Muhammad descendit alors de cheval et se trouva à terre. On rapporte qu’il tua de sa main soixante-dix hommes d’élite de l’armée de ‘Isa ibn Musa. Les gens d’Irak les encerclèrent et mirent à mort un groupe de partisans de Muhammad ibn ‘Abd Allah ibn Hasan. Ils franchirent ensuite le fossé qu’ils avaient creusé et confectionnèrent des portes selon ses dimensions.
On dit aussi qu’ils le comblèrent avec des chargements de chameaux afin de pouvoir le traverser. Il se peut qu’ils aient agi ainsi à un endroit, puis différemment à un autre, et Dieu sait mieux. Le combat ne cessa de faire rage entre eux du matin jusqu’après la prière de l’après-midi (‘Asr). Une fois cette prière accomplie, Muhammad et ses compagnons descendirent avec leurs adversaires dans le lit du wadi près de Sal‘. Muhammad brisa alors le fourreau de son épée et abattit son cheval, et ses compagnons firent de même. Ils s’apprêtèrent à livrer bataille et l’affrontement devint fort intense. Les gens d’Irak prirent le dessus, dressèrent une bannière noire au sommet de Sal‘, puis avancèrent jusqu’à Médine, y pénétrèrent et hissèrent une bannière noire au-dessus de la Mosquée du Messager d’Allah (ﷺ).
Lorsque les compagnons de Muhammad virent cela, ils s’écrièrent : « La ville est prise ! » puis s’enfuirent. Muhammad se retrouva avec un très petit nombre d’hommes, puis demeura seul, sans personne à ses côtés. Il tenait à la main une épée dégainée dont il frappait quiconque s’avançait, si bien que rien ne pouvait lui résister. On dit qu’il abattit ainsi de nombreux guerriers parmi les gens d’Irak. Certains relatent qu’il portait alors l’épée Dhu al-Faqar. Mais la foule se fit toujours plus nombreuse contre lui et l’un des assaillants parvint à le frapper de son épée sous le lobe de l’oreille droite, le faisant tomber à genoux.
Tout en se défendant, Muhammad disait : « Malheur à vous ! Le fils de votre Prophète est blessé et opprimé ! » De son côté, Humayd ibn Qahtaba s’écria : « Malheur à vous, épargnez-le ! Ne le tuez pas ! » Les gens reculèrent, puis Humayd ibn Qahtaba s’approcha, lui trancha la tête et l’apporta à ‘Isa ibn Musa, la déposant devant lui. Humayd avait en effet juré de le tuer dès qu’il le verrait et ne l’atteignit que dans cet état (et s’il avait été dans sa pleine force, ni Humayd ni personne d’autre de l’armée n’aurait pu le vaincre) (1).
Muhammad ibn ‘Abd Allah ibn Hasan fut tué près des « Rochers de l’huile » le lundi, au moment de la prière de l’après-midi, quatorze jours après le début de Ramadan de l’an 145 de l’hégire. (2) Lorsque la tête de Muhammad fut placée devant ‘Isa ibn Musa, celui-ci demanda à ses compagnons ce qu’ils pensaient de lui. Certains le dénigrèrent et parlèrent contre lui. Mais l’un d’eux dit : « Par Dieu, vous mentez ! Il jeûnait beaucoup et priait souvent. Toutefois, il s’est opposé au Commandeur des croyants et a rompu l’unité des musulmans, c’est pourquoi nous l’avons tué. » Ils gardèrent alors le silence.
Quant à son épée Dhu al-Faqar, elle échut ensuite aux Banû al-‘Abbâs, qui se la transmirent de génération en génération. Jusqu’à ce que l’un d’eux, pour l’éprouver, frappa un chien avec et la lame se brisa. C’est ce qu’ont rapporté Ibn Jarîr et d’autres (3). On rapporta aussi au calife al-Mansour, au cours de ces événements, qu’on disait que Muhammad aurait fui la bataille. Il répondit : « Cela ne se peut, car nous sommes une famille qui ne s’enfuit pas. » (4)