Ali ibn Ḥasan al-Tanūkhī déclara : « Muḥammad al-Amīn n’a pas été tué en pleine ville ; en réalité, il était monté sur une embarcation pour se promener sur le Tigre. C’est là, au milieu du fleuve, qu’on l’a saisi avant de le tuer. Al-Ṣūlī et d’autres ont relaté cette histoire. »
Il transmit également le témoignage de certains maîtres de Bagdad, selon lesquels : « L’étendue de Bagdad est de cent trente jarīb, soit l’équivalent de deux milles sur deux milles. » L’imam Aḥmad (1) a déclaré : « Bagdad s’étend du canal (al-Ṣarāh) jusqu’à la porte dite Bāb al-Tibn. » Al-Khaṭīb (2) a quant à lui rapporté qu’il y avait un mille entre chaque paire de ses huit portes, et certains estiment même que cette distance est un peu moindre.
Al-Khaṭīb (3) a décrit le Palais de l’Émirat, mentionnant qu’on y trouvait la « coupole verte », haute de quatre-vingts coudées, surmontée d’une statue de cheval portant un cavalier tenant une lance. Cet ensemble pivotait, si bien que, lorsque la lance s’immobilisait en direction d’un point, le sultan savait qu’un événement venait de survenir de ce côté ; aussitôt, la nouvelle parvenait au calife. Cette coupole se trouvait au-dessus d’une salle située dans le fond de l’iwān du tribunal (al-maḥkama), dont la longueur était de trente coudées et la largeur de vingt. Elle s’effondra lors d’une nuit de froid, de pluie, de tonnerre et d’éclairs, la nuit du mardi 7 Jumādā al-Ākhira de l’an 329.
Al-Khaṭīb al-Baghdādī (4) a encore rapporté que, du temps d’al-Manṣūr, le mouton se vendait un dirham, l’agneau quatre dawāniq, soixante livres de viande ovine un dirham, quatre-vingt-dix livres de viande bovine un dirham, soixante livres de dattes un dirham, seize livres d’huile un dirham, huit livres de beurre un dirham et dix livres de miel un dirham. Grâce à cette sécurité et à ces prix modiques, la population s’accrut fortement, tout comme l’importance de la ville. Les foules finissaient par rendre la circulation impossible dans ses marchés et ses ruelles.
Un officier, de retour du marché, s’exclama un jour : « Par Dieu, j’ai longtemps chassé le lièvre ici-même ! » Al-Khaṭīb (5) raconte que le calife al-Manṣūr, assis un jour dans son palais, entendit une forte clameur, puis une deuxième, puis une troisième. Il interrogea alors al-Rabī‘, son chambellan : « Qu’est-ce que cela ? » Après vérification, il s’avéra qu’une vache s’était échappée du boucher et courait dans les marchés. Alors, un Romain déclara : « Ô Commandeur des croyants, tu as construit là un édifice que nul avant toi n’a érigé, mais il présente trois défauts : il est situé loin de l’eau, trop proche des marchés et dépourvu de verdure. Or, l’œil est vert et aime ce qui est vert. » Al-Manṣūr ne s’émut guère de ces propos, puis il ordonna de modifier… »