnés pour l’année précédente.
Au cours de cette même année, moururent Ḥusayn ibn Wāqid, ainsi que l’éminent imām, érudit de son temps, Abū ʿAmr ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAmr al-Awzāʿī (3), qui fut le juriste et l’imām des gens du Shām (Grande Syrie). Les habitants de Damas et des régions avoisinantes demeurèrent fidèles à son madhhab pendant près de deux cent vingt ans.