Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

« Qui es-tu ? » Le garçon resta silencieux. Le calife lui demanda alors : « Pourquoi ne parles-tu pas ? » Le garçon répondit : « Ô Commandeur des croyants, mon histoire est telle et telle. » Le visage du calife changea, puis il l’interrogea au sujet de sa mère, et le garçon l’informa. Il le questionna également au sujet de la situation à Mossoul, et le garçon lui rapporta maints détails, tout en demeurant surpris. Alors le calife se leva vers lui, l’enlaça et s’exclama : « Tu es mon fils. » Il lui donna ensuite un collier précieux et une grande somme d’argent, ainsi qu’une lettre destinée à sa mère, afin de l’informer de la vérité de l’affaire et de la situation de son fils. Le garçon sortit, emportant ces biens par la porte privée du calife, puis il alla trouver Abou Ayyoub. Celui-ci lui demanda : « Qu’est-ce qui t’a retenu si longtemps auprès du calife ? » Le garçon répondit : « Il m’a fait écrire de nombreuses lettres. » Ils discutèrent, puis le garçon s’en alla mécontent. Il se hâta immédiatement de louer une monture et partit pour Mossoul afin d’avertir sa mère et de la ramener, elle et sa famille, à Bagdad, chez son père, le calife.

Après avoir parcouru plusieurs étapes, Abou Ayyoub s’enquit de lui, et on lui répondit : « Il est parti. » Abou Ayyoub s’imagina alors que le garçon avait dévoilé certains de ses secrets au calife et avait pris la fuite. Il dépêcha donc un messager à sa poursuite, en ordonnant : « Où que tu le trouves, ramène-le-moi. » Le messager se mit en route et trouva le garçon dans une des étapes de son voyage ; il l’étrangla, le jeta dans un puits et s’empara des biens qu’il transportait. De retour auprès d’Abou Ayyoub, lorsque ce dernier prit connaissance de la lettre, il se trouva fort désemparé et regretta d’avoir envoyé quelqu’un sur ses traces. De son côté, le calife attendait le retour de son fils, s’étonnait de son retard et enquêta finalement sur son sort : il découvrit qu’il avait été rattrapé par l’émissaire d’Abou Ayyoub et tué. Le calife convoqua alors Abou Ayyoub, l’obligea à verser une somme colossale et le punit longuement, jusqu’à s’emparer de tous ses biens et de ses possessions, puis il le fit exécuter. Il répétait : « Cet homme a tué celui que j’aimais. » Chaque fois que le calife Al-Mansour évoquait son fils, il en était saisi d’une profonde tristesse.

La même année, les kharijites de la secte as-Soufriyya (2) et d’autres encore se soulevèrent dans les régions d’Ifriqiya. Ils se regroupèrent au nombre de trois cent cinquante mille, cavaliers et fantassins, sous le commandement d’Abou Hatem al-Anmati et d’Abou ‘Abbad. Abou Qurra as-Soufri se joignit à eux avec quarante mille hommes. Ils livrèrent bataille au gouverneur d’Ifriqiya, vainquirent son armée et le tuèrent : il s’agissait de ‘Omar ibn ‘Othman ibn Abou Soufra, ancien gouverneur du Sind, que Al-Mansour avait démis de ses fonctions pour avoir prêté allégeance à Mohammed ibn ‘Abd Allah ibn Hassan, avant de le nommer en Ifriqiya. Les kharijites l’assassinèrent. Ils semèrent alors la corruption dans le pays, tuant femmes et enfants, et portant préjudice à la population dans son ensemble.

Cette même année, Al-Mansour imposa à la population de porter de hauts bonnets noirs, si grands qu’on devait recourir à des renforts de roseau à l’intérieur pour les maintenir. Le poète Abou Dulama dit à leur sujet :
« Nous espérions de l’imam un surcroît de faveur… / Et voici que l’accroissement tant attendu se trouve dans ces bonnets ! / Tu les vois sur la tête des hommes telles / Des cruches juives recouvertes de capuchons. »

