Parmi les émirs qu’il fit exécuter se trouvaient Abou Hatem et Abou ‘Abbâd, tous deux kharijites. Puis, une fois qu’il eut rétabli l’ordre partout dans les provinces, il entra ensuite dans la région de Kairouan, qu’il pacifia et administra (1). Il y rassura ses habitants, y régla les affaires et en éloigna tout risque. Dieu, exalté soit-Il, est plus savant.
La construction de la célèbre ville d’ar-Râfiqa.
Cette année-là, al-Manṣûr ordonna à son fils al-Mahdî de bâtir ar-Râfiqa sur le modèle de Bagdad. Il ordonna aussi de construire un rempart et de creuser un fossé autour de Koufa. Pour financer ce projet, il préleva parmi les gens fortunés de la ville quarante dirhams par personne. Il avait d’abord fixé la somme de cinq dirhams, avant de porter ce montant à quarante. À ce sujet, quelqu’un déclama :
«Ô mon peuple, que n’avons-nous pas vu
de la part de l’Émir des croyants ?
D’abord, il nous partagea cinq (dirhams),
puis il nous en réclama quarante !»
Au cours de cette année, Yazîd ibn Asad as-Sulamî mena l’expédition d’été (aṣ-ṣāʾifa). Pendant la même période, le souverain byzantin sollicita un traité de paix auprès d’al-Manṣûr, à condition de lui verser la jizya (tribut). La même année, al-Manṣûr releva son frère al-‘Abbâs ibn Muḥammad de la charge de l’administration de la Jazîra et l’obligea à s’acquitter de sommes considérables. Il démit également Muḥammad ibn Sulaymân ibn ‘Alî de l’émirat de Koufa. Certains avancent que c’était en raison d’informations sur sa conduite inappropriée et des actes répréhensibles, peu compatibles avec la fonction de gouverneur ; d’autres soutiennent que c’est pour avoir fait exécuter Muḥammad ibn Abî l-‘Awjâ’, un zindīq. Il est rapporté que, juste avant son exécution, cet homme reconnut avoir forgé quatre mille hadiths : il y rendait licite l’illicite et illicite le licite, faisait jeûner les fidèles le jour de la fête de rupture du jeûne (ʿĪd al-Fiṭr) et les faisait rompre le jeûne en plein mois de Ramadan. Al-Manṣûr aurait voulu reprocher à Ibn Sulaymân cet acte, exprimant son intention de le sanctionner pour cela. C’est alors que ‘Îsâ ibn Mûsâ lui dit : «Ô Prince des Croyants, ne le dépose pas pour cela et ne le mets pas à mort pour cet acte. Il ne l’a fait exécuter que pour zandaqa. Si tu le renvoies pour cette raison, les gens le féliciteront et te blâmeront.» Al-Manṣûr s’en abstint donc quelque temps, puis finit par le démettre et nomma à sa place ‘Umar ibn Zuhayr comme émir de Koufa.
La même année, il déposa al-Ḥasan ibn Zayd de son poste à Médine et y plaça son oncle, ‘Abduṣ-Ṣamad ibn ‘Alî, sous la supervision de Fulayḥ ibn Sulaymân. Il confia l’émirat de La Mecque à Muḥammad ibn Ibrâhîm ibn Muḥammad, celui de Bassora à al-Haytham ibn Muʿâwiya, celui de l’Égypte à Muḥammad ibn Saʿîd et celui d’Ifrîqiya (Afrique du Nord) à Yazîd ibn Ḥâtem.
La même année virent les décès de : Ṣafwân ibn ʿAmr et ʿUthmân ibn Abî l-ʿÂtika, tous deux originaires de Damas.