Au cours de cette année, décédèrent : Zakariyya ibn Abî Zâ’ida, Kahmas ibn al-Hasan, al-Muthannâ ibn al-Sabbâh et ‘Isâ ibn ‘Umar Abû ‘Amr al-Thaqafî al-Basrî, le grammairien.
(1) Il fut le maître de Sîbawayh. On rapporte qu’il était l’un des affranchis de Khâlid ibn al-Walîd, puis qu’il s’installa parmi la tribu Thaqîf, qui lui donna son nom. Il fut un éminent imam, digne de grand respect, dans le domaine de la langue, de la grammaire et des lectures coraniques. Il apprit ces disciplines auprès de ‘Ubayd Allâh ibn Kathîr, Ibn al-Muhayṣin et ‘Abd Allâh ibn Abî Isḥâq. Il écouta également al-Ḥasan al-Baṣrî et d’autres.
Parmi ceux qui reçurent son enseignement, on compte al-Khalîl ibn Aḥmad, al-Aṣma‘î et Sîbawayh, ce dernier l’ayant assidûment fréquenté jusqu’à se faire connaître par lui. Il en tira profit en prenant possession de son livre, qu’on nommait « al-Jâmi‘ », avant de l’enrichir et de l’élargir. C’est ainsi que l’ouvrage connu aujourd’hui sous le nom de « Livre de Sîbawayh » n’est autre que celui de son maître. Sîbawayh interrogeait son propre maître, al-Khalîl ibn Aḥmad, sur les points obscurs qu’il y trouvait.
Al-Khalîl, à son tour, demanda un jour à Sîbawayh ce qu’avait composé ‘Isâ ibn ‘Umar. Celui-ci répondit : « Il a réuni plus de soixante-dix traités, dont tous ont disparu à l’exception du “Kitâb al-Ikmâl”, conservé au pays de Fâris, et du “Kitâb al-Jâmi‘”, ouvrage sur lequel je travaille et dont je te consulte pour les passages difficiles. » Al-Khalîl se tut un moment, puis récita :
« Toute la grammaire a disparu entièrement
Hormis ce qu’‘Isâ ibn ‘Umar a innové :
C’est “al-Ikmâl” et voici “al-Jâmi‘”,
Tels le soleil et la lune pour les gens. »
On rapporte que ‘Isâ aimait user de tournures singulières et de styles très recherchés (2). Al-Jawharî raconte dans son ouvrage « al-Ṣiḥâḥ » qu’un jour il tomba de son âne. Les gens se rassemblèrent autour de lui et il leur lança : « Mâ lakum takâka’tum ‘alay takâku’akum ‘alâ dhî jinna ?! ifranqi‘û ‘annî. » Ce qui signifie : « Pourquoi vous agglutinez-vous autour de moi comme si j’étais possédé ? Écartez-vous de moi ! »
D’autres précisent qu’il souffrait d’un essoufflement, tomba à cause de cela, et qu’on le crut alors frappé de démence. On se mit à psalmodier près de lui et à lui réciter des formules de protection. Quand il reprit conscience, il prononça la phrase susmentionnée. Quelqu’un répliqua alors : « C’est son démon qui s’exprime en persan ! »
Ibn Khallikân a mentionné que ‘Isâ était un compagnon d’Abû ‘Amr ibn al-‘Alâ’. Il raconte aussi qu’un jour, ‘Isâ ibn ‘Umar s’adressa à Abû ‘Amr ibn… (le récit se poursuit).