(1) C’est ainsi dans les « Usûl », et l’expression d’Ibn ʿAsākir : « Il dit à un homme de ses compagnons : sors sur la route de Mossoul, puis informe le garçon maison par maison, jusqu’à ce que tu arrives à Mossoul, au village de telle et telle; quand tu auras localisé sa position, tue-le et apporte-moi ce qu’il a sur lui ». Cela semble être la version la plus correcte, d’après le contexte. (2) Les Ṣufriyya (au nominatif), avec un dhamma, ou avec un kasra - : un groupe des Ḥarūriyya, attribués à ʿAbdullāh b. Ṣaffār, comme les Kattān, ou à Ziyād b. al-Asfar, ou à la couleur jaune de leurs vêtements (ṣufra), ou par leur éloignement de la religion. Quant aux Mahāliba, ils sont rattachés à la famille d’Abū Ṣufra. Al-Qāmūs (s.v. Ṣafr). (3) Les deux vers sont dans le Dīwān d’Abū Dulāma, p. 75.
منْ؟ فسكت الغلام، فقال: ما لَكَ لا تتكلَّم؟ فقال: يا أميرَ المؤمنين إنَّ من خبَرِي كَيْتَ وكَيْت. فتغيَّر وجهُ الخليفة، ثم سأله عن أُمِّه، فأخبرَه، وسأله عن أحوالِ بلدِ المَوْصل، فجعل يُخبره والغلام يتعجَّب. ثم قام إليه الخليفةُ فاحتضَنَهُ وقال: أنتَ ابنِي. ثم بعثَهُ بعِقْدٍ ثمين، ومالِ جَزيل، وكتابٍ إلى أُمِّهِ يُعْلِمُهَا بحقيقةِ الأمر، وحالِ الوَلَد. وخرج الغلامُ ومعه ذلك من بابِ سرِّ الخليفة، فأحرَزَ ذلك، ثم جاءَ إلى أبي أيوب فقال: ما بَطَّأَ بكَ عند الخليفة؟ فقال: إنه استكتَبَني في رسائلَ كثيرة. ثم تقاولا، ثم فارقَهُ الغُلام مُغْضبًا؛ ونَهَضَ من فَوْرِهِ، فاستأجر إلى الموصل لِيُعْلمَ أُمَّهُ ويَحْمِلَها وأهلَها إلى بغدادَ إلى أبيهِ الخليفة؛ فسار مراحل، ثم سأل عنه أبو أيُّوب، فقيل: سافر. فظنَّ أبو أيُّوب أنه أفشَى شيئًا من أسرارِهِ إلى الخليفة، وفَرَّ منه، فبعثَ في طلبه رسولًا وقال: حيثُ وجدتَهُ فرُدَّهُ عليّ (١) . فسارَ الرسولُ في طلبِهِ، فوجده في بعضِ المنازلِ، فخنقهُ وألقاهُ في بئر، وأخذ ما كانَ معَه. فرجع إلى أبي أيوب، فلما وقف أبو أيُّوب على الكتاب أُسقطَ في يدِه وندم على بَعْثِه خلفَه، وانتظر الخليفةُ عَودَ وَلَدِهِ إليه، واستبطأه، وكشَفَ عن خبَرِه، فإذا رسولُ أبي أيوب قد لَحِقه وقَتَله. فحينئذٍ استحضرَ أبا أيوب. وألزَمهُ بأموالٍ عظيمة، وما زال في العقوبةِ حتى أخذَ جميعَ أموالِهِ وحواصِلِه، ثم قَتَله، وجعل يقول: هذا قَتَل حَبيبي. وكان المنصورُ كلَّما ذكرَ ولدَهُ حزنَ عليه حزنًا شديدًا. وفيها خرجتِ الخوارجُ من الصُّفْرِيَّة (٢) وغيرِهم ببلادِ إفريقيَة، فاجتمع منهم ثلاثُمئةِ ألفٍ وخمسون ألفًا، ما بين فارسٍ وراجل، وعليهم أبو حاتم الأنماطي، وأبو عبَّاد، وانضمَّ إليهم أبو قُرَّةَ الصُّفْري في أربعين ألفًا، فقاتلوا نائبَ إفريقية، فهزموا جيشَه، وقتلوه وهو عمر بن عثمان بن أبي صُفْرَة الذي كان نائبَ السِّنْد، فعزلَهُ المنصور عنها بسببِ مبايعتِهِ محمد بن عبد اللّه بن حسن، وولَّاه هذه البلادَ، فقتلَتْهُ الخوارج (رحمه الله) . وأكثرتِ الخوارجُ الفسادَ في البلاد، وقتلوا الحريمَ والأولاد، وآذَوْا عامّةَ العباد. وفيها ألزم المنصورُ الناس بِلُبْسِ قلانسَ سودٍ طِوالٍ جدًّا حتى كانوا يستعينون على رفعها من داخِلها بالقَصَب فقال أبو دُلامةَ الشاعرُ في ذلك: وكنَّا نُرَجِّي من إمامٍ زيادةً … فزادَ الإمامُ المرتَجَى في القلانسِ تراها على هامِ الرجالِ كأنَّها … دِنَانُ يَهُودٍ جُلِّلَتْ بالبَرَانِسِ (٣)
(١) كذا في الأصول، وعبارة ابن عساكر: "فقال لرجلٍ من أصحابه: اخرُجْ إلى طريقِ الموصل، ثم أعط خبر الغلام مَنْزِلًا منزِلًا، حتى تأتي الموصلَ قريةَ كذا وكذا فإذا عرفتَ موضعَه فاقتُلْهُ وجِئْني بما معه". وهو أشبه بالصواب كما يبدو من السياق. (٢) الصُّفْرِيَّة، - بالضم، ويكسرُ -: قَوْمٌ من الحَرُوريَّةِ، نُسِبوا إلى عبدِ اللّه بنِ صَفَّارٍ، ككَتَّانٍ، أو إلى زياد بن الأصْفَرِ، أو إلى صُفْرَةِ ألوانِهم، أو لِخُلُوِّهم من الدِّينِ. والمَهالِبةُ نُسبُوا إلى آلِ أبي صُفْرَةَ. القاموس (صفر). (٣) البيتان في ديوانِ أبي دلامة ص (٧٥).

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