C’était le client (mawlā) des Banî Suwād. Il fut un poète licencieux, spirituel, de tendance zindîq (hérétique) et débauchée, soupçonné de porter atteinte à l’islam. Il vécut sous les deux dynasties omeyyade et abbasside, mais ne devint célèbre que durant l’ère des Banû al-‘Abbâs. Entre lui et Bashshâr ibn Burd, il y eut de nombreuses joutes poétiques. Bashshâr, quant à lui, fut également mis à mort pour zandaqa, comme on le verra, et il fut enterré auprès de ce Hammad, à côté de sa tombe.
On dit que Hammad ‘Ajrad mourut en l’an soixante-huit ; d’autres affirment en soixante et onze-cent ; Dieu seul sait. [Puis vint l’année cent cinquante-six] : cette année-là, al-Haytham ibn Mu‘âwiyah, gouverneur d’al-Manṣūr à Basra, s’empara de ‘Amr ibn Shaddâd, lequel avait été l’administrateur d’Ibrâhîm ibn ‘Abd Allâh sur Fārs. On raconte qu’il ordonna de lui trancher les mains et les pieds, de le décapiter puis de le crucifier.
La même année, al-Manṣūr destitua al-Haytham ibn Mu‘âwiyah – celui qui avait accompli cet acte – de son poste à Basra et désigna à sa place son cadi, Sawwâr ibn ‘Abd Allâh, cumulant ainsi pour lui la fonction de juge et la direction de la prière. Il nomma Sa‘îd ibn Da‘lj à la tête de la police (shurṭa) et des affaires intérieures. Al-Haytham ibn Mu‘âwiyah, le meurtrier de ‘Amr ibn Shaddâd, retourna alors à Bagdad et y mourut subitement cette même année, alors qu’il se trouvait sur le ventre d’une de ses servantes. Al-Manṣūr pria sur lui, et il fut enterré dans le cimetière des Banû Hâshim.
On dit qu’il fut atteint par ‘Amr ibn Shaddâd, celui-là même qu’il avait tué de la sorte. Que le serviteur prenne donc garde à l’injustice. Cette année-là, le pèlerinage fut dirigé par al-‘Abbâs ibn Muḥammad, le frère d’al-Manṣūr. Les gouverneurs des provinces sont ceux déjà mentionnés l’année précédente. Sur Fārs, al-Ahwâz et les districts du Tigre se trouvait ‘Amârah ibn Ḥamzah, et sur Kirmân et le Sind se trouvait Hishâm ibn ‘Amr.
Pendant cette année, on note le décès de : Hamzah al-Zayyât, selon une version. Il fut l’un des grands lecteurs (du Coran) et des ascètes célèbres. C’est de lui que proviendraient les longues formes de madd (allongement de la vocalisation) dans la récitation, selon une terminologie qu’il aurait introduite ; certains imams s’en sont émus et l’ont réprouvé à ce sujet. Mourut également Sa‘îd ibn Abî ‘Arubah, présenté comme le premier à avoir compilé les Sunan, puis ‘Abd Allâh ibn Shawdhab, ‘Abd al-Raḥmân ibn Ziyâd ibn An‘um l’Ifriqî, ainsi que ‘Umar ibn Dharr.