Il lui aménagea huit portes dans l’enceinte extérieure et autant dans l’enceinte intérieure. Elles ne se faisaient toutefois pas exactement face, mais étaient plutôt disposées en léger décalage l’une par rapport à l’autre. C’est pour cette raison que Bagdad fut nommée « az-Zawrâ’ », à cause de l’inclinaison de ses portes les unes par rapport aux autres. On dit aussi qu’elle fut appelée ainsi en raison de la courbure du Tigre à cet endroit.
Il bâtit le palais de l’émirat au centre de la cité afin que tous s’en trouvent à la même distance. Il traça la grande mosquée à côté de ce palais, et c’est al-Hajjaj ibn Arṭât qui en fixa la qibla.
Ibn Jarîr (1) rapporte qu’on disait au sujet de cette mosquée qu’elle présentait un léger décalage de sorte que le fidèle priant en son sein devait s’orienter vers la porte de Bassora. Il mentionne également que la mosquée de Ruṣâfa était plus correcte, ayant été édifiée avant le palais ; tandis que la grande mosquée de la ville fut construite sur l’emplacement du palais, ce qui provoqua l’erreur de [sa qibla].
Ibn Jarîr (2) mentionne, d’après Sulaymân ibn Mujâlid, qu’al-Manṣûr voulut désigner Abû Ḥanîfa an-Nuʿmân ibn Thâbit comme juge à Bagdad, mais celui-ci refusa. Al-Manṣûr jura alors qu’il l’investirait, et Abû Ḥanîfa jura, lui, qu’il ne l’accepterait pas. Le calife lui confia donc la prise en charge de la cité, notamment la fabrication des briques et la mise au travail des hommes. Abû Ḥanîfa s’en occupa jusqu’à l’achèvement de la muraille de la ville du côté du fossé, ce qui eut lieu en l’an 144 de l’Hégire.
Ibn Jarîr (3) relate également qu’al-Haytham ibn ʿAdî raconta qu’al-Manṣûr proposa à Abû Ḥanîfa de devenir juge et responsable des litiges, mais qu’il s’y refusa. Al-Manṣûr jura alors qu’il ne le libèrerait pas tant qu’il n’aurait pas servi sous son autorité. Informé de cela, Abû Ḥanîfa utilisa une canne pour compter les briques, afin de respecter le serment d’Abû Jaʿfar. Abû Ḥanîfa mourut plus tard à Bagdad.
Il est également rapporté (4) que Khâlid ibn Barmak fut celui qui conseilla à al-Manṣûr de fonder Bagdad et qu’il encourageait les ouvriers à avancer dans les travaux. Par ailleurs, al-Manṣûr consulta ses émirs au sujet du transfert du « Palais Blanc » de Madâ’in vers Bagdad pour y installer le palais de l’émirat. Ils lui dirent : « Ne fais pas cela, car c’est une merveille dans le monde, et l’on y trouve le lieu de prière de l’Émir des croyants ʿAlî ibn Abî Tâlib. » Al-Manṣûr ne les écouta pas et entreprit d’en transporter une grande partie. Cependant, ce qui fut récupéré ne suffit pas à couvrir les dépenses liées au transport. Il abandonna donc ce projet et fit déplacer plutôt les portes du Palais de Wâsiṭ vers le palais de l’émirat à Bagdad.
Al-Ḥajjâj avait déjà transporté les pierres d’une autre cité bâtie par Salomon fils de David, dont les djinns avaient façonné les portes, faites de blocs massifs. Les marchés et leur foule agissante s’entendaient depuis le palais de l’émirat, si bien que le vacarme des marchands et l’animation des souks y parvenaient. Un patricien chrétien, venu de Byzance dans le cadre d’une ambassade, blâma cet état de choses. Al-Manṣûr ordonna alors de déplacer ces marchés en un autre lieu et d’élargir les voies à quarante coudées sur quarante coudées. Quiconque construisait sur une partie de ces voies voyait son édifice démoli.