Muhammad ibn Ishaq ibn Yasar est l’auteur de la biographie prophétique (Sîra) qu’il a compilée et qu’il a érigée en un savoir auquel on se réfère, telle une aurore par laquelle on se guide. Toutes les générations ultérieures en sont tributaires, comme l’ont déclaré l’imam Ash-Shafi‘î et d’autres grands savants.
[Puis vint l’année 152 de l’Hégire]
Au cours de cette année, Al-Mansur démit Yazid ibn Hatim de son poste de gouverneur d’Égypte et nomma à sa place Muhammad ibn Sa‘id. Il dépêcha également une expédition contre le gouverneur d’Ifriqiya, ayant appris qu’il s’était rebellé et avait contrevenu à son autorité. Lorsque celui-ci fut amené devant Al-Mansur, il ordonna qu’on lui tranche la tête. Il révoqua aussi Jaber ibn Zayd al-Kilabi de la gouvernance de Bassora et y nomma Yazid ibn Mansur. Cette année-là, les kharijites tuèrent Ma‘n ibn Za’ida à Sijistan.
Cette même année, décédèrent :
• ‘Abbad ibn Mansur.
• Yunus ibn Yazid al-Ayli.
[Puis vint l’année 153 de l’Hégire]
Cette année-là, Al-Mansur se mit en colère contre son secrétaire, Abu Ayyub al-Mouriani, et le jeta en prison, de même que son frère Khalid et les quatre fils de leur frère : Sa‘id, Mas‘oud, Mukhallad, et Muhammad. Il leur réclama de fortes sommes d’argent. La raison de cela, rapportée par Ibn ‘Asakir dans la biographie d’Abu Ja‘far Al-Mansur (1), est que ce dernier, durant sa jeunesse, se rendit un jour à Mossoul alors qu’il était pauvre, dénué de toute ressource. Il y loua sa force de travail à l’un des bateliers jusqu’à ce qu’il économise suffisamment pour se marier.
Ensuite, il fit des promesses à son épouse, lui prédisant qu’il appartenait à une lignée qui ne tarderait pas à accéder au pouvoir. Elle tomba enceinte, mais lorsqu’il fut recherché par les Omeyyades, il prit la fuite en la laissant derrière lui alors qu’elle était enceinte. Il lui laissa un simple feuillet où figurait sa généalogie, mentionnant qu’il était ‘Abd Allâh ibn Muhammad ibn ‘Ali ibn ‘Abd Allâh ibn ‘Abbas. Il l’exhorta à venir le rejoindre dès qu’elle apprendrait son avènement et, si elle mettait au monde un fils, de le nommer Ja‘far. Elle eut effectivement un garçon qu’elle appela Ja‘far. Celui-ci grandit, apprit l’écriture, se passionna pour la langue et la littérature arabes jusqu’à les maîtriser. Lorsque le pouvoir échut aux Banû al-‘Abbâs, elle interrogea au sujet d’As-Saffah, mais ce n’était pas l’homme qu’elle avait connu.
Lorsque Al-Mansur accéda au califat, l’enfant partit pour Bagdad et se mêla aux secrétaires rédacteurs des missives officielles. Abu Ayyub al-Mouriani, le chef du bureau de la chancellerie d’Al-Mansur, fut impressionné par lui, l’estima grandement et lui conféra un rang élevé parmi les autres secrétaires. Il arriva que Ja‘far fût un jour en présence du calife avec Abu Ayyub, et qu’on lui demanda de rédiger un document. Al-Mansur l’observa attentivement puis l’interrogea sur son nom. Il répondit : « Je m’appelle Ja‘far. » Le calife demanda : « Fils de… »