Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

son fils al-Mahdî avec trente mille hommes vers Ray, et avec Muḥammad ibn al-Ashʿath quarante mille vers l’Ifriqiya, tandis que le reste demeurait avec ʿĪsā ibn Mūsā au Ḥijāz. Il ne resta auprès d’al-Manṣūr que deux mille cavaliers. Il ordonnait que de nombreux feux soient allumés la nuit, de sorte que celui qui les apercevait croyait à la présence d’une grande armée. Puis al-Manṣūr écrivit à ʿĪsā ibn Mūsā : « Dès que tu auras lu ma lettre, viens immédiatement et abandonne tout ce que tu fais. » Il ne tarda pas à se présenter, et al-Manṣūr lui dit :

« Va trouver Ibrāhīm à Baṣra, et ne te laisse pas impressionner par la multitude qui l’accompagne, car ils sont semblables à deux chameaux des Banū Hāshim tués tous deux. Donc étends ta main, aie confiance en ce que tu détiens, et tu te souviendras de mes paroles. » L’affaire se déroula comme l’avait annoncé al-Manṣūr.

Al-Manṣūr écrivit ensuite à son fils al-Mahdī pour qu’il dépêche Khāzim ibn Khuzayma à la tête de quatre mille hommes vers al-Ahwāz. Celui-ci s’y rendit, chassa le représentant d’Ibrāhīm – al-Mughīra – de la province, livra la cité au pillage durant trois jours, puis al-Mughīra retourna à Baṣra. De même, il envoya des troupes dans chaque région ayant rompu son allégeance afin d’y rétablir l’obéissance. On rapporte qu’al-Manṣūr resta à l’endroit exact où il avait coutume de prier, sans s’en éloigner ni de jour ni de nuit, vêtu de simples habits qui s’étaient salis. Il continua d’y séjourner une cinquantaine de jours, jusqu’à ce que Dieu lui accorde la victoire. Pendant cette période (1), on lui dit : « Tes femmes sont devenues amères à cause de ton absence prolongée. » Il réprimanda celui qui lui parlait et répliqua :

« Malheur à toi ! Ce ne sont pas des jours faits pour les femmes. Je ne les reverrai qu’une fois la tête d’Ibrāhīm posée devant moi, ou bien que la mienne lui soit apportée. »

Quelqu’un raconta : « Je pénétrai auprès d’al-Manṣūr et le trouvai profondément préoccupé par l’ampleur des désordres survenus, au point qu’il ne pouvait continuer à parler tant son angoisse et sa tristesse étaient grandes, et face à l’ampleur des brèches qui s’étaient ouvertes. Malgré cela, pour chaque situation, il avait préparé de quoi remédier à ses failles : Baṣra, al-Ahwāz, le pays de Fārs, al-Madāʾin et le Sawād étaient sortis de ses mains ; quant à Kūfa, cent mille hommes y demeuraient, l’épée encore au fourreau, prêts à se soulever au premier cri en faveur d’Ibrāhīm. Malgré tout, il continuait de supporter l’assaut de ces coups du sort et ne faiblissait pas. Il ressemblait en cela au vers du poète :

Nafsu ʿIṣām[in] sawwadat ʿIṣāman,
Wa-ʿallamat-hu al-karra wa-l-iqdāman,
Fa-ṣayyarat-hu malikan humāman (2)

Ibrāhīm s’avança depuis Baṣra avec ses troupes vers Kūfa, à la tête de cent mille combattants. Al-Manṣūr dépêcha alors ʿĪsā ibn Mūsā avec quinze mille hommes, et Ḥumayd ibn Qaḥṭaba fut placé à l’avant-garde avec trois mille guerriers. Ibrāhīm arriva et s’installa à Bākhumrā (3) à la tête de troupes considérables. Certains émirs lui dirent : « Tu es tout proche d’al-Manṣūr ; si tu te rendais chez lui à la tête d’une partie de ton armée, tu pourrais le saisir à la nuque, car il ne dispose pas d’assez de troupes pour se défendre. » D’autres dirent : « Il serait préférable que… »

