Et Ibn Jarîr (1) a rapporté : « ʿAbd Allâh ibn Râshid Abû al-Ḥajjâj m’a dit : “Alors que je me tenais auprès d’al-Manṣūr, il m’interrogeait au sujet de la sortie de Muḥammad, lorsqu’il apprit quʿĪsā ibn Mūsā s’était enfui. Al-Manṣūr, qui était alors allongé, se redressa et frappa de son bâton l’endroit où il priait, en disant : ‘Non ! Et qu’en est-il de nos divertissements d’enfants que nous brandissons depuis les chaires et des avis des femmes ? Ce n’est pas encore le moment pour cela.’” Puis, ʿĪsā ibn Mūsā envoya les insignes à al-Manṣūr par l’intermédiaire d’al-Qāsim ibn Ḥasan, et la tête [de Muḥammad] avec Ibn Abī al-Karām, en ordonnant d’enterrer la dépouille. Celle-ci fut inhumée au Baqīʿ, et il ordonna que les compagnons de Muḥammad qui trépassèrent avec lui soient crucifiés deux par deux en dehors de Médine, durant trois jours, avant d’être jetés au cimetière des Juifs près de Salʿ, puis transférés dans un fossé à cet endroit. Quant à l’ensemble des biens appartenant aux Banū Ḥasan, ils furent saisis et finalement conférés à al-Manṣūr ; on rapporte cependant qu’il les leur rendit par la suite. C’est ce qu’a mentionné Ibn Jarîr (2).
Lorsque l’amnistie fut proclamée parmi les habitants de Médine, les gens purent se rendre dès le lendemain à leurs marchés. ʿĪsā ibn Mūsā se replia avec l’armée jusqu’à al-Jurf, à cause de la pluie qui tomba le jour de la mort de Muḥammad, et il venait à la Mosquée depuis ce campement. Il demeura à Médine jusqu’au dix-neuvième jour de Ramaḍān, avant d’en partir en direction de la Mecque ; là se trouvait al-Ḥasan ibn Muʿāwiyah, envoyé par Muḥammad, qui l’avait invité à le rejoindre. Mais lorsque celui-ci quitta la Mecque et se trouva en chemin, il apprit la nouvelle de l’assassinat de Muḥammad et continua sa fuite vers Baṣra, auprès du frère de Muḥammad, Ibrāhīm ibn ʿAbd Allâh, lui-même en révolte, avant d’être à son tour tué au cours de cette même année, comme nous le rapporterons.
Quand on apporta à al-Manṣūr la tête de Muḥammad ibn ʿAbd Allâh ibn Ḥasan et qu’on la déposa devant lui, il ordonna qu’on la fasse circuler sur un plateau blanc, puis qu’on l’exhibe à travers les provinces. Ensuite, al-Manṣūr se mit à convoquer les notables de Médine qui s’étaient insurgés avec Muḥammad : les uns furent exécutés, d’autres furent soumis à de violents châtiments, et à certains, il accorda son pardon. Au moment où ʿĪsā partit pour la Mecque, il désigna Kathīr ibn Ḥuṣayn comme gouverneur de Médine. Ce dernier y séjourna un mois, jusqu’à ce qu’al-Manṣūr y envoie ʿAbd Allâh ibn al-Rabīʿ, dont les troupes se livrèrent au pillage. Lorsqu’ils achetaient quelque bien aux habitants, ils ne s’acquittaient jamais du prix dû, et s’ils étaient sommés de régler, ils rouaient de coups ceux qui réclamaient et les menaçaient de mort. C’est alors qu’un groupe de Noirs (as-Sūdān) se révolta ; ils soufflèrent dans un cor qui rassembla tous les Noirs de Médine, puis lancèrent un seul assaut sur les soldats au moment où ils se rendaient à la prière du vendredi, sept jours avant la fin de Dhû al-Ḥijja de cette année (ou cinq jours avant la fin de Shawwāl), leur faisant subir de lourdes pertes à coups de lances et d’autres armes. L’émir ʿAbd Allâh ibn al-Rabīʿ prit la fuite et ne participa pas à la prière du vendredi. Les chefs de ces Noirs se nommaient Wathīq, Yaʿqil, Ramqa, Ḥadiyā, ʿUnqūd, Misʿar et Abū an-Nār. Lorsque ʿAbd Allâh ibn al-Rabīʿ revint contre eux avec ses soldats, ils le mirent de nouveau en déroute et le pourchassèrent jusqu’au Baqīʿ. Pour les distraire, il leur jeta son manteau, le temps de s’enfuir avec ceux qui le suivaient jusqu’à Baṭn Naḫl, situé à deux journées de Médine. Les Noirs mirent alors la main sur des provisions stockées dans la demeure de Marwān, appartenant à al-Manṣūr, et arrivées par voie maritime.”