(1) Ainsi dans les Usūl, voir environ les pages (280, 292, 321 et 324) aux figures (2, 1, 2, 3) respectivement de ce volume. (2) Les vers ont été attribués à al-Nābiġah al-Ḏubyānī, ils figurent dans son dīwān, p. 118. Un quatrième vers y a été ajouté, qui est : ʾḥattā ʿalā wa jāwaza al-ʾaqwāma (Jusqu’à ce qu’il s’élève et dépasse les peuples). (3) Bākhmirī (écrit avec un rāʾ), est un lieu situé entre Koufa et Wasit, plus proche de Koufa, à une distance d’environ seize fersacs. Voir Maʿjam al-Buldān (1/316), et comme il sera précisé sous peu.
بعث مع ابنِهِ المهديِّ ثلاثين ألفًا إلى الرَّيّ، وبعث مع محمد بن الأشعث إلى إفريقيةَ أربعين ألفًا، والباقون مع عيسى بن موسى بالحجاز، ولم يبق مع المنصور سوى ألفَيْ فارس، وكان يأمرُ بالنيرانِ الكثيرة فتُوقدُ ليلًا فيحسب الناظرُ إليها أن ثمَّ جُندًا كثيرًا. ثم كتب المنصورُ إلى عيسى بن موسى إذا قرأتَ كتابي هذا فأقبلْ من فَوْرك، ودَعْ كلَّ ما أنتَ فيه. فلم ينشبْ أنْ أقبل إليه، فقال له: اذهبْ إلى إبراهيمَ بالبصرة، ولا يهولنَّك كثرةُ منْ معه، فإنَّهم جملا بني هاشمٍ المقتولانِ جميعًا، فابسُطْ يدَك، وثِقْ بما عندَك، وستذكرُ ما أقولُ لك. فكان الأمرُ كما قال المنصور. وكتب المنصور إلى ابنِهِ المهدي أنْ يوجِّهَ خازمَ بن خُزيمةَ في أربعةِ آلاف إلى الأهواز، فذهب إليها، فأخرج منها نائبَ إبراهيم، وهو المغيرة، وأباحها ثلاثةَ أيام، ورجع المغيرةُ إلى البصرة، وكذلك بعث إلى كلِّ كُورةٍ من هذه الكُور التي نقضَتْ بيعتَه جندًا يردُّونَ أهلَها إلى الطاعة. قالوا ولزِمَ المنصورُ موضعَ مُصَلَّاه، فلا يبرَح منه ليلًا ونهارًا في ثيابٍ بذْلَةٍ قدِ اتَّسختْ؛ فلم يزَلْ مقيمًا هناك بضعًا وخمسين يومًا حتى فتح الله عليه وقد قيل له في غبون (١) ذلك إنَّ نساءك قد خَبُثَتْ نفسُهن لغيبتِكَ عنهنّ. فانتهَرَ القائلَ وقال: وَيْحكَ! ليست هذه أيام نساء، حتى أرى رأسَ إبراهيمَ بين يدي، أو يُحمل رأسي إليه. وقال بعضُهم: دخلتُ على المنصور وهو مهمومٌ من كثرةِ ما وقع من الشرور وهو لا يستطيع أن يتابعَ الكلامَ من كثرةِ كَرْبِهِ وهمِّه، وما تَفَتَّقَ عليه من الفتوق والخروق، وهو مع ذلك قد أعدَّ لكلِّ أمرٍ ما يسدُّ خَلَلَهُ به، وقد خرجَتْ عن يده البصرةُ والأهواز وأرضُ فارس والمدائنُ وأرضُ السواد؛ وفي الكوفةِ عندَهُ مئةُ ألفٍ مغمدةٌ سيوفها تنتظرُ به صيحةً واحدة فيَثبُونَ مع إبراهيم، وهو مع ذلك يَعْرِكُ النوائبَ ويَمْرُسُها، ولم تقعُدْ به نفسُه، وهو كما قال الشاعر: نفسُ عصامٍ سَوَّدتْ عصاما … وعلَّمَتْهُ الكَرَّ والإقداما فصيَّرَتْهُ مَلِكًا هُمَاما (٢) وأقبل إبراهيمُ بعساكرَ من البصرة إلى الكوفة في مئةِ ألف مقاتل، فأرسل إليه المنصورُ عيسى بنَ موسى في خمسةَ عشرَ ألفًا، وعلى مقدَّمته حُميد بن قحطبة في ثلاثةِ آلاف، وجاء إبراهيمُ فنزلَ في باخُمْرَى (٣) في جحافلَ عظيمة، فقال له بعضُ الأمراء إنَّكَ قد اقترَبْتَ من المنصور، فلو أنك سرتَ إليه بطائفةٍ من جيشِك لأخذتَ بقفاه، فإنه ليس عندَهُ من الجيوشِ ما يردُّون عنه. وقال آخرون: إنَّ الأولى أنْ
(١) كذا في الأصول، انظر حوالي الصفحات (٢٨٠ و ٢٩٢ و ٣٢١ و ٣٢٤) ذوات الأرقام (٢ و ١ و ٢ و ٣) على التوالي من هذا الجزء. (٢) نسبت الأبيات للنابغة الذبياني، وهي في ديوانه ص (١١٨). وزاد بيتًا رابعًا وهو قوله: حتى علا وجاوز الأقواما (٣) باخمرى - بالراء - موضعٌ بين الكوفةِ وواسط، وهو إلى الكوفةِ أقرب تبعد عنها ستة عشر فرسخًا. معجم البلدان (١/ ٣١٦)، وكما سيأتي بعد قليل.

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